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FORA’ESS Dakar 2026 : L'économie sociale à l'épreuve de la transformation économique

À Dakar, le FORA’ESS 2026 met en lumière le potentiel de l’économie sociale et solidaire pour accélérer la création d’emplois et la transformation économique de l’Afrique.

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Vue des officiels présents à la cérémonie du FORA’ESS 2026 à Dakar, consacré à la promotion de l’économie sociale et solidaire en Afrique.

Vue des officiels présents à la cérémonie du FORA’ESS 2026 à Dakar, consacré à la promotion de l’économie sociale et solidaire en Afrique.

Par Gbetoho Igor Kouton

À l’heure où l’Afrique doit créer près de 20 millions d’emplois par an pour absorber l’arrivée des jeunes sur le marché du travail, l’économie sociale et solidaire (ESS) apparaît comme une piste de plus en plus crédible. En accueillant le Forum africain de l’économie sociale et solidaire (FORA’ESS 2026), Dakar veut accélérer la reconnaissance d’un modèle économique qui conjugue rentabilité, inclusion sociale et développement territorial. Reste à transformer les ambitions politiques en investissements et en emplois durables.

L’économie sociale et solidaire n’est plus seulement un concept porté par les coopératives ou les associations. Elle s’impose progressivement comme un pilier des politiques publiques dans plusieurs pays africains. C’est tout l’enjeu du Forum africain de l’économie sociale et solidaire (FORA’ESS), organisé à Dakar du 7 au 9 juillet autour du thème : « Économie sociale et solidaire : moteur de transition, d’inclusion et de convergence de l’Afrique ». Plus de 2 500 participants issus d’une trentaine de pays (responsables publics, chercheurs, collectivités locales, réseaux de coopératives, institutions financières et partenaires internationaux ) y débattent des moyens de faire de l’ESS un véritable moteur de croissance inclusive 

Une réponse économique à des défis structurels

L’Afrique affiche l’une des populations les plus jeunes au monde, mais également l’un des taux d’informalité les plus élevés. Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), près de 85 % des emplois en Afrique subsaharienne relèvent encore du secteur informel. Cette réalité limite les recettes fiscales, réduit la protection sociale et freine les gains de productivité. Face à cette situation, l’économie sociale et solidaire offre une approche différente. Coopératives agricoles, mutuelles, entreprises sociales, organisations communautaires ou structures d’insertion poursuivent un double objectif : créer de la valeur économique tout en répondant à des besoins sociaux.

L’ambition du FORA’ESS est précisément de permettre à ces initiatives de changer d’échelle grâce à des politiques publiques plus cohérentes, à un meilleur accès aux financements et à un accompagnement renforcé des entrepreneurs sociaux. En ouvrant les travaux préparatoires du forum, le ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, Dr Alioune Dione, a réaffirmé la volonté du Sénégal de faire de l’ESS un moteur de transformation économique des territoires. Le pays s’est doté d’un ministère dédié, d’une stratégie nationale et développe progressivement un écosystème associant collectivités territoriales, réseaux de microfinance, coopératives et partenaires techniques.

Pour Dakar, l’enjeu dépasse largement les politiques sociales. Il s’agit d’utiliser l’économie sociale pour créer des emplois, soutenir les chaînes de valeur locales, renforcer la résilience des territoires ruraux et favoriser l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes. Cette orientation s’inscrit pleinement dans la Vision Sénégal 2050, qui mise sur une croissance plus inclusive et davantage portée par les initiatives locales.

Le financement, principal défi

Malgré son potentiel, l’économie sociale et solidaire reste confrontée à une faiblesse majeure qui est l’accès aux financements. Les banques traditionnelles considèrent encore les coopératives et les entreprises sociales comme des acteurs risqués, tandis que les mécanismes de financement adaptés demeurent insuffisants. Le forum de Dakar met ainsi l’accent sur le rapprochement entre les institutions de microfinance, les investisseurs à impact et les structures de l’ESS. L’objectif est de créer des instruments financiers capables d’accompagner le changement d’échelle des projets. Sans capital, même les meilleures initiatives locales peinent à créer des emplois durables ou à investir dans l’innovation.

L’expérience internationale montre que l’économie sociale et solidaire peut devenir un acteur majeur de la croissance. En France, elle représente environ 10 % du PIB, 13,7 % de l’emploi privé et près de 2,6 millions d’emplois. Au Canada, en Espagne ou encore au Québec, les coopératives interviennent dans des secteurs stratégiques comme l’agriculture, la finance, le logement ou encore les services. L’Afrique dispose d’atouts comparables : une forte tradition de solidarité communautaire, un tissu dense d’organisations locales et une jeunesse entreprenante. Mais ces initiatives restent souvent dispersées, peu financées et insuffisamment intégrées aux politiques économiques.

Le principal mérite du FORA’ESS est sans doute de replacer l’économie sociale et solidaire au cœur du débat sur le développement africain. Cependant, le véritable test commencera après la clôture du forum. Les participants attendent désormais des engagements concrets : amélioration des cadres juridiques, création de fonds d’investissement dédiés, production de statistiques fiables sur le secteur et meilleure articulation entre ESS, industrialisation et politiques de développement local. L’ESS ne remplacera ni le secteur privé classique ni l’investissement industriel. En revanche, elle peut constituer un puissant accélérateur d’une croissance plus inclusive, plus territorialisée et plus résiliente.

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