Par Brunelle TCHOBO
Fabrimetal, référence dans l’industrie sidérurgique au Bénin et filiale du Groupe MMD Steel est présente dans neuf pays en Afrique. L’entreprise est spécialisée dans la production avec la technologie innovante TMT, de fer à béton hautement qualitatif respectant les normes internationales ainsi que d’autres matériaux dérivés d’acier - un savoir-faire désormais béninois.
CADRECO | Vous avez étudié la physique-chimie. Comment êtes-vous passé de ce domaine à l’industrie ?
Salim Baalbaki. Quand j’étais à l’université, j’avais beaucoup de projets, mais jamais je n’avais pensé faire du commerce ou diriger une société industrielle. La vie professionnelle m’y a pourtant conduit. Après mes études en France, je n’ai pas pu y rester pour des raisons personnelles. Je me suis alors installé en Côte d’Ivoire, où j’ai travaillé dans une société d’import-export, puis dans une entreprise industrielle du bois. Ce n’était pas le chemin que j’avais imaginé, mais la vie s’impose parfois.
Votre arrivée au Bénin en 1999 a été un tournant majeur. Comment avez-vous vécu ce choix ?
Salim Baalbaki. Effectivement, quitter la Côte d’Ivoire, qui était alors un pays très développé, pour le Bénin, qui n’était pas aussi développé, n’a pas été facile. Mais j’ai suivi l’opportunité proposée par mon frère qui avait une société industrielle au Bénin. Et je peux dire aujourd’hui que c’était la meilleure décision. Parce que très vite, malheureusement la situation politique en Côte d’Ivoire s’est dégradée avec le coup d’État de 1999. Ici, au Bénin, il y avait des opportunités, et surtout de grands enjeux et challenges pour le secteur industriel béninois et particulièrement sidérurgique qui était à développer, un défi que je peux dire aujourd’hui avec grande fierté, a été relevé avec brio. À terme je peux dire que j’ai également trouvé la paix et la sécurité, des conditions essentielles pour s’épanouir professionnellement et familialement.
Quel a été le plus grand risque que vous ayez pris dans votre carrière ?
Salim Baalbaki. Sans hésiter, c’est d’avoir quitté la Côte d’Ivoire pour venir au Bénin. Mais avec le recul, ce n’était pas un risque, c’était une chance. J’ai pu évoluer professionnellement, mes enfants ont grandi et étudié dans un environnement sûr. Et sur le plan des affaires, le climat apaisé et la culture de paix du Bénin m’ont beaucoup aidé.
Quels sont, selon vous, les facteurs qui favorisent les affaires aujourd’hui au Bénin ?
Salim Baalbaki. Depuis une dizaine d’années, le pays est en chantier. Le visage du Bénin change et le béninois change aussi. Le climat est positif pour les affaires, surtout dans notre secteur de l’acier, où les grands projets de construction nous offrent un marché porteur. Plusieurs réformes ont aussi été engagées par le gouvernement béninois pour rassurer et motiver les investisseurs.
Comment prenez-vous vos décisions stratégiques ?
Salim Baalbaki. Deux éléments guident mes décisions: le travail en équipe et les valeurs éthiques et humaines. Certains pensent que les valeurs et le business ne vont pas ensemble, mais je suis convaincu du contraire. Un entrepreneur qui garde des valeurs solides réussit mieux. Et puis, seul, on ne va pas loin. C’est mon équipe qui m’aide à avancer.
Comment préparez-vous la relève au sein de votre organisation ?
Salim Baalbaki. Nous avons instauré une transparence totale. Chaque département expose régulièrement ses projets et ses difficultés, ce qui permet à tous d’apprendre du travail des autres. Fabrimetal fait partie d’un Grand Groupe, le groupe MMD Steel avec des filiales dans neuf pays de la sous-région africaine, nous avons donc une Vison Groupe déclinée en stratégies clés, une feuille de route bien claire, bien sûr adaptée aux réalités locales, afin que quel que soit le dirigeant, les équipes en place, l’entreprise continue de tourner et de se développer.
Au-delà des affaires, quelle est la responsabilité d’un chef d’entreprise dans la société ?
Salim Baalbaki. Un chef d’entreprise ne doit pas seulement chercher le profit. Il doit surtout laisser un fort impact auprès de ses équipes, de ses partenaires, de sa communauté. Depuis que je suis au Bénin, j’ai toujours travaillé afin que les sociétés que j’ai dirigé, participent à une vie sociale très active: un engagement envers l’éducation à travers une politique d’insertion des jeunes avec un programme de stages professionnels, la construction et rénovation de plusieurs écoles, des actions pour l’environnement etc… Le social fait partie de ma vie professionnelle autant que personnelle.
Y a-t-il une cause qui vous tient particulièrement à cœur ?
Salim Baalbaki. Oui, l’avenir de la jeunesse et des enfants en Afrique. Si un jour je prends ma retraite et que j’en ai les moyens, je voudrais créer une ONG pour œuvrer dans ce domaine. Parce que l’enfance mérite mieux que ce qu’elle a aujourd’hui.
Quand vous regardez en arrière, quel impact espérez-vous avoir laissé ?
Salim Baalbaki. Je suis déjà très fier du parcours accompli particulièrement au sein de l’industrie sidérurgique au Bénin que nous avons contribué à développer et professionnaliser. Ce que je souhaite, c’est que l’on garde de moi le souvenir de mes réalisations professionnelles et sociales. Peut-être que je ne laisserai pas une grande fortune à mes enfants, mais je leur ai transmis l’essentiel: une bonne éducation. Et cela me rend fier.
Quel type de leader êtes-vous ?
Salim Baalbaki. Je dirais un leader collaboratif et satisfait, qui cherche à ce que ses collaborateurs le soient aussi. Pour moi, un bon leader doit mettre son équipe au cœur de tout et dans de bonnes conditions. C’est pourquoi j’ai toujours veillé à prendre des dispositions qui favorisent le développement professionnel et personnel de mes collaborateurs. Nous avons travaillé à mettre en place un système de valorisation et de reconnaissance, d’apprentissage à travers des formations, des assurances pour les employés et leurs familles et d’autres avantages. Quand les équipes se sentent soutenues, l’entreprise réussit.
Un dernier mot pour conclure ?
Salim Baalbaki. J’invite toutes les sociétés installées au Bénin et en Afrique à devenir des sociétés citoyennes. L’État fait déjà beaucoup, mais il ne peut pas tout faire. Les entreprises doivent aussi participer à la vie de la communauté, notamment en soutenant l’enfance et les actions sociales. C’est ainsi que nous construirons ensemble un avenir meilleur.