
La Côte d'Ivoire accélère sa transition énergétique avec la centrale solaire de Kong, un projet de 50 MW attendu en 2026.
88.000 panneaux sur 80 hectares, 380.000 foyers alimentés, 55.000 tonnes de CO₂ évitées par an. La convention Kong Solaire, signée le 2 juillet 2024 et dont les travaux ont démarré en octobre 2025, devrait être opérationnelle au troisième trimestre 2026, une pièce clé dans la course ivoirienne vers 8.600 MW.
Passer de 2.907 MW à 8.600 MW de capacité électrique installée d'ici 2040. Pratiquement tripler sa puissance en quinze ans. C'est l'objectif que la Côte d'Ivoire s'est fixé dans son plan directeur de production du secteur de l'électricité à l'horizon 2040, et c'est dans ce cadre que s'inscrit la centrale solaire photovoltaïque de Kong, dont la convention a été signée le 2 juillet 2024 à Abidjan entre l'État ivoirien et la société Kong Solaire.
88.000 panneaux, 80 hectares, 380.000 ménages
L'infrastructure s'étend sur 80 hectares dans la région du Tchologo, au nord du pays. Ses 88.000 panneaux solaires photovoltaïques produiront environ 98 GWh d'électricité par an, de quoi alimenter environ 380.000 ménages. Selon le ministère des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, elle permettra d'éviter annuellement l'émission de 55.000 tonnes de CO₂ et créera plus de 400 emplois directs et indirects.
Le projet est porté par Kong Solaire, coentreprise entre InfraCo Africa membre du Private Infrastructure Development Group, un véhicule de financement d'infrastructures soutenu par plusieurs gouvernements, et Africa Via, opérateur ivoirien. En septembre 2025, Axian Energy Green a acquis 55% des parts de la société Africa Via, prenant ainsi la co-gestion du projet. La présence d'Axian Energy, groupe panafricain dirigé par Hassanein Hiridjee et déjà actif dans les télécoms, la finance et l'énergie à travers le continent, renforce la crédibilité opérationnelle et financière du consortium.
Le modèle BOOT : l'État investit zéro, récupère tout
Ce qui distingue Kong Solaire des projets classiques de financement public, c'est son modèle contractuel. Le projet est développé sous un modèle BOOT, Build-Own-Operate-Transfer, permettant au consortium d'exploiter la centrale pendant une période de concession de 25 ans, au terme de laquelle l'infrastructure sera transférée à l'État ivoirien.
Ce modèle est stratégiquement important pour Abidjan. En confiant le financement, la construction et l'exploitation à un consortium privé, l'État ne mobilise aucun capital propre pour ce projet de 37 milliards de francs Cfa. Il se contente d'offrir un cadre réglementaire favorable, des exonérations fiscales sur les matériaux et équipements importés, et un contrat d'achat d'électricité garanti. À l'issue des 25 ans, il récupère une infrastructure amortie et opérationnelle.
Le nord, cible délibérée de la transition énergétique
Le choix de Kong n'est pas géographiquement neutre. Après les centrales de Boundiali, Ferké Solar et Amea Gontougo, la Côte d'Ivoire poursuit son offensive solaire avec le démarrage des travaux de la centrale photovoltaïque de Kong, au nord du pays. Cette concentration géographique dans le nord révèle une stratégie délibérée : c'est la région qui bénéficie du meilleur ensoleillement du territoire, avec une irradiation globale de 2.292 kWh par m² par an.
C'est aussi la région historiquement la moins bien desservie par le réseau électrique national. En installant plusieurs centrales solaires successives dans le nord, la Côte d'Ivoire réduit simultanément sa dépendance aux centrales thermiques du sud, soulage un réseau de transport saturé, et améliore la qualité d'approvisionnement dans des régions à fort potentiel agricole et agro-industriel.
650 MW solaires d'ici 2027 : la taille réelle du pari
Kong s'inscrit dans un portefeuille beaucoup plus large. Le ministre a révélé que le portefeuille actuel de son département comprend une quinzaine de projets solaires, totalisant environ 650 MW en cours d'étude ou de développement, pour des mises en service s'étalant de 2025 à 2027. Ces 650 MW représentent environ 22% de l'objectif final de 8.600 MW. Ils constituent également le socle de l'objectif intermédiaire déclaré : porter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de 30% actuellement à 45% à l'horizon 2030.
La valeur analytique : un modèle à répliquer
Ce que Kong Solaire illustre au-delà du seul secteur électrique, c'est la viabilité du modèle BOOT pour les infrastructures africaines. En période de contrainte budgétaire, la Côte d'Ivoire vise un déficit à 5,4% du PIB en 2026, la capacité à lever des capitaux privés pour des infrastructures critiques sans peser sur le budget public constitue un avantage décisif.
C'est aussi un modèle exportable : plusieurs pays de la CEDEAO font face aux mêmes besoins d'expansion électrique avec les mêmes contraintes de financement. La Côte d'Ivoire, en multipliant ces montages et en testant leur faisabilité à grande échelle, se positionne autant comme producteur d'électricité que comme laboratoire de modèles de financement pour toute l'Afrique de l'Ouest.







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