
Baïdy Agne, président du Conseil national du patronat (CNP) du Sénégal.
Sans règlement rapide des sommes dues par l’État, certaines entreprises pourraient être contraintes de réduire leurs effectifs. C’est le message de Baïdy Agne, président du Conseil national du patronat (CNP) face aux poids des impayés publics. Une situation qui menace l’investissement, l’emploi et la stabilité sociale.
À l’issue d’une rencontre avec Yolande Díaz, deuxième vice-présidente du gouvernement espagnol et ministre du Travail et de l’Économie sociale, le président du Conseil national du patronat (CNP), Baïdy Agne, a une nouvelle fois alerté sur la situation préoccupante du secteur privé. « Il est évident que le secteur privé sénégalais souffre », a déclaré le dirigeant patronal, estimant que les annonces du gouvernement sur l’apurement de la dette intérieure doivent désormais être suivies d’effets concrets.
Pour le président du CNP, le règlement de cette dette constitue une urgence économique. « Il faut d’abord régler le problème de la dette intérieure. La dette doit être apurée d’abord, c’est absolument fondamental », a-t-il insisté.
Le BTP et le pétrole parmi les secteurs les plus exposés
Les entreprises membres du CNP figurent parmi les plus exposées aux difficultés de trésorerie provoquées par les retards de paiement de l’État. Baïdy Agne cite notamment les grands acteurs du bâtiment et des travaux publics ainsi que les entreprises intervenant dans le secteur pétrolier. « Les majors du BTP sont ici, le secteur pétrolier est ici », a-t-il rappelé, soulignant que ces entreprises supportent d’importantes charges financières, sociales et opérationnelles.
Dans un contexte où l’État cherche à restaurer ses équilibres budgétaires, les retards de paiement publics fragilisent toute une chaîne économique : fournisseurs, sous-traitants, salariés et prestataires. Pour les entreprises concernées, l’absence de visibilité sur les règlements complique la planification des investissements et limite leur capacité à maintenir leurs activités.
L’emploi directement menacé
Au-delà de la survie des entreprises, c’est la question de l’emploi qui inquiète le patronat. Baïdy Agne a été particulièrement direct : « Si les entreprises ne sont pas payées, elles licencient ». Une situation qui pourrait aggraver les tensions sociales dans un pays déjà marqué par de fortes attentes en matière d’emploi.
Plusieurs organisations syndicales ont récemment évoqué des mouvements de protestation face à la dégradation du pouvoir d’achat et aux difficultés rencontrées par les travailleurs. Selon certaines estimations relayées dans le débat public, plusieurs dizaines de milliers d’emplois auraient déjà été affectés depuis 2024 par les difficultés financières des entreprises. Toutefois, ces chiffres restent difficiles à confirmer officiellement.
Une posture de prudence face aux négociations avec le FMI
Malgré ses inquiétudes, le président du CNP dit avoir choisi la retenue dans ses prises de parole publiques. Le Sénégal étant engagé dans des discussions avec ses partenaires techniques et financiers, notamment le Fonds monétaire international (FMI), Baïdy Agne estime que le patronat doit éviter d’alimenter les tensions. « Ce n’est pas mon rôle à moi de mettre de l’huile sur le feu », a-t-il expliqué, tout en appelant à une résolution rapide de la situation.
Pour lui, un accord avec les partenaires extérieurs permettrait à l’État de retrouver des marges de manœuvre budgétaires et de mieux honorer ses engagements vis-à-vis du secteur privé. Face à la crise de trésorerie qui frappe plusieurs entreprises, le CNP plaide pour un dialogue accru entre l’État et les acteurs économiques.
L’objectif : identifier des mécanismes permettant d’accélérer le paiement des créances et de préserver le tissu productif national. Ces déclarations interviennent dans un contexte de rapprochement économique entre le Sénégal et l’Espagne.
Lors de la rencontre au siège du CNP, les deux parties ont réaffirmé leur volonté de renforcer leur coopération dans des secteurs stratégiques comme le tourisme, la pêche, le bâtiment et la formation professionnelle liée aux enjeux migratoires. Mais pour les entreprises sénégalaises, l’enjeu immédiat reste le même : transformer les annonces de paiement de la dette intérieure en liquidités réelles afin d’éviter une crise plus profonde de l’appareil productif.

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