Par Claudia Kenou
La deuxième édition du Hackathon IA s’est ouverte mercredi 24 septembre 2025 à Cotonou, plaçant l’intelligence artificielle au service de la sécurisation foncière au Bénin. Trois jours de compétition intense réunissant seize équipes de jeunes talents ont été lancés sous le signe de l’innovation locale, de l’inclusion et de la collaboration entre acteurs publics et privés.
Cotonou a vibré ce mercredi au rythme de l’innovation numérique. La deuxième édition du Hackathon IA, organisée par l’Agence des Systèmes d’Information et du Numérique (ASIN) en partenariat avec LuxDev et l’Agence Nationale du Domaine et du Foncier (ANDF), a officiellement été lancée au siège de Sèmè City, avec pour objectif de concevoir des solutions intelligentes autour du foncier, un enjeu majeur pour le Bénin. Placée sous le thème «Challenge IA et données foncières : Développer des solutions IA au service du foncier», cette édition vise à mobiliser la créativité et l’expertise des participants pour imaginer des outils capables de transformer la gestion du foncier au Bénin. L’objectif est clair: accélérer la digitalisation du secteur foncier à travers des solutions d’intelligence artificielle concrètes, efficaces et adaptées aux besoins locaux. «Aujourd’hui, l’objectif n’est pas seulement de parler de technologie, mais de discuter de cas concrets, de l’utilisation de l’IA avec une réalité locale au Bénin», a déclaré Anziz Adehan, responsable du département eServices et plateformes à l’ASIN. Selon lui, le pays est passé d’une posture d’observateur à celle de créateur actif dans le domaine numérique: «Depuis quelques années, au Bénin, on ne se contente plus d’observer, on crée; et j’espère que pendant ces trois jours, nous allons montrer l’exemple concret de cette dynamique».
Le foncier, thématique centrale de l’édition 2025, cristallise des problématiques réelles et pressantes. Chandra et Kevin, membres de l’équipe projet de l’ASIN, ont souligné que «60 à 70% des terres en Afrique ne sont pas encore enregistrées, ce qui favorise les fraudes et les chevauchements de terrain». La compétition vise à développer des plateformes capables de rendre l’information foncière accessible en temps réel, d’automatiser les vérifications et de garantir l’inclusion de tous les citoyens, y compris ceux en situation de handicap. Les participants devront relever quatre défis: extraire l’information à partir de documents topographiques, créer un affichage cartographique interactif, automatiser l’invitation à enquêter sur des zones sensibles et générer un assistant capable de répondre à toutes les questions liées aux frontières.
Le Hackathon 2025 n’est pas seulement un laboratoire technique; il s’inscrit dans une dynamique internationale et partenariale. Stefanie Afonso, chargée d’affaires du Grand-Duché de Luxembourg, partenaire de l’événement, a rappelé le rôle moteur de l’intelligence artificielle dans la transformation des économies et des sociétés: «L’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui comme un levier incontournable pour relever les défis de demain, révolutionnant nos façons de travailler, d’apprendre, de soigner et de communiquer». Elle a également insisté sur l’importance de l’inclusion: «Il est essentiel que les femmes et les filles participent activement afin que l’IA soit véritablement au service de toutes et de tous». Le secteur privé n’est pas en reste. Hermann Lanse, directeur de la transformation digitale chez Celtiis, a expliqué le rôle de l’opérateur GSM béninois dans le soutien logistique et technique de la compétition, tout en mettant en avant la portée sociale de l’initiative: «Le thème de cette année touche au foncier, une problématique qui concerne chacun de nous, directement ou à travers notre entourage». Celtiis assure notamment la couverture technique du site, permettant aux développeurs et designers de travailler sans latence et dans des conditions optimales.
Le gouvernement béninois affiche une ambition claire; celle de transformer le numérique en levier de développement. Djabirou Amadou, directeur adjoint de cabinet représentant la ministre du Numérique et de la Digitalisation, a rappelé que «le Bénin apparaît comme un modèle dans la sous-région avec près de 300 services digitalisés, mais nous n’avons pas encore atteint notre ambition d’améliorer la vie de nos concitoyens grâce au numérique». Selon lui, ces initiatives visent à créer des cas d’usage palpables, qui impactent directement la vie quotidienne et permettent de constituer un vivier de savoir-faire local: «L’objectif est de développer un vivier de savoir-faire local, pour que le Bénin devienne un pays avant-gardiste qui crée et ne se contente pas d’importer».
Pour Marc André Loko, directeur général de l’ASIN, l’écosystème national constitue le socle de la réussite: «Nous arrivons à collaborer pour créer des projets porteurs de valeur pour le Bénin, pas seulement pour le secteur public, mais aussi pour le privé et à l’international». Il a rappelé que les seize équipes sélectionnées ont été choisies parmi 178 candidatures pour travailler trois jours sur des solutions numériques destinées à simplifier la gestion du foncier au Bénin. L’ambition est de fournir des plateformes socles et des outils fiables, permettant à chaque Béninois d’accéder facilement à l’information et de sécuriser ses droits fonciers.
Alors que le Hackathon IA 2025 s’engage dans sa phase de compétition, l’enjeu dépasse la simple démonstration technique. Il s’agit de conjuguer innovation locale, inclusion, pertinence économique et transformation numérique au service du citoyen. Trois jours de défis, d’échanges et de créativité intense s’annoncent et déjà, le Bénin montre qu’il n’est plus seulement spectateur de la révolution numérique, mais bien acteur et moteur de solutions concrètes pour l’avenir.
Fortuné Dotin