
Cheikh Diba, ministre de l'Économie, des Finances et du Plan du Sénégal
Le 30 juin 2026, en clôture du Débat d'orientation budgétaire, le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan Cheikh Diba a réaffirmé le refus du Sénégal de restructurer sa dette publique, misant sur une gestion active jugée moins risquée pour l'économie.
Évoquée par plusieurs observateurs et par le Fonds monétaire international (FMI) comme une voie pour desserrer la contrainte budgétaire, l'option d'une restructuration de la dette reste écartée par les autorités sénégalaises.
Devant les députés réunis à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a réaffirmé, mardi 30 juin 2026, en clôture du Débat d'orientation budgétaire, que l'État privilégie une stratégie de gestion active de la dette, jugée moins coûteuse et plus rassurante pour les investisseurs. Cette position s'inscrit dans un contexte de négociations avancées avec le FMI et de restauration de la crédibilité des finances publiques, après la révision à la hausse des chiffres du déficit et de l'endettement.
Une position inchangée depuis plusieurs mois
« La position de l'État du Sénégal n'a pas varié. Nous demeurons convaincus que les objectifs recherchés par certains acteurs qui préconisent une restructuration de la dette peuvent être atteints à travers le plan de traitement que nous avons élaboré, avec des risques nettement moins élevés pour notre économie », a déclaré Cheikh Diba devant les parlementaires. Le ministre a précisé que cette ligne a été présentée aux partenaires du Sénégal et continue de faire l'objet d'échanges dans le cadre d'un dialogue qu'il a qualifié de constructif.
Pour le gouvernement, une restructuration formelle risquerait de fragiliser durablement la réputation financière du pays, de renchérir le coût des futurs emprunts et de compliquer l'accès aux marchés internationaux, notamment celui de l'UEMOA où le Sénégal occupe une place significative.
La gestion active de la dette, alternative revendiquée
Plutôt que de renégocier ou de suspendre le remboursement de certaines créances, l'État mise sur une gestion active de son portefeuille : refinancement de certains emprunts à de meilleures conditions, allongement des échéances, titrisation de créances bancaires locales et mobilisation d'instruments de garantie auprès de partenaires techniques et financiers tels que la Banque africaine de développement.
Cheikh Diba avait illustré les effets de cette approche en février 2026, en indiquant qu'elle avait permis de dégager plus de 500 milliards de francs Cfa d'espace budgétaire sur la seule dette bancaire intérieure au titre de l'année 2025, alors que les tombées d'échéances sur ce segment approchaient 820 milliards de francs Cfa. « Nous sommes contre la restructuration, non par principe, mais parce que nous pensons que la gestion active de la dette constitue aujourd'hui la meilleure solution », avait-il résumé. Le gouvernement affiche désormais l'ambition d'étendre cette méthode à une partie de la dette extérieure.
Cette orientation s'accompagne de projections chiffrées présentées lors du même débat : le besoin global de financement de l'État est évalué à 19.89,4 milliards de francs Cfa sur la période 2027-2029, dont l'essentiel plus des trois quarts correspond à l'amortissement de la dette existante plutôt qu'à de nouveaux déficits.
Le gouvernement table par ailleurs sur une baisse progressive de la charge d'intérêts, qui passerait de 1303,9 milliards de francs Cfa en 2027 à 1061,4 milliards en 2029. Sur le plan institutionnel, la création d'une structure unique de gestion de la dette publique doit renforcer la gouvernance de ce dispositif.
Restaurer la confiance après l'audit des finances publiques
Cette prise de position intervient alors que le Sénégal poursuit ses échanges avec le FMI à la suite de la révision des comptes publics, qui a révélé que les niveaux de déficit budgétaire et d'endettement communiqués les années précédentes étaient largement inférieurs à la réalité.
Cheikh Diba a assumé cette situation devant les députés, la qualifiant de cas exceptionnel dans les relations entre un État et les institutions financières internationales, tout en assurant qu'elle ne traduit pas une rupture de confiance avec le Fonds mais plutôt une volonté commune de restaurer durablement la crédibilité des finances publiques. Le ministre a évoqué un accord avec le FMI qui serait imminent, avec une échéance fixée au 15 juillet pour la conclusion d'un nouveau programme, le processus devant passer par l'obtention d'un waiver puis par la validation du cadrage macroéconomique.
Préserver la signature du Sénégal
Au-delà de ses effets financiers immédiats, le refus de restructurer répond à un impératif de crédibilité. Une restructuration est généralement perçue par les marchés comme le signe que l' État peine à honorer ses créanciers, ce qui peut entraîner une dégradation de la notation souveraine, une hausse des taux d'intérêt et un recul des investissements.
En maintenant le cap sur une gestion active, l'exécutif entend préserver la signature du Sénégal sur les marchés internationaux tout en poursuivant les réformes de gouvernance budgétaire engagées, notamment la modernisation fiscale et la révision de certaines conventions sectorielles.
Un pari observé de près
La stratégie défendue par Cheikh Diba constitue désormais l'un des principaux paris économiques du gouvernement. Son succès dépendra de plusieurs facteurs : l'aboutissement des négociations avec le FMI, la capacité de l'État à maîtriser son déficit budgétaire, l'amélioration de la mobilisation des recettes fiscales, le gouvernement vise le seuil communautaire de 20% fixé par l'UEMOA et la poursuite des réformes de gouvernance.
Dans les prochains mois, marchés financiers et partenaires techniques suivront de près la capacité du Sénégal à démontrer qu'il est possible d'améliorer durablement la soutenabilité de sa dette sans passer par une restructuration formelle.




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