Par Claudia Kenou
À travers cette interview, Urbain Amégbédji, Directeur National du Programme Spécial d’Insertion des Jeunes dans l’Emploi (PSIE), nous éclaire sur les objectifs, les défis et les succès de ce projet depuis sa mise en œuvre en 2020. Conçu pour répondre aux besoins croissants du marché du travail au Bénin, le PSIE joue un rôle crucial dans l’amélioration de l’employabilité des jeunes diplômés et le soutien aux entreprises locales. Découvrez les réponses du premier responsable du PSIE, aux questions clés concernant l’impact et l’avenir de ce dispositif essentiel.
CADRECO | Quel est l’objectif principal du PSIE et comment a-t-il été conçu pour répondre aux besoins du marché du travail au Bénin ?
Urbain Amégbédji : L’objectif général du Programme Spécial d’Insertion dans l’Emploi (PSIE) est de faciliter l’insertion professionnelle de deux mille (2.000) jeunes diplômés par an, en réponse aux demandes en personnel des entreprises, dont la rémunération est prise en charge par l’État, entièrement au cours de la première année, et partiellement au cours de la seconde, la différence étant à la charge des PME bénéficiaires. Spécifiquement, le PSIE vise à :
• Améliorer l’employabilité des candidats à l’emploi en vue de leur insertion professionnelle durable dans les nouveaux postes d’emploi créés, grâce aux actions d’immersion et d’encadrement;
• Soutenir financièrement les entreprises, à travers la prise en charge des salaires des titulaires des nouveaux emplois créés dans le cadre du programme;
Le PSIE a été conçu en adéquation avec les besoins des entreprises, car ce sont ces dernières qui font les demandes de personnel via la plateforme digitale du programme.
Quelles ont été les étapes clés de la mise en œuvre du PSIE ?
Urbain Amégbédji : À la suite de l’annonce de la création du programme par le président de la République, Son excellence Patrice Talon, le 31 juillet 2019, lors de son message à la Nation comptant pour le 59e anniversaire de l’indépendance du Bénin, la mise en œuvre du PSIE a connu plusieurs étapes clés, à savoir :
• L’approbation de la note conceptuelle et la mise en place du comité de pilotage pour la formulation du PSIE;
• Les diverses concertations avec les organisations d’employeurs;
• La formulation du document du programme et son adoption par le conseil des ministres;
• La mobilisation de l’équipe de gestion et le lancement du PSIE le 10 juin 2020;
• La mise en place régulière de cohortes dans les entreprises après les diverses étapes du processus de sélection;
• Le suivi et le paiement réguliers des allocataires en entreprise après les différents contrôles de présence.
Quels critères sont utilisés pour évaluer l’éligibilité des jeunes diplômés à bénéficier du programme ?
Urbain Amégbédji : Pour bénéficier du PSIE au Bénin, les jeunes diplômés doivent remplir plusieurs critères essentiels et obligatoires :
• Être âgé de 18 à 40 ans au 31 décembre de l’année de l’inscription sur la plateforme du programme;
• Être de nationalité béninoise;
• Être titulaire d’un diplôme de l’enseignement supérieur, comme le BAC professionnel, BTS / DUT, Licence Professionnelle / DTS, Master ou Ingénieur;
• Être immédiatement disponible pour intégrer un poste dans une entreprise;
• Être inscrit sur la plateforme digitale du PSIE à l’adresse www.psie.bj.
Pour être sélectionné, le profil du candidat doit correspondre aux exigences spécifiques exprimées par les entreprises via leurs demandes sur la plateforme. Les critères de sélection incluent des aspects tels que l’adéquation avec les spécialités recherchées, le niveau de compétences techniques et linguistiques exigé, ainsi que la volonté de s’engager pleinement dans les activités et les apprentissages proposés par l’entreprise d’accueil. Une fois intégrés dans une entreprise, les bénéficiaires doivent s’engager à mettre leurs compétences au service de la structure d’accueil et participer activement aux programmes d’apprentissage et de développement professionnels mis en place.
