
Vue du monument de l'Indépendance, à Lomé, capitale du Togo
Par Janvier Gbedo
Le Togo et le Bénin partagent désormais le statut d'économies à revenu intermédiaire inférieur, suite à la révision annuelle de la Banque mondiale. Le Togo est le seul pays à quitter cette année la catégorie des revenus faibles, marquant une convergence dans les trajectoires de croissance de ces deux voisins.
Le Groupe de la Banque mondiale a publié, le mercredi 1er juillet 2026, sa mise à jour annuelle des classifications des économies selon le niveau de revenu. À compter de cette date, le Togo quitte la catégorie des pays à faible revenu pour intégrer celle des pays à revenu intermédiaire inférieur. Cette mise à jour concerne un ensemble de 218 économies à l'échelle mondiale.
Le Togo est le seul État à abandonner la catégorie des revenus faibles au cours de cet exercice, aucun pays n'a reculé de catégorie cette année. Par ce reclassement, il rejoint d'autres pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui possédaient déjà ce statut, à savoir la Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Bénin. Au niveau international, cinq autres nations accèdent au groupe des pays à revenu intermédiaire supérieur : la Jordanie, la Micronésie, les Philippines, le Sri Lanka et le Vietnam.
Une croissance soutenue et un effet démographique derrière le reclassement
La classification de la Banque mondiale repose sur le calcul du revenu national brut (RNB) par habitant de l'année précédente. Cet indicateur est mesuré selon la méthode Atlas qui lisse les variations de taux de change sur trois ans et converti en dollars américains.
Le système divise les économies mondiales en quatre tranches spécifiques : revenu faible, revenu intermédiaire inférieur, revenu intermédiaire supérieur et revenu élevé. Pour cet exercice, le seuil d'entrée dans la catégorie des revenus intermédiaires inférieurs est fixé à 1.136 dollars. Les seuils définis pour cette session s'appliqueront jusqu'au 30 juin 2027.
Deux facteurs expliquent ce basculement statistique. D'une part, une croissance économique solide et régulière : le produit intérieur brut réel togolais a progressé de 6,3 % en 2025, après 6,5% en 2024 et 6,2% en 2023 selon l'Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (Inseed), une performance que le FMI situe autour de 6% lors de sa dernière revue.
D'autre part, un ajustement démographique : après le recensement général de 2022, la population togolaise a été révisée à la baisse de 11,7%, ce qui mécaniquement fait grimper le RNB par habitant calculé selon la méthode Atlas. Le PIB nominal togolais atteint désormais 6.919,1 milliards de francs Cfa, pour un PIB par habitant avoisinant 1.400 dollars.
Un nouveau statut aux conséquences économiques et financières
Le passage dans la catégorie des revenus intermédiaires inférieurs modifie le positionnement institutionnel du Togo. Ce changement de statut a des incidences directes sur les relations avec les partenaires techniques, les investisseurs, les bailleurs de fonds ainsi que les agences de notation financière.
Il entraîne également une modification des conditions et des sources de financement de développement accessibles pour l'État togolais sur les marchés nationaux et internationaux, sans toutefois fermer l'accès aux guichets concessionnels : l'Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale reste accessible au pays.
Le timing de ce reclassement coïncide avec la finalisation par Lomé de sa feuille de route gouvernementale 2026-2031, qui ambitionne de doubler le niveau de vie moyen et de ramener le taux de pauvreté sous les 15% d'ici 2040.
Les économistes mettent toutefois en garde contre le piège dit de la « trappe à revenu intermédiaire », qui guette les pays accédant à cette catégorie puis stagnent faute de transformation structurelle de leur économie. Le reclassement atteste d'une progression statistique ; il ne garantit pas, à lui seul, une amélioration perceptible du niveau de vie de la population togolaise.








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