Par Brunelle TCHOBO
CADRECO | Quelles sont les principales avancées enregistrées ces cinq dernières années en matière de capacités de production, de modernisation des installations et de performance technique ?
Faridath Naro Assouma: Ces cinq dernières années ont été véritablement transformatrices pour la SBPE. La réforme structurelle engagée depuis 2020, avec la création de notre société dotée d’un capital social de 150 milliards de francs Cfa, nous a donné la base institutionnelle et financière pour agir avec ambition.
Sur le plan des capacités de production, la centrale thermique de Maria-Gléta 2, d’une puissance de 127 MW, est incontestablement notre fierté. C’est une infrastructure majeure qui incarne notre trajectoire vers la souveraineté énergétique. En parallèle, depuis 2021, la SBPE a développé plusieurs centrales solaires photovoltaïques, notamment à Illoulofin, dont la puissance totale est progressivement passée de 25 MWc en 2022 à 75 MWc en 2026.
Par ailleurs, nous avons investi dans la modernisation de nos systèmes de supervision et de gestion de la production, pour gagner en fiabilité et en réactivité. L’objectif est clair : une énergie de qualité, en quantité et à moindre coût pour les ménages, les entreprises et les industries.
Quels sont actuellement les grands projets en cours au sein de la SBPE, leurs objectifs, leurs niveaux d’exécution et les impacts attendus pour les populations et l’économie béninoise ?
FNA: Nous avons aujourd’hui un portefeuille de projets très dense. Sur le segment thermique, il y a le projet Glo-Djigbé de 200 MW cycle combiné, Genesis 41 MW cycle combiné, IPP 100 MW moteur à gaz, pour ne citer que ceux-là. Sur le volet des énergies renouvelables, il y a le projet Kandi Solaire d’une capacité de 25 MWc, le projet solaire Glo-Djigbé de 100 à 160 MWc, le projet solaire IPP de 50 MW qui couvrira Bohicon, Djougou, Parakou et Natitingou, ainsi que les projets de stockage d’énergie par batteries (BESS) qui permettront de disposer d’une réserve de capacité primaire et secondaire pour répondre efficacement aux besoins.
À cela s’ajoute le projet de barrage hydroélectrique Dogo-Bis (128 MW), dont les études d’impact environnemental et social ont été conduites et publiées officiellement, témoignant de notre engagement pour une transition responsable.
À moyen et long terme, quelles sont les projections de la SBPE en matière de diversification des sources d’énergie et d’autonomie énergétique ?
FNA:La feuille de route de la SBPE est claire et ambitieuse. L’enjeu central, c’est la souveraineté énergétique du Bénin. Aujourd’hui encore, notre pays reste dépendant de l’approvisionnement extérieur en électricité et en gaz. Cette dépendance est notre principal défi stratégique, et c’est précisément ce que nous nous attelons à résoudre pour sécuriser la continuité de fourniture d’énergie.
À moyen terme, nous visons un mix énergétique équilibré : thermique au gaz, solaire photovoltaïque, hydroélectrique, éolien et stockage, avec l’objectif d’installer une puissance totale d’environ 546 MW d’ici 2030. À long terme, notre vision dépasse les frontières nationales : le Bénin a vocation à s’affirmer comme participant très actif sur le marché régional du WAPP, dont le siège se trouve d’ailleurs ici au Bénin. La SBPE lancera bientôt une étude sur le captage et la valorisation du CO₂ dans ses centrales à gaz, afin de conjuguer performance énergétique et durabilité environnementale.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis de la SBPE et comment la société s’organise-t-elle pour y faire face ?
FNA: Le défi principal et le plus immédiat reste la dépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur. Nous importons encore depuis le Ghana et le Nigéria. Cette situation nous expose à des aléas sur lesquels nous n’avons aucune maîtrise : réductions de livraison, fluctuations de prix, interruptions dues à des contraintes propres à ces pays. C’est précisément pour briser cette dépendance et affirmer notre souveraineté énergétique que tous nos grands projets de production sont engagés et accélérés.
Il y a aussi le défi du financement de grands investissements, et celui des délais d’exécution inhérents à des chantiers de cette envergure. Pour y faire face, la SBPE s’appuie sur une gouvernance renforcée et une collaboration étroite avec l’État béninois et les partenaires internationaux.
De nombreux usagers évoquent des coupures d’électricité répétées dernièrement. Comment expliquez-vous cette situation et quelles solutions concrètes sont envisagées pour améliorer durablement la qualité du service ?
FNA: Je comprends la posture des usagers lorsque le service n’est pas adéquat à leur demande. Mais il est important de rappeler le contexte d’évolution de la situation énergétique du pays. Pendant près de dix ans, le Bénin n’a plus connu de délestage, une réalité parfois oubliée lorsque quelques perturbations se répètent. Ces insuffisances s’expliquent par une hausse rapide de la demande d’électricité au cours des douze derniers mois, supérieure aux prévisions initiales.
Cet état de fait est lié à la modernisation du pays et à son industrialisation amorcée. De même, dans les pays fournisseurs d’électricité, la demande augmente et le Bénin doit parfois se limiter à ses propres capacités de production.
Pour rappel, la SBPE assure l’approvisionnement et la production. La distribution et le transport relèvent respectivement de la SBEE et de la CEB. La problématique étant systémique, les trois structures travaillent en coordination pour apporter des réponses concrètes, garantir le fonctionnement performant des infrastructures, satisfaire au mieux la demande et accélérer la mise en service des nouvelles capacités de production dans une vision de diversification des sources d’approvisionnement en énergie.
Qu’avez-vous à dire pour conclure ?
FNA: En somme, la SBPE est une jeune entreprise qui porte une ambition immense. Les chantiers sont ouverts, les projets avancent, et les résultats seront au rendez-vous. La souveraineté énergétique du Bénin n’est pas un rêve lointain, c’est une réalité en cours de concrétisation, et nous en sommes fiers.
Toutefois, il est nécessaire de rappeler que chaque geste compte pour préserver l’énergie et garantir un meilleur accès pour tous. J’invite chaque ménage, chaque entreprise et chaque citoyen à adopter des réflexes simples pour économiser l’électricité :
Éteindre les lampes et appareils non utilisés
Débrancher les équipements après usage
Réduire l’utilisation des climatiseurs et privilégier la ventilation naturelle lorsque possible
Limiter l’utilisation simultanée des appareils énergivores
Utiliser des ampoules basse consommation
Réduire l’utilisation de l’électricité aux besoins essentiels pendant les heures de pointe (19h-00h)
En économisant l’énergie aujourd’hui, nous contribuons ensemble à réduire les risques de perturbations, à protéger nos équipements et à soutenir les efforts nationaux pour une fourniture plus stable de l’électricité. L’électricité est un bien précieux. Préservons-la ensemble pour le bien de tous. Solidarité, responsabilité et civisme doivent guider nos actions.