Pouvez-vous nous donner quelques chiffes clés sur le nombre de jeunes insérés dans l’emploi grâce au PSIE depuis son lancement ?
Urbain Amégbédji : Le PSIE est en pleine expansion. Depuis son lancement à ce jour, les chiffres n’ont cessé de croître à mesure que nous renforçons la communication à l’endroit de nos cibles (entreprises et candidats). À la date du 15 juin 2024, soit quatre années après son lancement officiel, le programme a inséré en emploi 5.138 jeunes diplômés dans 1.492 entreprises bénéficiaires. Le montant des salaires payés aux allocataires à ce jour, par l’État, est de 7.954.779.000 francs Cfa. Selon une récente enquête réalisée par la coordination du programme, 68,63% des jeunes ont globalement été insérés dans l’emploi dont 55,69% dans l’emploi salarié et 12,94% dans l’emploi indépendant après les deux années couvertes par le programme.
Quels secteurs d’activité ont le plus bénéficié du programme jusqu’à présent ?
Urbain Amégbédji : La plupart des secteurs d’activités qui forment la vie économique du pays sont impactés par le programme, à l’exception des secteurs de la santé et de la sécurité publique. Principalement, le programme prend en compte les branches professionnelles suivantes :
• Génie Civil et Travaux Publics;
• Procédés industriels et autres industries (chimie, textile, bois, mécanique, etc.);
• Agro-industrie et transformation de produits agricoles;
• Énergie;
• Hygiène et Assainissement;
• Nettoyage et services d’entretien;
• Hôtellerie, Restauration, Tourisme;
• Transport et Logistique;
• Banques et Finances (services financiers décentralisés);
• TIC, Multimédia et Services informatiques;
• Support en Action Commerciale;
• Commerce et Distribution;
• Métier-support en Comptabilité-Gestion;
• Métier-support en Administration, Droit, Ressources humaines;
• Support en Économie, Statistiques, Planification;
• Secrétariat, Assistance de Direction;
Il faut souligner que les branches d’activités les plus impactées par le PSIE se retrouvent dans les secteurs porteurs prioritaires inscrits au Programme d’Action du Gouvernement (PAG 2021-2026).
Quels ont été les principaux défis rencontrés lors de la mise en œuvre du programme et comment ont-ils été surmontés ?
Urbain Amégbédji : Parmi les défis majeurs auxquels le programme a été confronté, il y a principalement la dématérialisation complète des processus de gestion du programme. C’est une option de gouvernance du programme décidée par le gouvernement pour garantir plus de transparence et d’équité à tous les niveaux de la mise en œuvre du programme. Évidemment, ceci n’est pas sans difficultés pour les bénéficiaires (candidats à l’emploi et entreprises) du programme qui étaient, pour la plupart, très peu habitués aux outils et moyens techniques et informatiques de travail. Mais grâce à la mobilisation permanente de l’équipe de gestion du programme, d’une part, et la résilience observée et saluée au niveau des bénéficiaires, d’autre part, nous pouvons dire que le programme tire aujourd’hui tous les bénéfices liés à la digitalisation de l’ensemble de ses processus de gestion, donnant ainsi raison au gouvernement pour le choix opéré.
Par ailleurs, le contraste entre «sur-diplomation» et «sous-qualification», qui se manifeste par la détention par les candidats à l’emploi de grands diplômes pour de très faibles niveaux de qualification, observé dans certaines branches d’activités, notamment les procédés industriels, les énergies, l’hygiène et l’assainissement, et l’hôtellerie-restauration-tourisme, reste un grand défi à gérer de manière holistique. Fort heureusement, cette préoccupation bénéficie d’une attention particulière de la part du gouvernement, à travers le programme des lycées techniques et agricoles modernes en cours de réalisation.
Quel type de soutien technique et professionnel est offert aux bénéficiaires pendant leur période d’immersion ?
