Par Claudia Kenou
Lorsque Osaka accueillera son Exposition universelle, le Bénin y fera plus qu’une simple apparition. Son Pavillon se veut une immersion dans l’âme culturelle du pays, un espace où les traditions séculaires côtoient une scène artistique en pleine effervescence. Pour l’occasion, Carole Borna, directrice du Pavillon du Bénin, se projette sur une programmation ambitieuse, mêlant expositions, performances et dialogues interculturels. Son objectif : offrir aux visiteurs une nouvelle lecture du Bénin, loin des clichés et affirmer le rôle central de l’art dans le rayonnement international du pays.
En tant que Directrice du Pavillon du Bénin, quelles sont vos principales responsabilités dans l’organisation de la présence du Bénin à Osaka 2025 ?
Ma mission principale en tant que Directrice de Pavillon consiste à veiller à une bonne organisation des visites dans le Pavillon et à bien coordonner toutes les activités prévues. Je suis aussi responsable des événements. Nous avons une programmation diversifiée afin d’attirer un maximum de public. En amont, il y a eu la conception du parcours de visite avec le comité préparatoire et les designers. Nous sommes une équipe et chacun de nous fera en sorte que les visiteurs vivent une expérience positive et inoubliable en venant à notre rencontre.
Quelle est votre approche pour valoriser l’identité culturelle du Bénin à travers le Pavillon ?
Nous voulons présenter plusieurs facettes du Bénin parce que notre pays a tant de choses à proposer. La visite du Pavillon permet au visiteur de plonger dans notre passé et de découvrir notre histoire fascinante, de se promener à travers nos régions et admirer nos sites touristiques. Nous exposons des objets et des artefacts qui montrent le génie et le savoir-faire de nos artisans. Bien évidemment la créativité, l’innovation et les projets novateurs sont des atouts mis en évidence. Pour ce qui concerne les activités, les rencontres thématiques et les événements que nous allons organiser, ils mettront en valeur notre patrimoine culturel et nos richesses.
Le Pavillon du Bénin met l’accent sur l’art et la culture. Quels sont les éléments artistiques majeurs qui y seront exposés ?
Comme je le disais nous avons une belle programmation. Les événements qui vont drainer du monde se feront en dehors du Pavillon, dans des espaces dédiés. «A journey of culture and opportunities» est le concept que nous voulons développer durant le temps de l’exposition universelle. Voici un aperçu des événements majeurs qui auront lieu durant Expo Osaka 2025 :
- Le 4 juillet, nous serons les invités du Women’s Pavilion, c’est une collaboration avec la Fondation Cartier. Dans cet espace qui met en lumière les femmes, les créatrices occupent le devant de la scène. L’exposition «les Amazones de l’art» présentera 8 plasticiennes qui sont : Drusille Fanigbo, Elise Tokoudagba, Michèle Wêni Yerima, Sophie Négrier, Eliane Aïsso, Bénie Quenum, Princesse Keirath, Sonia Djedatin. Elles vont dévoiler une variation d’œuvres – sculptures, peintures et photographies. Au-delà de leurs talents respectifs, l’exposition décrit des parcours de vie, des histoires singulières de femmes et d’artistes engagées. Une conférence sur les Amazones du Danxomé et le rôle important que jouent aujourd’hui les femmes africaines, piliers de nos sociétés en perpétuelle mutation, est programmée le même jour.
- Le 21 août, nous présenterons le patrimoine oral Guèlèdè avec une exposition de masques et une déambulation de danseurs.
- Le 29 août mettra le Bénin à l’honneur à travers sa Journée Nationale. En dehors des cérémonies officielles, il y aura une animation culturelle avec les Pépit’Arts, groupe musical béninois ; une keynote sur la destination touristique Bénin et une seconde keynote sur les opportunités d’affaires. Une soirée de gala avec des intermèdes musicaux clôturera la journée.
Quelles sont les œuvres ou artistes phares qui représenteront le Bénin à Osaka 2025 ?
En dehors de l’exposition «Les Amazones de l’art», nous accueillons aussi dans le Pavillon, un talent de la scène artistique internationale. Il s’agit de King Houndekpinkou. C’est un jeune céramiste franco-béninois qui a été initié à l’art de la céramique au Japon et qui présentera 5 de ses créations. L’artiste sera lui-même sur place à Osaka pour parler de son travail et des liens qu’il a créés avec ce pays plein de surprises qu’est le Japon.
L’événement Guèlèdè et Kabuki mettra en parallèle des traditions culturelles fortes. Quelle en est la signification pour le Bénin ?
Le Guèlèdè a des similitudes avec le théâtre japonais Kabuki. Il s’agit aussi comme pour l’art oral Guèlèdè, de musique, de chants et de danses et ce sont des acteurs masculins costumés, parés et maquillés qui incarnent des personnages féminins. Le Kabuki existe depuis le 17ème siècle et les deux genres sont inscrits sur la liste représentative du patrimoine immatériel de l’humanité (UNESCO). C’est une fierté pour le Bénin de dévoiler à un public international, ce patrimoine unique et si riche dans son expression.
Selon vous, comment la culture et les arts peuvent-ils être des leviers de diplomatie et de coopération internationale ?
Le Bénin a choisi le sous-thème «connecter des vies» et donc nous sommes ouverts au monde. Les enjeux de la diplomatie et de la coopération internationale comportent aussi des aspects à forte dimension culturelle. Cela se traduit par le dialogue interculturel, la promotion de la diversité culturelle et les échanges. C’est important car une connaissance mutuelle des peuples et des cultures, dans un esprit de bienveillance, permet de renforcer les liens et de développer une relation durable.
Le Bénin met de plus en plus en avant son patrimoine culturel sur la scène mondiale. En quoi cette exposition s’inscrit-elle dans cette dynamique ?
Comme je le mentionnais plus haut, la diplomatie culturelle vise à établir des ponts entre les différents peuples. Les expositions universelles favorisent la coopération entre les États qui y participent, créant des opportunités. Il y a aussi une forte volonté politique de révéler le meilleur de ce qu’il y a dans notre pays. Nous avons exposé nos chefs-d’œuvre contemporains au Maroc puis en Martinique, nous avons fait une brillante impression à la Biennale d’art de Venise; cela a été suivi d’un succès retentissant lors de la dernière sortie de nos artistes à la Conciergerie à Paris. La démarche du gouvernement béninois est de valoriser nos talents, de les exporter et de leur permettre de rayonner bien au-delà de nos frontières. L’Exposition Universelle d’Osaka 2025 est une vitrine formidable pour notre tourisme, notre culture et nos arts.
Qu’espérez-vous que les visiteurs retiennent du Pavillon du Bénin après leur visite ?
Nous espérons que chaque visiteur ressortira du Pavillon avec des étoiles dans les yeux, marqué par la richesse, la créativité et la diversité de notre culture. Que cette immersion suscite la curiosité, l’envie d’en savoir plus et qu’au moment de partir, chacun se dise : “Je veux découvrir ce pays de mes propres yeux… Le Bénin sera ma prochaine destination.”