Par Claudia Kenou
Dans une ère où le numérique redéfinit chaque secteur, Fabrice Dako, Président du Club DSI Bénin, incarne une sorte de chef d’orchestre invisible mais déterminé, guidant une transformation en marche. Dans cette interview exclusive, Fabrice Dako nous plonge dans l’envers du décor de l’écosystème numérique du Bénin, révélant ses ambitions, ses défis, et les innovations qui redéfiniront le paysage numérique de demain. Un récit sans filtre sur un Bénin prêt à embrasser son avenir digital, tout en prenant soin de ne laisser personne derrière.
CADRECO | Pourriez-vous vous présenter ?
Fabrice Dako : Je m’appelle Fabrice Dako, président du Club DSI Bénin. Je suis ingénieur réseau et télécom. Après l’obtention de mon diplôme d’ingénieur, j’ai rejoint un fournisseur d’accès à Internet (FAI) où j’ai occupé, pendant plusieurs années, le poste d’ingénieur chef de projet. Par la suite, j’ai été promu directeur technique et des systèmes d’information. Cette expérience m’a permis de participer à la création du Club DSI Bénin en 2016, en tant que membre fondateur. Depuis 2018, je travaille à mon propre compte dans mon entreprise spécialisée dans les services d’infrastructures, de cybersécurité et de cloud.
Quelle appréciation faites-vous du secteur du numérique au Bénin ?
Fabrice Dako : Il faut reconnaître que, depuis quelques années, le Bénin s’est complètement métamorphosé dans l’écosystème du numérique. Nous bénéficions aujourd’hui d’une volonté politique forte qui accompagne le développement du secteur. Par exemple, le déploiement d’une infrastructure à fibre optique couvre désormais tout le pays. L’un des atouts majeurs de cette infrastructure est la mise en place d’une boucle ouest, qui permet de rediriger le trafic en cas de problème sur l’axe principal reliant Cotonou à Djougou. À présent, il est nécessaire de renforcer le maillage à l’intérieur du pays, ce qui relève des investissements des opérateurs comme la SBIN et d’autres acteurs du domaine.
En matière d’infrastructures, nous disposons aussi d’un data center national, mis en place par le gouvernement. Par ailleurs, plusieurs services en ligne facilitent aujourd’hui la réalisation d’opérations à distance. Ces dernières années, de nouveaux métiers du numérique ont émergé, encourageant la création d’écoles, publiques comme privées, pour reconvertir les jeunes dans ce domaine. Nous avons également atteint une certaine maturité en matière de cybersécurité.
Dans l’ensemble, les avancées dans l’écosystème numérique sont notables, que ce soit au niveau des infrastructures, de la digitalisation ou de la dématérialisation. Cela mérite d’être salué, mais il reste encore du travail à accomplir, notamment pour impliquer davantage le secteur privé. Si le gouvernement a largement digitalisé ses services, les entreprises privées n’ont pas encore pleinement suivi cette tendance.
Nouvellement hissé à la tête du Club DSI, quels sont les points sur lesquels vous comptez mettre un accent particulier durant votre mandat ?
Fabrice Dako : Le 17 août 2024, lors de l’Assemblée Générale Ordinaire, un nouveau bureau de 7 membres a été élu pour diriger le Club DSI, avec moi à sa tête. Depuis cette élection, nous avons enregistré plusieurs avancées. Cependant, en termes de priorités, notre programme met l’accent sur plusieurs axes clés.
D’abord, nous voulons redynamiser les fondements et les bases de notre association. Un enjeu majeur est de revaloriser la fonction de Directeur des Systèmes d’Information (DSI). Trop souvent, les responsables informatiques et les décideurs en systèmes d’information sont perçus comme de simples techniciens, ce qui sous-estime leur rôle stratégique. Il est crucial de redonner à cette fonction la reconnaissance qu’elle mérite.
Ensuite, nous souhaitons élargir le cercle des membres du Club pour renforcer la communauté des DSI au Bénin. Nous organisons également des événements importants, tels que les DSI Awards, dont la quatrième édition aura lieu en décembre 2024. Notre objectif est d’amener cet événement à une échelle régionale et internationale, afin de mieux promouvoir la maturité et le dynamisme de notre écosystème numérique.
Par ailleurs, nous travaillons à la révision des textes fondateurs de l’association pour mieux structurer nos actions et permettre l’intégration de nouveaux types de membres. Enfin, nous allons dynamiser nos commissions internes pour promouvoir l’usage des services numériques dans les entreprises et les administrations béninoises.
Comment le Club DSI travaille-t-il en synergie avec le gouvernement pour propulser le Bénin en matière de numérique ?
