Par Brunelle TCHOBO
Face aux nouvelles exigences environnementales et à la transition énergétique mondiale, l’institution béninoise veut prouver que l'efficacité économique et la responsabilité écologique peuvent aller de pair. Le PAC a entrepris une refonte stratégique fondée sur une approche intégrée du développement durable. Cette démarche repose sur un Système de management intégré Qualité-sécurité-environnement (SMI-QSE), garantissant la cohérence de toutes les politiques internes, depuis la qualité des services jusqu’à la sécurité des acteurs portuaires.
Ce système a valu au port une triple certification ISO (9001, 14001 et 45001), gage de performance internationale. Il s’ajoute à la prestigieuse certification EcoPorts, reconnue par les ports les plus avancés en matière de gestion environnementale. « Le Port de Cotonou s’est engagé à prouver qu’un port africain peut être à la fois performant, sûr et écologiquement exemplaire. Notre gouvernance se construit désormais autour d’un équilibre entre productivité et responsabilité », explique Erick Akpo, chef du service de la Responsabilité sociétale et de l’environnement (RSE).
La transition énergétique comme moteur de modernisation
La lutte contre le changement climatique est au cœur de la stratégie de développement du PAC. L’institution a réalisé le bilan carbone complet de ses activités afin d’identifier les principales sources d’émissions et de définir un plan d’action durable. Dans cette logique, deux sites de reboisement à Tori et à Djrègbé, couvrant près de dix hectares, ont été mis en place. Ces espaces constituent de véritables puits de carbone, destinés à compenser les émissions issues des opérations portuaires.
Le port s’est également engagé dans un projet de production d’énergie éolienne. Un mât de mesure a été installé pour collecter des données sur la vitesse et la direction du vent pendant douze mois, en vue d’implanter un futur parc éolien sur la plateforme portuaire. « La durabilité énergétique est une priorité. Nous voulons réduire notre dépendance aux énergies fossiles et faire du PAC un acteur de la transition énergétique régionale », confie Erick Akpo.
Parallèlement, un système de suivi en temps réel de la qualité de l’air a été déployé. Des capteurs solaires mesurent les gaz polluants et les particules en suspension, permettant de déclencher des alertes en cas de dépassement des seuils. Ces outils renforcent la maîtrise environnementale et la protection sanitaire du personnel et des riverains.
La durabilité au Port de Cotonou s’étend bien au-delà des infrastructures. Elle englobe la biodiversité marine et côtière, enjeu crucial pour la stabilité écologique du littoral béninois. Une étude d’état des lieux de la biodiversité a été menée, suivie d’un Plan de Gestion de la Biodiversité (PGB) élaboré en partenariat avec l’Agence Béninoise pour l’Environnement (ABE), la Direction des Eaux et Forêts, la Marine Nationale, le CENAGREF et les communautés de pêcheurs.
Des opérations de remise en mer de tortues marines vivantes et la protection des sites de ponte témoignent de la mise en œuvre de ce plan. « La biodiversité n’est pas un luxe, c’est une composante essentielle de la durabilité portuaire. Un port qui détruit son écosystème compromet sa propre prospérité à long terme », souligne Erick Akpo.
Innovation et surveillance environnementale
Le PAC a créé la Plateforme Portuaire de Surveillance Environnementale (PPSE), un dispositif technologique unique dans la sous-région. Nominée aux Trophées de l’Innovation 2024, la PPSE vise à prévenir les risques liés aux espèces exotiques envahissantes et à assurer la conformité des opérateurs portuaires aux standards internationaux. Cet outil contribue aussi à réduire les coûts liés aux dégradations causées par les nuisibles, tout en protégeant les infrastructures et les marchandises. Il symbolise la volonté du PAC de conjuguer innovation technologique et responsabilité environnementale.
Le Port Autonome de Cotonou a renforcé ses dispositifs de gestion des déchets et de lutte contre la pollution. Des équipements spécialisés contre les déversements d’hydrocarbures sont déjà opérationnels, et la mise en service du CATAGLOP, un collecteur flottant de déchets, est imminente. Le port travaille aussi à la création d’une déchetterie moderne permettant le tri sélectif et la valorisation des déchets issus des activités portuaires, dans une logique d’économie circulaire.
La majorité de ces initiatives évoquées, du bilan carbone au réseau de capteurs d’air, en passant par le CATAGLOP et la Plateforme Portuaire de Surveillance Environnementale, ont été financées dans le cadre des projets PASPort et PASPort II, soutenus par la Belgique et mis en œuvre par Enabel. Une partie des actions relève également du projet ProPORT, financé par l’Union européenne au Bénin et exécuté par Enabel.
Mais la durabilité ne s’arrête pas à l’écologie. Le PAC intègre dans sa politique RSE un fort volet social, salué à l’international. Le projet de relogement des revendeuses, lauréat des IAPH Sustainability Awards, a permis d’améliorer les conditions de vie des femmes commerçantes autour du port. Un hangar dédié aux chauffeurs de camions et à leurs apprentis a également été construit pour renforcer leur confort et leur sécurité. « La durabilité, c’est aussi la dignité humaine. Nous œuvrons pour un port qui respecte son environnement, ses travailleurs et ses communautés », insiste Erick Akpo.
Un modèle africain de port vert
Pour consolider ses acquis, le Port Autonome de Cotonou prévoit la création d’une fondation dédiée au développement durable, ainsi que la signature de partenariats universitaires avec les universités d’Abomey-Calavi et de Parakou, en vue de soutenir la recherche appliquée et l’innovation environnementale.
Cette approche intégrée fait aujourd’hui du PAC une référence en Afrique de l’Ouest. En combinant certifications internationales, projets écologiques, innovations technologiques et actions sociales, le port de Cotonou prouve qu’un modèle de développement durable africain est possible. « Notre vision est de faire du Port de Cotonou un port vert, compétitif et durable. C’est ainsi que nous entendons renforcer la place du Bénin dans la logistique régionale tout en préservant notre planète. », conclut Erick Akpo.