Par Romaric TOKPE
Dans une région où le numérique est devenu un moteur de croissance, avec une pénétration mobile proche de 94%, un usage du haut débit mobile de 45% et où l’essor rapide de l’intelligence artificielle accentue la demande en connectivité, l’atelier a constitué un espace stratégique de réflexion sur la solidité des infrastructures, la régulation et la structure du marché régional, face aux défis d’une économie numérique en pleine mutation.
Dès l’ouverture, Josiane Kwenda, représentante régionale de l’IFC pour le Bénin, a indiqué que les technologies numériques ont transformé les sociétés bien au-delà des centres urbains. Elle a souligné le poids économique croissant du secteur, représentant désormais 7,7% du PIB africain, soit 220 milliards de dollars selon les dernières estimations. Elle a également mis en perspective l’ampleur des investissements en cours : les dépenses mondiales liées aux centres de données devraient dépasser 600 milliards de dollars en 2025, tandis que les opérateurs africains ont injecté plus de 28 milliards en capital ces cinq dernières années.
« L’intelligence artificielle impose déjà un changement d’échelle », a-t-elle estimé, insistant sur la nécessité de renforcer la solidité des infrastructures et de sécuriser l’énergie qui les alimente. Elle a par ailleurs rappelé que moins de 35% des réglementations de la CEDEAO sont harmonisées, un manque d’alignement qui freine les économies d’échelle régionales, alors même qu’un niveau d’harmonisation de 40 à 50% pourrait générer jusqu’à 4 milliards de dollars d’économies annuelles. Elle a enfin mis en avant l’engagement du Groupe de la Banque mondiale, affirmant que « plus de 6 milliards de dollars ont été investis par l’IFC dans les infrastructures numériques africaines », avec près d’un milliard supplémentaire injecté l’an dernier.
Les échanges se sont ensuite organisés autour de trois tables rondes consacrées à la régulation, à la résilience et à la structure du marché. Christian Muhirwa, consultant senior chez Tactis, a expliqué que son intervention visait à « éclairer les dynamiques du marché à travers les bons indicateurs ». Il a rappelé que si la pénétration mobile atteint environ 90% en Afrique de l’Ouest, « l’adoption réelle plafonne encore autour de 46% », freinée par le coût élevé de la data et une littératie numérique insuffisante. « Beaucoup de gens veulent utiliser Internet mais décrochent dès qu’ils voient le prix », a-t-il lancé.
Yann Jaffré, directeur associé en charge du développement international dans les secteurs télécommunications et énergie, a évoqué les effets de la consolidation des marchés. « Plusieurs pays sont passés de six opérateurs à trois », a-t-il indiqué, un mouvement qui peut renforcer la stabilité mais « ne garantit pas automatiquement une concurrence plus saine ». Il a aussi rappelé que certains pays ne disposent encore que d’un seul câble sous-marin opérationnel, un facteur de fragilité majeur dans un contexte de demande croissante.
La séance s’est conclue par un appel à renforcer la coopération régionale et à structurer des règles plus homogènes. Muhirwa a insisté sur la nécessité d’une action collective, affirmant que la prochaine étape dépendra de la capacité des acteurs publics et privés à s’écouter et à agir ensemble. Les participants poursuivront leurs travaux au sein de groupes dédiés à l’élaboration des recommandations finales.