Par Janvier Gbedo
Le Conseil des ministres de l'Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a finalement mis un terme à des tensions institutionnelles et diplomatiques en officialisant le transfert de sa présidence au Burkina Faso. Aboubakar Nacanabo, le ministre burkinabè de l’Économie et des Finances, succède ainsi à Adama Coulibaly, son homologue ivoirien, pour un mandat de deux ans à la tête de cette instance. Cette passation tardive, qui a eu lieu à l'issue de la troisième session ordinaire à Dakar, met en évidence les profondes divisions qui ont récemment affecté la sous-région. Le blocage, qui a duré plusieurs mois, trouve son origine, d’après plusieurs sources et médias, dans le contexte politique particulièrement instable de l'Afrique de l'Ouest, marqué notamment par l'émergence de l'Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Le refus initial de la Côte d'Ivoire de céder la présidence tournante, qui aurait dû revenir au Burkina Faso plus tôt en 2024, était principalement motivé par une contestation de la légitimité des régimes militaires issus de coups d'État.
Les pays stables et démocratiques dont la Côte d'Ivoire est un ardent défenseur et un acteur clé des sanctions de la CEDEAO, ont montré une grande réticence à confier une fonction de gouvernance aussi symbolique à un pays dirigé par un régime non constitutionnel. Une telle nomination était perçue pour Abidjan comme une légitimation tacite des coups d'État. Malgré la vocation purement économique et monétaire de l'UEMOA, le Conseil des ministres, en tant qu'organe décisionnel majeur, a vu la politique prendre le pas, entraînant une crise sans précédent. Ce différend a atteint son paroxysme lors de la session de Lomé en juillet, où l'absence de consensus a conduit les ministres de l'AES à quitter la réunion, dénonçant un “refus jugé arbitraire”. Ce blocage constituait également une violation manifeste des statuts de l'Union, qui stipulent que la présidence du Conseil est assurée à tour de rôle, selon l'ordre alphabétique (Article 11).
Le déblocage de la situation et l'acceptation finale de la présidence burkinabè s'expliquent par une victoire du pragmatisme institutionnel sur l'antagonisme politique. La menace d'une fragmentation de l'Union, avec le risque que les pays de l'AES ne se retirent également de l'UEMOA après leur départ de la CEDEAO, est devenue un facteur déterminant. Le coût d'une telle scission, qui aurait mis en péril la stabilité du Franc CFA et l'intégration régionale, a été jugé insoutenable. Par conséquent, les États membres ont dû se résoudre à respecter les règles statutaires de l'Union, reconnaissant que l'UEMOA, en tant qu'entité technique et monétaire, devait impérativement continuer à fonctionner selon ses textes fondateurs pour assurer sa propre survie et sa crédibilité. Le Burkina Faso reprend désormais une place de plein droit, marquant la fin d'une période de forte turbulence pour l'institution monétaire ouest-africaine.
Retour au respect des textes fondamentaux de l’Union
L’acceptation finale et l’entrée en fonction d’Aboubakar Nacanabo, le Ministre burkinabè de l’Économie et des Finances, qui remplace Adama Coulibaly, résultent d’un retour à la rationalité institutionnelle et d’un désir de maintenir la cohésion de l’Union face à un risque de fragmentation. Le facteur le plus crucial a été la nécessité de se conformer aux règles statutaires. L’UEMOA, en tant qu’Union Économique et Monétaire, repose sur des normes de gouvernance clairement établies, y compris la rotation alphabétique de la présidence du Conseil des ministres. Le blocage institutionnel qui persistait, menaçait de provoquer une crise de confiance et d’entraver le fonctionnement de l’UEMOA.
La décision d’accepter finalement la présidence du Burkina Faso a été interprétée comme un acte visant à restaurer la sérénité au sein de l’institution et à réaffirmer la volonté collective des États membres de renforcer l’intégration régionale, malgré les désaccords politiques bilatéraux ou régionaux (CEDEAO/AES). En respectant la rotation, l’UEMOA a souligné que l’adhésion aux textes est essentielle à son fonctionnement, garantissant le droit de participation et de contribution à la gouvernance de l’organisation pour tous les États membres, y compris ceux de l’AES. Cette décision a permis de mettre donc fin à une impasse et de réaffirmer la primauté de l’intégration économique sur les conflits politiques au sein de l’Union.