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Coup d’État déjoué au Bénin : Cinq chocs économiques majeurs que le pays a évités

Le putsch manqué du 7 décembre 2025 aurait pu renverser l’un des cycles de croissance les plus soutenus d’Afrique de l’Ouest. De la paralysie des activités à la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) à la réticence des investisseurs au Port de Cotonou, l’économie béninoise a évité l’effondrement de justesse.

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Coup d’État déjoué au Bénin : Cinq chocs économiques majeurs que le pays a évités

Le putsch manqué du 7 décembre 2025 aurait pu renverser l’un des cycles de croissance les plus soutenus d’Afrique de l’Ouest. De la paralysie des activités à la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) à la réticence des investisseurs au Port de Cotonou, l’économie béninoise a évité l’effondrement de justesse.

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Par Délé Oliyidé

Un coup d’État n’est pas qu’un apanage politique. C’est aussi une question économique. Et sur ce plan, le Bénin a frôlé le pire dimanche 7 décembre 2025. Lorsque les mutins ont lancé leurs assauts dans la nuit du 6 au 7 décembre, l’économie béninoise avançait sur un rythme rare : 7,5% de croissance en 2024 selon le FMI, 7,6% au deuxième trimestre 2025 d’après l’INStaD, et une place confirmée dans le top 3 des économies les plus dynamiques d’Afrique pour 2024.

Le Bénin visait 10,2% de croissance dès 2025, appuyé par une transformation structurelle poussée et un climat macroéconomique jugé « très solide » par la Banque africaine de développement. La tentative de prise de pouvoir par les armes aurait pu balayer en quelques heures plusieurs années de réformes, d’investissements stratégiques et de crédibilité internationale. Analyse des cinq chantiers économiques qui auraient été gravement touchés.

1. La GDIZ frôle une paralysie

 La Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) est aujourd’hui l’espace qui tire à la hausse les exportations de biens à valeur ajoutée, un point souligné par le FMI lors de sa mission d’avril 2025. Vitrine de la transformation locale des matières premières, ce hub économique aurait été l’un des premiers sites à subir un choc brutal.

En cas de coup d’État, la plupart des investisseurs et opérateurs économiques installés à la GDIZ se retireraient, laissant à l’abandon des unités de transformation dont dépendent des filières entières ; coton, anacarde, soja, karité, ananas et autres matières premières resteraient dès lors non transformés, exposés à la détérioration et à des pertes économiques considérables.

Une attaque réussie aurait paralysé la logistique, plongé les usines dans l’incertitude et retardé la montée en puissance du hub industriel national. La conséquence immédiate : baisse des volumes exportés, chute des recettes douanières et remise en cause des projections de croissance sur trois ans.

2. Une rupture des flux évitée au Port de Cotonou 

Suite à un coup d'État, les putschistes décident de la fermeture des frontières. Ce qui veut dire que les frontières béninoises seraient fermées à l’heure actuelle. Pour mesurer l’impact que cette fermeture pourrait avoir sur l’économie béninoise et sur le Port de Cotonou en particulier, il faut se référer aux conséquences d’une récente fermeture de frontière.

Selon les explications données par le directeur général du Port autonome de Cotonou, le jeudi 2 octobre 2025, à la clôture de la première édition du PAC MédiaConnect, la fermeture de la frontière entre le Bénin et le Niger a perturbé la circulation des marchandises dans la région. Cette perturbation a engendré une baisse des volumes de marchandises du Port de Cotonou et donc, par ricochet, une baisse de son chiffre d'affaires en 2024.

En outre, une prise de pouvoir inconstitutionnelle aurait entraîné :

  • un gel momentané des mouvements de navires ;
  • une hausse immédiate des assurances maritimes “risque politique” ;
  • la fuite de certains partenaires européens ;
  • et la désorganisation de l’import-export.

Dans un pays où le port représente une part essentielle du PIB et de la fiscalité, un tel ralentissement aurait fracturé l’équilibre budgétaire que le Bénin a réussi à stabiliser plus tôt que prévu. Le FMI rappelle que la consolidation budgétaire du pays a permis d’atteindre le critère UEMOA de 3% de déficit avant le calendrier prévu. Ce résultat aurait été impossible dans un contexte de paralysie portuaire.

3. Répercussion sur l'Aéroport Bernardin Gantin de Cotonou

 Les combats ayant eu lieu en pleine agglomération, l’aéroport international aurait immédiatement perdu son statut d’espace sûr. La fermeture préventive de l’espace aérien, la suspension des lignes et la hausse drastique des risques assurantiels auraient provoqué :

  • un arrêt brutal du trafic passagers,
  • un gel des investissements dans les infrastructures aériennes,
  • la suspension des services de fret,
  • et une augmentation des coûts d’importation.

Dans un pays qui mise sur le tourisme, les grands évènements et les flux d’affaires, l’aéroport aurait été le premier indicateur d’un effondrement de confiance.

4. Pression sur les banques, fuite des capitaux et gel du crédit

 Une tentative de déstabilisation des institutions aurait entraîné une réaction immédiate du secteur financier : retrait massif de liquidités, inquiétude sur la solvabilité de l’État, gel des prêts, spéculation sur le franc Cfa. Les banques commerciales, les institutions de microfinance et les investisseurs institutionnels se seraient retrouvés sous pression en moins de 48 heures. 

Les performances saluées par Moody’s, qui a classé le Bénin deuxième puissance économique de l’UEMOA en octobre 2025, auraient été remises en question par un choc systémique. Une économie fragile sur le plan financier n’aurait plus été en mesure de soutenir ni la transformation structurelle ni les investissements prévus dans le Plan national de développement.

 5. Un coup d’arrêt aux Vodun Days et à la diplomatie culturelle

Les Vodun Days, devenus un événement culturel majeur organisé chaque année à Ouidah, auraient été l’une des premières victimes collatérales. Sa tenue repose sur la stabilité nationale, l’arrivée de visiteurs internationaux et la mobilisation d’artistes, d’artisans et d’opérateurs touristiques.

 Un coup d’État réussi aurait sans doute entraîné l’annulation de l’édition 2026 annoncée par le gouvernement de Patrice Talon pour se tenir les 8, 9 et 10 janvier 2026, vu que les préparatifs de l’événement, suivis et coordonnés par le ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts, seraient bloqués.

L’annulation de ce premier rendez-vous international autour des arts, de la culture et de la spiritualité vodun entraînerait des pertes financières pour les hôtels, restaurants et agences de voyage. La détérioration de l’image du Bénin comme destination culturelle et un recul durable des investissements touristiques sont aussi des conséquences auxquelles le peuple aurait impuissamment assisté alors que le pays tentait de redéfinir sa diplomatie culturelle par le biais du patrimoine vodun.

Avec une croissance supérieure à 7% deux années consécutives, une amélioration de l’indice de développement humain et un cadre macroéconomique salué par les institutions financières, le Bénin a préservé bien plus qu’un ordre constitutionnel : il a préservé les fondations de son développement et a évité l’effondrement du climat d’affaires.

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