Par Claudia Kenou
Porté par l’ambition de transformer le talent en valeur économique, le Salon des Industries Musicales d’Afrique francophone (SIMA) revient pour sa deuxième édition à Cotonou en 2025. Après Abidjan, cette nouvelle étape vise à structurer la filière, attirer les investisseurs et prouver que la musique peut être un véritable moteur de développement pour l’Afrique francophone.
CADRECO | Quelles sont les motivations qui vous ont conduit à créer le Salon des Industries Musicales d’Afrique francophone (SIMA) ?
Mamby Diomandé. Le SIMA est né du besoin fondamental de valoriser les artistes et professionnels qui font vivre les industries musicales d’Afrique francophone, tout en renforçant leurs compétences et leur capacité à influencer les politiques culturelles. L’objectif est de créer une plateforme fédératrice qui met en lumière les talents, favorise le dialogue entre acteurs publics et privés et accompagne les États dans la mise en œuvre de stratégies culturelles durables. Alors que les Afrobeats ou l’Amapiano captent l’attention et les investissements, les musiques francophones peinent à transformer leur rayonnement culturel en valeur économique durable.
L’idée du SIMA est née de la nécessité de combler un vide structurel. Les musiques d’Afrique francophone disposent d’un réservoir exceptionnel de talents, mais manquent de mécanismes de financement adaptés. Là où le Nigéria ou l’Afrique du Sud ont bâti des écosystèmes solides autour du streaming, du publishing et de l’investissement privé, nos marchés francophones peinent encore à convertir leur rayonnement culturel en valeur économique. Aujourd’hui, moins de 0,1% du PIB régional provient du capital-investissement culturel, selon la BAD, contre près de 1% dans les économies développées. Le SIMA est une réponse concrète à ce déficit. Il crée un cadre où artistes, producteurs, investisseurs et institutions peuvent se rencontrer pour bâtir un modèle viable et mesurable.
En quoi cette 2ᵉ édition se distingue-t-elle de la première et que peut-on comprendre du thème ?
Mamby Diomandé. En 2024, à Abidjan, nous avons réuni 5.000 participants. À Cotonou, nous visons le double venant des quatre coins du globe. L’ambition est de démontrer que la musique peut être un secteur créateur d’emplois et de richesse. Le thème «Du potentiel aux preuves : faire rayonner et financer les musiques d’Afrique francophone» traduit le fait qu’il ne s’agit plus seulement de mettre en avant le talent, mais de démontrer sa valeur économique avec des modèles de financement viables, des certifications, des charts et des collaborations structurantes. Nous voulons prouver qu’avec une structuration solide, la musique francophone peut générer un retour sur investissement durable.
Pourquoi avoir choisi Cotonou comme lieu d’accueil du SIMA 2025 ?
Mamby Diomandé. Le choix du Bénin n’est pas un hasard. Le pays, grâce à des initiatives fortes de valorisation du patrimoine, mais aussi à une forte volonté politique, continue d’investir dans la culture comme levier de développement et de soft power. Le pays a fait du tourisme et de la culture deux piliers de sa stratégie de développement. Accueillir le SIMA ici, c’est s’inscrire dans cette dynamique. Cotonou est en train de devenir un pôle MICE (Meetings, Incentives, Conferences and Exhibitions) majeur en Afrique de l’Ouest. Avec le soutien du Ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts, de Bénin Tourisme et de l’ADAC, nous voulons démontrer que les événements culturels peuvent être des moteurs directs d’investissement, d’emploi et de rayonnement international.
Quels sont les moments forts prévus au programme ?
Mamby Diomandé. Le SIMA 2025 propose un format à trois volets ambitieux, articulé autour de plusieurs moments majeurs:
- un temps fort pour les artistes, avec une résidence artistique panafricaine et des showcases destinés à favoriser leur visibilité et leur mobilité internationale;
- un temps fort pour les professionnels, à travers le salon lui-même, composé de panels, masterclasses, rencontres B2B/B2G et discussions stratégiques sur la structuration du secteur;
- un temps fort pour les talents émergents, avec des initiatives dédiées à la scène underground, à la découverte et à l’accompagnement des jeunes créateurs.
L’objectif est de sortir du simple événementiel pour poser les bases d’une infrastructure musicale francophone cohérente.
Comment le SIMA entend-il contribuer à une meilleure structuration et professionnalisation ?