Fabrice Dako : Depuis sa création en 2016, le Club DSI collabore activement avec le gouvernement pour le développement du numérique au Bénin. Cette coopération s’est formalisée en 2022 par la signature d’un protocole d’accord avec le ministère du numérique et de la digitalisation. À travers ce partenariat, nous mettons à disposition notre expertise pour appuyer les initiatives gouvernementales.
Par exemple, le Club a contribué à l’élaboration de la stratégie nationale de l’intelligence artificielle. Nos propositions ont été prises en compte dans ce document stratégique qui guide aujourd’hui le développement de l’intelligence artificielle au Bénin. Plus récemment, nous avons rencontré la ministre du numérique et son cabinet pour redynamiser notre collaboration. Lors de cette réunion, nous avons abordé des sujets majeurs tels que les infrastructures numériques, la KPI (Key Public Infrastructure), l’X-ROAD, le Data-center et l’identité numérique. Ces discussions témoignent de l’engagement du Club à rester un partenaire clé du gouvernement dans la promotion du numérique. En somme, le Club DSI s’inscrit dans une dynamique de co-construction avec le gouvernement pour accélérer la transformation numérique du pays.
Quelles sont les innovations qui vont caractériser la prochaine édition des DSI Awards ?
Fabrice Dako : L’édition 2024 des DSI Awards se distinguera par plusieurs innovations majeures, notamment l’intégration de l’intelligence artificielle. Nous avons également introduit trois nouvelles catégories: intelligence artificielle, data science et agriculture. La catégorie agriculture met en lumière les innovations numériques appliquées à ce secteur clé. Une catégorie existante, le champion de l’éducation, a été revisitée pour devenir éducation et numérique, mettant l’accent sur les écoles qui forment aux métiers du numérique. Cette nouvelle approche vise à récompenser des établissements tels que l’Ecole des Métiers du Numérique (EMN), Epitech et l’Ifri, qui se démarquent dans ce domaine.
Par ailleurs, avant la cérémonie des prix, une journée d’activités intellectuelles est prévue le 13 décembre. Cette journée sera marquée par la présence de plusieurs ministres, dont ceux en charge de l’éducation, ainsi que notre marraine, la ministre du numérique et de la digitalisation. Les panels de discussion feront intervenir des experts nationaux et internationaux pour débattre des enjeux liés au développement de l’écosystème numérique, avec un focus particulier sur l’éducation cette année. En complément, des stands d’exposition seront ouverts pour présenter les innovations technologiques des start-ups et entreprises du numérique au Bénin. Ces stands offriront une vitrine aux acteurs travaillant dans l’intelligence artificielle, la data science et d’autres domaines connexes.
Enfin, le 14 décembre, une activité récréative est prévue avec la traditionnelle marche des DSI, qui suivra un itinéraire menant à l’esplanade de l’Amazone. Cette matinée se terminera par une séance de fitness, promouvant ainsi la cohésion et le bien-être parmi les participants.
Comment pensez-vous que chaque béninois peut contribuer au développement numérique de son pays ?
Fabrice Dako : Chaque béninois peut jouer un rôle dans le développement numérique en adoptant et en utilisant les services numériques disponibles. Par exemple, il est important de privilégier les solutions en ligne pour effectuer des opérations quotidiennes, comme le paiement des factures, plutôt que de se déplacer inutilement. Cette transition vers les usages numériques permet de renforcer leur adoption et d’encourager l’expansion des services.
De plus, il est essentiel de sensibiliser et d’éduquer ceux qui ne sont pas encore familiers avec ces outils. En utilisant les services numériques de manière proactive, les citoyens participent indirectement à l’amélioration et à la démocratisation de ces technologies, favorisant ainsi leur intégration dans tous les segments de la société.
Un mot pour conclure ?
Fabrice Dako : Tout d’abord, je tiens à souligner les progrès significatifs réalisés dans l’écosystème numérique béninois. Nous avons parcouru un long chemin, et il est important de reconnaître la volonté politique qui soutient ces avancées. Toutefois, pour capitaliser sur cette dynamique, nous devons nous assurer que les services digitaux soient accessibles à tous les citoyens, y compris ceux des zones rurales et reculées.
Il est crucial de multiplier les centres communautaires pour les services numériques, afin d’accompagner les populations éloignées ou moins familiarisées avec la digitalisation. Ces centres permettront à des personnes comme les retraités de bénéficier pleinement des services en ligne, malgré leurs limitations en matière de compétences numériques.
En conclusion, il est impératif de rapprocher les services numériques des populations pour éviter toute exclusion. Il faut que chacun puisse dire qu’il a essayé et que cela a fonctionné, sans frustration ni obstacle. C’est ainsi que nous pourrons collectivement consolider les bases de notre transformation numérique et en faire un véritable levier de développement pour le Bénin.