Par Claudia Kenou
«Notre crédibilité repose sur la transparence et la clarté de nos procédures.»
Dans un contexte où les petites et moyennes entreprises (PME) se trouvent au cœur de la stratégie de développement économique du Bénin, l’Agence de Développement des PME (ADPME) s’impose comme un acteur clé pour accompagner cette dynamique. Sous la direction de Laurent Gangbes, l’ADPME entend non seulement soutenir les entreprises existantes, mais aussi transformer des idées novatrices en projets viables.
Alors que le pays s’efforce de consolider son tissu économique, Laurent Gangbes dévoile dans cet entretien les défis, les ambitions et les mécanismes mis en place pour faire de l’entrepreneuriat un véritable levier de croissance. À travers une vision claire et un engagement sans faille, il nous livre sa feuille de route pour renforcer l’écosystème des PME béninoises et inscrire durablement leur développement au cœur des politiques publiques.
CADRECO | Pouvez-vous nous donner un aperçu général de l’ADPME et de sa mission principale ?
Laurent Gangbes : L’Agence de Développement des Petites et Moyennes Entreprises (ADPME) a pour mission principale d’accompagner les entreprises dans leur développement à différents stades. Cela ne se limite pas aux entreprises formalisées; nous soutenons également des idées d’entreprises qui peuvent être encore en phase d’émergence. Cela signifie que, même si un jeune entrepreneur ou une personne d’un âge plus avancé vient à nous avec une idée d’entreprise prometteuse, nous avons les moyens et les structures nécessaires pour l’accompagner dans le montage de son projet. Notre mission est donc d’accompagner ces porteurs d’idées à transformer une simple idée en un projet d’entreprise viable. Nous intervenons tout au long du processus, depuis l’idée initiale jusqu’à la mise en place complète du projet.
L’ADPME a récemment organisé un atelier de restitution en partenariat avec l’AFD, Expertise France et l’Union Européenne. Parlez-nous de cet événement et des principaux objectifs de la nouvelle plateforme digitale présentée ?
Laurent Gangbes : Nous allons lancer dans les prochaines semaines une plateforme digitale dont la vision sera de servir de guichet unique pour l’ensemble des politiques publiques relatives à l’accompagnement des petites et moyennes entreprises (PME). Cet outil est conçu non seulement pour les entreprises qui cherchent notre soutien, mais aussi pour les partenaires techniques et financiers qui proposent des programmes d’accompagnement. L’objectif principal de cette plateforme est de créer un dispositif cohérent avec notre mission. Cette plateforme devra permettre de fédérer les initiatives publiques et de les rendre plus complémentaires et cohérentes, évitant ainsi les doublons et les incohérences qui peuvent parfois se produire lorsqu’il y a plusieurs acteurs impliqués. Elle sera la continuité digitale de notre action sur le terrain.
De plus, cette plateforme a pour ambition de répondre aux besoins variés des entreprises, qu’il s’agisse de jeunes entrepreneurs, de femmes porteuses de projets ou d’entreprises déjà établies qui cherchent à passer à un niveau supérieur. Grâce à cet outil, nous espérons pouvoir atteindre un plus grand nombre d’entreprises et leur offrir un accompagnement adapté, tout en optimisant l’action publique en leur faveur.
Pouvez-vous expliquer comment l’ADPME fédère et met en cohérence les interventions publiques en appui aux PME ?
Laurent Gangbes : Pour garantir la cohérence des interventions publiques en soutien aux PME, nous demandons aux partenaires techniques et financiers de se rapprocher de nous dès qu’ils ont une idée d’accompagnement. Il est essentiel qu’ils nous consultent avant de mettre en place leurs dispositifs pour éviter les redondances et les incohérences. Nous avons constaté que des fonds importants sont souvent mobilisés pour des cibles similaires par différents partenaires, sans qu’ils soient au courant des initiatives déjà en cours.
Notre approche consiste à travailler en amont avec ces partenaires pour leur fournir des informations précieuses et les intégrer dans le processus global de soutien aux PME. Ce travail préliminaire se matérialise souvent par la signature de conventions cadre avec ces partenaires, ce qui nous permet de coordonner leurs efforts et de maximiser l’impact de leurs actions. Un exemple concret de cette approche est l’accompagnement des femmes entrepreneures. Il ne suffit pas de les former et de les soutenir financièrement; il est crucial de considérer également le marché sur lequel elles opèrent. Si elles ne disposent pas des certifications nécessaires pour vendre leurs produits, tous les efforts et les investissements fournis seront vains. C’est pourquoi nous nous assurons que chaque dispositif mis en place prend en compte non seulement les besoins immédiats des entreprises, mais aussi les exigences du marché et les cadres législatifs en vigueur.
Quels types de soutien et d’accompagnement spécifiques offrez-vous aux entrepreneurs béninois ?