Urbain Amégbédji : Le soutien technique et professionnel des candidats à l’emploi se déroule en amont et en aval de leur immersion dans les entreprises. Premièrement : tout candidat qui s’inscrit sur la plateforme du programme bénéficie d’un module de formation en ligne sur «la vie professionnelle en entreprise» avant d’être déclaré éligible au programme, donc apte pour postuler aux offres d’emploi publiées sur la plateforme du PSIE. Deuxièmement : les candidats retenus au bout du processus de recrutement et mis en emploi dans les entreprises bénéficient d’un accompagnement professionnel assuré par les mentors désignés par l’entreprise bénéficiaire lors de son inscription sur la plateforme.
Comment le PSIE assure-t-il le suivi et l’évaluation de la performance des bénéficiaires et des entreprises participantes ?
Urbain Amégbédji : Le suivi du programme se fait à trois niveaux, notamment :
• Le suivi quotidien, déployé par l’ensemble des membres de l’équipe du programme en fonction des plannings confectionnés à cet effet en direction des entreprises déjà partenaires du programme;
• Le suivi mensuel de présence au poste des allocataires, qui consiste au marquage de la présence au poste par les allocataires et la confirmation par les responsables des entreprises d’accueil sur la plateforme digitale du programme. Entièrement digitalisé, c’est ce suivi qui enclenche le paiement des salaires des allocataires à la fin de chaque mois, après les contrôles et vérifications nécessaires opérés par la coordination du programme;
• Le suivi général de mise en œuvre du programme, qui est un suivi de terrain visant à apprécier l’évolution globale de la mise en œuvre du programme, identifier les obstacles et autres goulots d’étranglement afin d’y apporter des mesures correctrices.
Comment le programme est-il financé ?
Urbain Amégbédji : Le PSIE est entièrement financé par l’État béninois sur le budget national. Il s’agit d’une subvention que l’État accorde aux entreprises pour faire face aux charges du personnel, notamment celles des jeunes candidats à l’emploi recrutés dans le cadre du programme.
Le PSIE sera-t-il renouvelé après 2025 et comment envisagez-vous son évolution ?
Urbain Amégbédji : Je voudrais juste vous dire que le PSIE évolue très bien avec des résultats qui sont au-delà de nos attentes. Je ne pense pas qu’aussi bien les entreprises que les candidats à l’emploi imaginent, un seul instant, l’arrêt de cette belle aventure si tôt. Cependant, c’est au gouvernement, et à lui seul, qu’il revient de donner les nouvelles orientations que connaîtra le programme au-delà de l’année 2025.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes diplômés béninois en quête d’emploi ?
Urbain Amégbédji : Aux jeunes diplômés béninois en quête d’emploi, je voudrais dire que le Programme Spécial d’Insertion dans l’Emploi (PSIE) est aujourd’hui la passerelle appropriée pour intégrer la vie professionnelle de manière optimale. La digitalisation complète de la gestion du programme garantit à tous un accès équitable aux bénéfices du programme. Plus besoin de chercher un parrain ou une connaissance quelconque avant de s’inscrire sur la plateforme du PSIE car notre système de sélection ne fonctionne que sur le mérite, de l’inscription à la sélection finale, en passant par les différentes évaluations en ligne et en présentiel.
Je conseille vivement aux jeunes diplômés béninois de s’inscrire massivement sur le site www.psie.bj pour bénéficier du programme, et de privilégier systématiquement le contact avec l’équipe de gestion du programme plutôt que de chercher à passer par des personnes interposées. Pour ceux déjà insérés dans les entreprises via le PSIE, je leur recommande de faire preuve de dynamisme, de disponibilité, de flexibilité et de professionnalisme pour contribuer efficacement aux objectifs des entreprises qui les accueillent.
Un dernier mot ?
Urbain Amégbédji : Au 15 juin 2024, soit moins de quatre années après le démarrage du programme, le PSIE c’est :
• 5.138 jeunes diplômés insérés dans l’emploi dans les entreprises;
• 1.492 entreprises bénéficiaires;
• 7.954.779.000 francs Cfa directement payés aux allocataires;
• 56% des jeunes insérés sont maintenus dans des entreprises, payés par les entreprises au-delà des deux années du contrat et régulièrement payés par celles-ci.