Par Harry Orekan
Depuis près de 10 ans, le Bénin est en chantier. Comment appréciez-vous les transformations profondes qui s’opèrent dans le pays ?
Roland Riboux: Ce qui nous a vraiment impressionné, c’est le fait que le président de la République, le président Talon, est arrivé avec une vision et, également, avec le chemin tracé pour sa réalisation: le PAG 1 suivi du PAG 2. Et, chose encore plus importante, c’est que derrière la vision, des moyens importants ont été déployés. Et c’est ici le lieu de rendre hommage au collaborateur direct du président de la République, en l’occurrence le ministre en charge de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, qui a su réaménager la dette béninoise pour la rendre plus attractive, et donner confiance à l’ensemble des PTF et de grands organismes de financement, ainsi qu’au marché financier mondial, pour obtenir les meilleurs taux.
Quel rôle joue le Conseil des investisseurs privés dans l’amélioration du climat des affaires au Bénin ?
Le Conseil des Investisseurs Privés au Bénin a été créé, il y a maintenant un peu plus de 20 ans. Notre but, c’était justement l’amélioration du climat des affaires. Et nous avons commencé par la chose la plus évidente, qui était la fiscalité.
Celle-ci, du point de vue de l’État, est le moyen d’avoir les ressources indispensables à l’accomplissement de ses missions, mais du point de vue des contribuables, c’est un élément sur lequel on peut s’appuyer lorsque les règles ne changent pas tous les ans. Nous avons donc travaillé à ce qu’il y ait un dialogue entre le secteur privé et l’administration fiscale.
Ceci a commencé en 2008 et se poursuit aujourd’hui. Actuellement, il y a une excellente relation de travail avec la Direction des Impôts qui nous confie, depuis deux ans, l’organisation de séminaires qui servent de pont entre elle et le secteur privé. Nous avons établi des canaux pour parler des problèmes que nous considérons comme importants. Sur la fiscalité, nous couvrons donc très bien le sujet. Par ailleurs, le CIPB a œuvré pour la justice sociale. Nous avons milité pour une limitation des indemnités en cas de licenciement abusif, ce qui a été réalisé par le président Talon.
Sur la justice commerciale, dès la création du Tribunal de Commerce de Cotonou, nous avions demandé et obtenu la publication des décisions de justice sur internet. Depuis quatre ans, nous organisons, chaque mois de novembre, un séminaire avec le Tribunal de Commerce de Cotonou pour que la juridiction soit mieux connue, pour que les problématiques qui sont les siennes soient évoquées et discutées entre professionnels.
Quels sont les principaux défis auxquels les investisseurs privés sont confrontés au Bénin, et comment le Conseil les aide-t-il à les surmonter ?
Le problème principal, c’est une administration qui n’arrive pas à se mettre au diapason du renouveau voulu par le chef de l’État. Et cette administration est caractérisée par sa lenteur. On applique les textes mécaniquement, mais on ne s’intéresse pas aux résultats attendus par les textes. On tourne en rond. Il n’y a pas de notion de rendement, d’efficacité, d’urgence. On continue toujours à traiter les gens comme des assujettis et pas comme des partenaires. On n’essaie pas de résoudre les problèmes à temps. Malgré tous les efforts qui sont faits au sommet, le dynamisme du sommet n’arrive pas à infuser vers le bas. C’est une réalité.
Nous avons également l’épineuse question de l’énergie, qui a déjà trouvé un certain nombre de solutions puisque les coupures sont moins fréquentes et moins longues. C’est devenu plus facile à gérer. Il n’en demeure pas moins que le réseau existant est souvent vétuste. Beaucoup d’entreprises continuent à attendre l’énergie. Je pourrais citer le cas de la zone industrielle de Seme-podji où des entreprises qui se sont installées là-bas ont tourné pendant un an uniquement sur groupe électrogène. L’énergie continue à être un vrai problème pour nous et il y a encore des efforts à faire dans ce domaine-là.
Quelles sont les opportunités d’investissement actuelles au Bénin qui pourraient intéresser les investisseurs privés ?
Je vais enfoncer une porte ouverte. Il y a la GDIZ qui a connu un grand succès puisque tout l’espace aménagé est en train d’être occupé. Il y a encore potentiellement beaucoup d’investisseurs qui ne sont pas indiens ou chinois et qui devraient pouvoir s’intéresser à la chose.
À part ça, d’une manière très générale, l’autre opportunité, c’est que nous avons une population de jeunes qui, pour beaucoup, ont fait l’université. Ils sont là en friche et prêts à être formés sur des métiers spécifiques. Ceci est très important en comparaison des pays européens où le manque de main d’œuvre est en train de devenir un problème aigu.
Le Bénin a la chance, avec quelques autres pays comme l’Inde, l’Iran, la France, la Russie, d’être une pépinière de matheux. Parmi ces jeunes Béninois doués en maths, beaucoup pourraient trouver leur place dans des entreprises qui souhaiteraient s’installer ici et créer ou utiliser des logiciels. Je pense donc que le numérique est un domaine qui devrait intéresser des investisseurs étrangers.
En outre, il y a un potentiel important en matière de tourisme qui va se développer. Enfin, pensons au Nigeria qui, jusqu’ici, était un problème avec les fermetures de frontières et autres tracasseries. Aujourd’hui, les problèmes semblent en voie de règlement. Or le Bénin est une porte d’entrée vers le Nigeria.
Quels sont les projets et les initiatives majeurs que le Conseil des investisseurs privés prévoit de mettre en œuvre dans un avenir proche ?
Nous avons engagé deux initiatives importantes. En premier lieu, nous avons l’ambition de contribuer à dynamiser l’administration et les entreprises. Dans cette optique, nous avons demandé au professeur Dodji Amouzouvi, de l’Université d’Abomey-Calavi, de réaliser pour nous une étude sur la motivation et l’attitude devant le travail.
L’étude est presque terminée. Bientôt, nous aurons des outils nécessaires qui vont nous permettre de donner des formations efficaces à nos fonctionnaires et nos employés. À l’endroit du gouvernement, nous allons suggérer des pistes et faire des propositions pour changer complètement l’enseignement dès la maternelle. Il faut que nos enfants, dès le plus jeune âge, aient des attitudes différentes par rapport à la vie, aux opportunités et à la façon de se comporter. Je pense qu’il y aura tout un ensemble de réflexions que nous allons porter à la connaissance du public et des autorités pour un véritable changement dans ce domaine. Nous aurons les outils pour promouvoir l’excellence dans les attitudes, dans le travail, dans la façon de nous gérer, de gérer les autres et de gérer le pays.
Le second projet qui nous tient à cœur est à propos de l’énergie. Le nucléaire offre des opportunités extraordinaires dans le secteur de l’énergie, mais tout le monde en a peur. Alors qu’en réalité, c’est une énergie propre, très surveillée et sur laquelle les risques sont, je dirais, infimes. Le CIPB veut réaliser une étude sur la possibilité d’utiliser le nucléaire comme une source d’énergie.
Je pense que c’est vraiment le moment ou jamais pour lancer un tel programme. Des pays comme la France reconsidèrent leur attitude, jusque-là négative, à l’égard du nucléaire, Par ailleurs, on parle maintenant de nano centrales : au lieu d’avoir ces énormes centrales qui mettent des années à être conçues et puis des années à être montées, on peut avoir des centrales qui tiennent dans des conteneurs, tout en étant assez puissantes pour régler le problème de notre déficit en électricité.