Laurent Gangbes : L’ADPME offre deux types principaux d’accompagnement: non financier et financier. Sur le plan non financier, nous réalisons un diagnostic global de l’entreprise avant d’engager toute action. Cela permet de comprendre les véritables besoins de l’entreprise. Par exemple, une entreprise peut penser qu’elle a besoin d’une certification pour accéder à un marché, mais notre diagnostic pourrait révéler d’autres problèmes sous-jacents qui doivent être résolus en priorité. Nous veillons à ce que l’accompagnement soit adapté et pertinent, évitant ainsi de gaspiller des fonds publics sur des initiatives qui ne répondent pas aux réels besoins de l’entreprise.
En ce qui concerne l’accompagnement financier, nous offrons des subventions pouvant atteindre jusqu’à 18 millions de francs Cfa, qui sont des avances non remboursables. Nous proposons également des prêts allant de 250 à 270 millions de francs Cfa. Si une entreprise a besoin de financement complémentaire, nous l’accompagnons dans ses démarches auprès des banques pour obtenir des crédits supplémentaires. Pour les projet stratégiques, l’ADPME peut travailler avec la Caisse de Dépôt et de Consignation pour investir dans le capital de l’entreprise, renforçant ainsi sa crédibilité auprès des partenaires.
Comment vous assurez-vous que l’accompagnement soit personnalisé et réponde aux besoins uniques de chaque PME ?
Laurent Gangbes : Chaque entreprise fait l’objet d’une étude approfondie pour garantir que l’accompagnement soit adapté à ses besoins spécifiques. Le diagnostic que nous réalisons prend en compte plusieurs facteurs, notamment l’activité de l’entreprise et le profil du dirigeant. Sur la base de ce diagnostic, nous proposons un plan d’accompagnement sur mesure. Le processus de sélection est rigoureux et implique plusieurs acteurs de l’écosystème, y compris la Caisse des Dépôts et Consignations, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin et d’autres partenaires clés. Une fois le plan d’accompagnement validé, nous définissons les montants nécessaires et engageons le processus, qui ne doit pas excéder deux mois.
Comment l’ADPME travaille-t-elle avec ses partenaires techniques et financiers pour renforcer son soutien aux PME ?
Laurent Gangbes : Les partenaires techniques et financiers ont joué un rôle crucial dans l’opérationnalisation de l’ADPME, créée en mars 2022. Ces partenaires comprennent l’importance d’une coordination étroite avec l’État pour assurer la cohérence de leurs actions. Notre défi principal est de gagner en crédibilité auprès de ces partenaires, car cela déterminera leur volonté à nous appuyer davantage.
Notre crédibilité repose sur la transparence et la clarté de nos procédures. Si nous réussissons à instaurer un climat de confiance avec nos partenaires, je suis convaincu qu’ils mettront encore plus de moyens à notre disposition, ce qui nous permettra d’accompagner un plus grand nombre de PME. Le secteur privé étant le moteur de la création de richesses et d’emplois, il est essentiel que nous mobilisions l’ensemble des acteurs pour soutenir ce secteur de manière efficace.
Quelle est votre vision pour l’avenir de l’ADPME et des PME au Bénin ?
Laurent Gangbes : Au Bénin, il y a une abondance d’idées entrepreneuriales, mais de nombreux porteurs de projets ne trouvent pas de structures pour les accompagner. Les défis financiers sont également considérables, avec des problèmes de trésorerie et des conditions de prêt bancaires difficiles, notamment des taux d’intérêt élevés et des exigences de garantie. Notre objectif est de surmonter ces obstacles en mettant en place des dispositifs comme le Projet d’Appui à l’entrepreneuriat au Bénin (PAEB) et un fonds de garantie gouvernemental. Ces outils visent à réduire les risques pour les banques et à les encourager à soutenir davantage d’entreprises. Si ces dispositifs sont bien utilisés, ils devraient permettre de créer plus de richesses et d’emplois au Bénin.
Je suis optimiste quant à l’avenir. Le gouvernement prend des décisions qui, à terme, encourageront l’entrepreneuriat et le développement des PME. À la tête de l’ADPME, mon rôle est de mettre en œuvre cette politique de soutien, en restant ouvert, engagé et transparent, tout en travaillant en étroite collaboration avec tous les acteurs de l’écosystème entrepreneurial.
Quels sont les principaux défis que vous anticipez pour l’ADPME et les PME dans les prochaines années, et comment comptez-vous les surmonter ?
Laurent Gangbes : Le premier défi est l’afflux de demandes, ce qui peut parfois entraîner des délais dans le traitement des dossiers et provoquer des frustrations. Pour surmonter ce défi, il est crucial de mettre en place des procédures fluides et de s’assurer que nous disposons des ressources nécessaires pour traiter ces demandes efficacement. Le deuxième défi concerne la qualité des structures d’accompagnement avec lesquelles nous travaillons. Beaucoup de ces structures ne sont pas encore au niveau requis pour répondre aux exigences de nos dispositifs. Nous devons les encadrer et les former pour qu’elles puissent offrir des diagnostics et des plans d’accompagnement de qualité. Le troisième défi est notre capacité à rapidement mettre en cohérence l’ensemble des interventions publiques en faveur des PME. Cela nécessite une coordination étroite entre tous les acteurs pour maximiser l’impact de nos actions.