Par Gabriel Poda
Ce défi est bien identifié par le candidat Wadagni qui érige l’éradication de l’extrême pauvreté comme sa priorité principale, à travers le renforcement de la protection sociale, la libération du potentiel de chacun et un développement plus territorialisé.
Une protection sociale renforcée
Si les données croisées de l'Institut national de la statistique et de la démographie (INStaD) et de la Banque mondiale confirment que l'extrême pauvreté a reculé de 18% à près de 11% sous l'ère Talon, le combat n'est pas achevé. Sortir ces 11% de Béninois restants de la précarité absolue, notamment dans les zones agricoles, est l'objectif central du nouveau pacte économique de Romuald Wadagni.
Une stratégie qui rompt avec la logique de l'assistanat ponctuel pour institutionnaliser de véritables stabilisateurs sociaux.
Sa politique cible les travailleurs essentiels, longtemps maintenus hors des radars de l'État-providence. La mesure phare réside dans la création d'un régime de retraite pour les agriculteurs, socle de l'économie réelle, couplée à l'intégration des enseignants vacataires (AME) au système national de pension.
Ce bouclier est renforcé par une prise en charge immédiate des urgences vitales et le financement à 100% des cantines dans les écoles primaires publiques.
D'un point de vue macroéconomique, l'objectif est limpide : endiguer la vulnérabilité sanitaire et alimentaire qui ampute la productivité du pays et amenuise la demande intérieure.
Inclusion financière : le pari d'un choc d'offre à la base
La protection n'est cependant qu'un prérequis ; l'objectif final reste la création de valeur. Le deuxième volet du programme s'attaque au goulot d'étranglement historique des économies ouest-africaines : l'accès au capital.
Dans un tissu économique encore largement contraint par l'informel, les barrières administratives brident l'entrepreneuriat à la base, notamment celui des femmes et des jeunes. La réponse se veut à la fois technologique et dérégulatrice, avec le déploiement d'une plateforme nationale de microcrédit digital, permettant d’emprunter en moins de 48h entre 50.000 et 50 millions de francs Cfa.
Sur le front agricole, l'heure est au choc de productivité : l'État veut accélérer la mécanisation, faciliter l’accès aux semences et aux financements. Il s'agit de solvabiliser la demande en équipements pour basculer d'une agriculture de subsistance à une logique de rendements intensifs. L'État n'assiste plus, il équipe.
Développement territorial et nouvelle approche sécuritaire
L'extrême pauvreté dépasse le cadre de la vulnérabilité sociale : elle constitue une faille géopolitique, particulièrement dans les régions septentrionales exposées à la pression des groupes armés sahéliens. Pour endiguer ce risque, la stratégie transcende la seule réponse militaire.
Elle s'appuie d'abord sur la structuration de pôles de développement territoriaux. En décentralisant l'accès aux infrastructures de base, en électrifiant et en implantant des unités de transformation agro-industrielle dans les zones isolées, l'État réoccupe économiquement le terrain. Il s'agit d'assécher le potentiel terreau du recrutement terroriste en opposant à la précarité une alternative économique viable.
Cette offensive civile s'articule avec une refonte doctrinale de l'appareil sécuritaire intérieur. Le projet acte la poursuite de la modernisation des équipements de défense, mais y intègre un pivot vers la prévention. Le déploiement d'une police de proximité dans les villes du Nord doit permettre de consolider le maillage territorial et de recréer un maillon de confiance avec les populations, premier rempart contre l'infiltration de cellules radicales.
En complément, la création d'un service d'engagement civique offre à la jeunesse un cadre d'implication directe dans la protection civile et la cohésion nationale, forgeant ainsi une résilience communautaire par la base.
Enfin, l'efficacité de cette stratégie intégrée repose sur son prolongement diplomatique. Depuis le début de la campagne, Romuald Wadagni appelle à plus de coopération avec les pays frères, signe d’une volonté d’apaisement avec les voisins de l’AES. Conscient que le problème du jihadisme est sa dimension transfrontalière, le candidat est conscient qu’il ne saura être résolu sur le long terme sans une meilleure coordination régionale.