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Naïr Abakar : Portrait d’un ministre qui veut refonder le sport tchadien

Depuis avril 2026, le Tchad a un nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports : Naïr Abakar. Qui est-il, quelle est sa vision et quel projet pour le football tchadien ? À travers ce portrait, Naïr Abakar se dévoile dans les colonnes de CADRECO.

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Naïr Abakar : Portrait d’un ministre qui veut refonder le sport tchadien

Depuis avril 2026, le Tchad a un nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports : Naïr Abakar. Qui est-il, quelle est sa vision et quel projet pour le football tchadien ? À travers ce portrait, Naïr Abakar se dévoile dans les colonnes de CADRECO.

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Naïr Abakar, Ministre de la Jeunesse et des Sports du Tchad.

Naïr Abakar, Ministre de la Jeunesse et des Sports du Tchad.

Par Fortuné DOTIN

Lorsqu’il est nommé ministre de la Jeunesse et des Sports du Tchad en avril 2026, Naïr Abakar n’arrive pas dans un univers qu’il découvre. À trente-quatre ans, son parcours s’est déjà construit à la croisée du numérique, de l’entrepreneuriat et surtout d’un engagement progressif dans la structuration du sport, en particulier du football. Cette trajectoire, atypique dans les profils gouvernementaux classiques, donne une lecture particulière de son entrée au gouvernement : moins une rupture qu’une continuité.

Un parcours entre ingénierie et action publique

Formé en ingénierie informatique en France après un passage par l’École française de N’Djamena, il débute sa carrière dans le numérique, notamment chez Orange Labs. Mais très tôt, son regard dépasse le champ technique. Il s’intéresse aux systèmes, aux organisations, aux mécanismes de circulation de l’information et des opportunités. Cette manière de penser en structures plutôt qu’en événements isolés va progressivement orienter ses engagements.

Le football comme point d’entrée dans la gouvernance sportive

De retour au Tchad en 2017, il s’inscrit dans une dynamique d’initiatives liées à la jeunesse et à l’innovation sociale. Mais c’est dans le sport que cette logique de structuration trouve son terrain le plus concret. Le football, en particulier, devient pour lui un espace d’observation et d’action où les failles institutionnelles, organisationnelles et humaines sont les plus visibles.

En 2021, sa nomination au sein du comité de normalisation de la Fédération tchadienne de football marque une étape importante. Il ne s’agit plus seulement de promouvoir des initiatives, mais de contribuer à la remise en ordre d’un système en difficulté. Gouvernance des clubs, organisation des compétitions, structuration des catégories de jeunes : les chantiers sont nombreux et touchent à l’ossature même de la discipline.

Très vite, une conviction s’impose dans son approche : les performances sportives ne sont pas d’abord une question de talent individuel, mais de système. Sans formation structurée, sans encadrement technique solide, sans continuité des compétitions, le potentiel reste fragmenté. Cette lecture le conduit à défendre une vision du football fondée sur trois piliers : la formation, la gouvernance et les infrastructures.

La formation, d’abord, comme point de départ. Pour lui, aucun projet sportif durable ne peut ignorer le rôle des académies, du sport scolaire et des dispositifs de détection. Le talent existe, mais il doit être identifié tôt et accompagné dans un cadre cohérent.

La gouvernance ensuite, comme condition de crédibilité. Clubs, fédérations, encadrement technique : la structuration des responsabilités devient centrale. Il plaide pour des organisations plus transparentes, plus professionnelles, où la logique de résultat ne peut être dissociée du respect des règles administratives et financières.

Les infrastructures enfin, comme support visible mais insuffisant sans les deux autres piliers. La construction ou la rénovation de stades n’a de sens que si elle s’inscrit dans une dynamique d’usage réel, de compétitions régulières et d’ancrage local du sport.

Cette approche systémique s’affirme davantage lorsqu’il participe à des initiatives de coopération dans le football africain, notamment autour de partenariats permettant à de jeunes joueurs tchadiens d’accéder à des structures de formation à l’étranger. L’idée n’est pas seulement de faire sortir des talents, mais de créer des passerelles durables entre les écosystèmes sportifs.

Un ministère orienté vers la refondation du sport national

Cette expérience dans la gouvernance sportive prépare en réalité son entrée dans l’action publique gouvernementale. Lorsqu’il prend la tête du ministère de la Jeunesse et des Sports en 2026, il arrive avec une lecture déjà construite du secteur : un système fragmenté qu’il ne s’agit pas simplement de gérer, mais de réorganiser.

Devant le Sénat, lors d’une séance consacrée à l’avenir du sport national, il défend une approche sans détour. Les difficultés du football tchadien, affirme-t-il en substance, ne relèvent pas uniquement du manque de moyens, mais d’un déficit d’organisation globale. Les investissements dans les infrastructures, aussi importants soient-ils, ne produisent d’effets durables que s’ils s’inscrivent dans un système fonctionnel.

Il insiste notamment sur la nécessité de reconstruire la base du sport national. Le football scolaire, les compétitions locales, les championnats de jeunes constituent selon lui le véritable socle de la performance future. Sans ce travail de fond, les équipes nationales restent dépendantes de dynamiques ponctuelles et instables.

Dans la même logique, il appelle à une restructuration du championnat national. Régularité des compétitions, professionnalisation des clubs, respect des calendriers sportifs : ces éléments ne sont pas présentés comme des objectifs secondaires, mais comme des conditions indispensables à la progression du niveau général.

La question de la discipline et de la gouvernance occupe également une place centrale dans son discours. Les subventions publiques, estime-t-il, doivent être liées à des critères clairs de gestion, de transparence et d’engagement dans la formation des jeunes. Le soutien de l’État ne peut être dissocié d’exigences de structuration.

Au-delà des réformes techniques, c’est une certaine idée du sport qu’il défend. Le sport n’est pas seulement un espace de compétition ou de représentation nationale. Il est un outil d’organisation sociale, un lieu où se construit une partie de la cohésion du pays et où se révèlent des dynamiques économiques et humaines.

Cette vision donne à son action une cohérence particulière : du numérique au football, de la jeunesse à la gouvernance publique, une même logique se dessine, celle de la structuration des potentialités. À ce stade, son parcours ne se lit plus comme une succession de fonctions, mais comme une continuité. Celle d’un responsable qui a progressivement déplacé son terrain d’action sans changer de méthode.

À trente-quatre ans, Naïr Abakar arrive donc au ministère avec un capital rare dans l’administration publique : une expérience déjà ancrée dans le fonctionnement concret des systèmes qu’il est chargé de transformer. Le défi qui l’attend ne se limite pas à relancer un secteur sportif. Il consiste à faire exister une architecture capable de relier formation, gouvernance et performance. Et peut-être est-ce là, au fond, la singularité de son parcours : avoir toujours cherché à construire des structures là où d’autres ne voyaient que des projets.

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