Mamby Diomandé. Le SIMA entend contribuer activement à la structuration durable de l’écosystème musical francophone à travers plusieurs leviers. D’abord, la mise en place de formations certifiantes pour les producteurs, managers et éditeurs permettra de renforcer les compétences techniques et entrepreneuriales des acteurs du secteur. Ensuite, des discussions normatives seront menées autour de la certification des ventes, de la régulation du streaming et de la protection des droits d’auteur, afin de créer des standards communs pour la région. Enfin, le salon favorisera la conclusion de partenariats stratégiques avec des bailleurs de fonds et institutions culturelles, dans une logique d’investissement durable. L’objectif est que chaque franc investi dans la musique africaine crée de la valeur pour l’artiste, le producteur, mais aussi pour l’économie culturelle locale.
Le SIMA se veut international. Quels types de partenaires ou participants étrangers attendez-vous pour cette édition ?
Mamby Diomandé. Pour cette deuxième édition, notre ambition est de renforcer les alliances stratégiques entre le secteur public, les investisseurs privés et les acteurs du numérique, afin de poser les bases d’un modèle économique durable pour la musique en Afrique francophone. Nous bénéficions déjà de l’accompagnement institutionnel du Ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts du Bénin, à travers Bénin Tourisme et l’Agence de Développement des Arts et de la Culture (ADAC), qui jouent un rôle déterminant dans la mise en œuvre de cette édition. Ces partenariats nationaux témoignent d’une réelle volonté politique de positionner le Bénin comme un hub culturel et musical de référence sur le continent.
Au-delà du soutien local, le SIMA 2025 vise à développer des partenariats structurants autour de trois axes majeurs :
● Le financement : attirer des fonds d’investissement et des programmes d’appui dédiés aux industries culturelles et créatives dont les besoins en financement dépassent aujourd’hui 2 milliards de dollars par an en Afrique selon la Banque Africaine de Développement.
● La transformation numérique : établir des passerelles avec les plateformes technologiques et les acteurs du streaming pour améliorer la monétisation et la traçabilité des œuvres africaines. À titre d’exemple, le marché du streaming musical africain a connu une croissance de plus de 30% entre 2022 et 2024 (IFPI, 2025).
● La coopération culturelle : encourager les partenariats interrégionaux, Sud-Sud et Nord-Sud, en matière de formation, de certification et de circulation des artistes.
Nous souhaitons que le SIMA 2025 soit un lieu de convergence entre les décideurs, les investisseurs et les créateurs. L’objectif est de faire émerger une chaîne de valeur musicale mieux financée, mieux connectée et plus compétitive, capable de générer une contribution significative au PIB culturel africain, qui représente aujourd’hui environ 1,4% du PIB total du continent (UNESCO, 2024).
Quelles opportunités concrètes pour les artistes émergents et jeunes professionnels de la musique ?
Mamby Diomandé. Le SIMA 2025 offrira une véritable plateforme d’opportunités pour les artistes émergents et les jeunes professionnels du secteur musical. Grâce aux showcases, ils bénéficieront d’une visibilité internationale et d’un accès privilégié aux programmateurs de festivals et investisseurs présents. Des ateliers pratiques seront également proposés sur des sujets essentiels tels que la monétisation du streaming, la gestion de carrière, le développement d’image et la connaissance des droits. Enfin, les jeunes talents pourront intégrer le programme Boost by SIMA, un dispositif de renforcement de capacités qui leur permettra de professionnaliser leur parcours tout en s’ouvrant à des réseaux internationaux.
Quels impacts attendez-vous de cette 2ᵉ édition ?
Mamby Diomandé. Ce que nous attendons du SIMA, c’est avant tout un meilleur alignement entre les acteurs économiques et culturels. Les investisseurs doivent mieux comprendre la composition et le fonctionnement de la filière tandis que les artistes et professionnels doivent savoir quels sont les critères et indicateurs recherchés par les bailleurs ou les programmes d’appui. Le but est de créer un langage commun entre culture et économie, afin que les projets musicaux soient mieux compris, mieux évalués et donc mieux financés. À terme, le SIMA ambitionne de constituer un réseau durable d’acteurs francophones capable d’influencer les politiques publiques, d’attirer les investissements et de faire évoluer la perception de la musique comme une filière à fort impact économique et social.
Quelle vision pour l’avenir du SIMA ?
Mamby Diomandé. Notre vision est de faire du SIMA la première plateforme panafricaine francophone de rencontre autour du marché professionnel de la musique. À terme, nous voulons que les musiques francophones occupent leur juste place dans l’économie mondiale de la musique, qui représentait 28,6 milliards de dollars en 2023 (IFPI 2024), mais où l’Afrique ne pèse encore qu’une part marginale (moins de 1%) selon l’IFPI Global Music Report 2024. Si nous parvenons à doubler cette part d’ici cinq ans, l’impact serait colossal: création d’emplois, fiscalité accrue et émergence d’une classe d’entrepreneurs culturels africains. Le SIMA est la preuve que la créativité peut devenir un actif économique durable, au service du développement.