Par Brunelle TCHOBO
L'objectif est de transformer des contraintes en opportunités d’investissement, tout en renforçant sa position dans les corridors ouest-africains et en s’inscrivant dans la dynamique du Global Gateway.
Le ton a été donné par Joseph Ahissou, directeur des transports terrestres et aériens. Revenant sur les réformes engagées sous l’impulsion du président Patrice Talon et l’attractivité du label « Choose Benin », il a mis en lumière un frein majeur à la performance logistique nationale : un parc automobile vieillissant, avec un âge moyen estimé à 27 ans.
Ce vieillissement impacte directement les coûts d’exploitation et la fiabilité des livraisons. Pour y remédier, le gouvernement béninois recherche un financement de 30 milliards de francs Cfa afin de renouveler la flotte. L’enjeu dépasse la simple modernisation. Il s’agit de renforcer la compétitivité du secteur, de professionnaliser les acteurs du transport et d’améliorer la qualité de l’air sur les axes stratégiques. Ce projet s’inscrit pleinement dans les priorités du Global Gateway, notamment en matière d’infrastructures durables et de transition écologique.
Capter la valeur ajoutée maritime
Le second axe stratégique concerne le secteur maritime. Grégoire André, directeur général de la SOBIMAF, a présenté un projet de chantier naval national évalué à 50 milliards de francs Cfa.
Face à la saturation des infrastructures de réparation dans le golfe de Guinée, le Bénin ambitionne de se positionner comme un hub de maintenance navale. Le projet prévoit une capacité d’accueil de navires de 100 mètres et 2.500 tonnes, soutenue par un programme de dragage continu et de modernisation des infrastructures bathymétriques.
L’ambition est d'offrir une solution de proximité aux armateurs et opérateurs maritimes, de réduire les coûts liés aux déroutements et de renforcer l’attractivité du Port de Cotonou. Ce chantier s’inscrit également dans une logique de souveraineté technique, en consolidant la position du Bénin face à des ports concurrents comme Lagos, Lomé ou Abidjan.
Aires de repos sur les corridors, un projet “bancable” à fort impact
Nabil Abdoulaye a présenté un projet jugé particulièrement attractif pour les investisseurs. Doté d’un budget de trois milliards de francs Cfa, il prévoit la construction d’une vingtaine d’aires de repos le long des corridors Abidjan-Lagos et Cotonou-Niamey.
Ce projet présente un triple avantage. Pour les investisseurs, il offre un modèle économique solide basé sur des flux de trafic importants. Pour les conducteurs et transporteurs, il améliore les conditions de travail et renforce la sécurité routière. Enfin, pour les collectivités locales, ces infrastructures constituent de véritables pôles de développement économique. Déjà, des partenaires comme Enabel manifestent leur intérêt, illustrant le potentiel des projets à faible coût mais à fort impact.
Une stratégie globale pour s’imposer comme hub régional
À travers ces trois projets complémentaires, le Bénin veut passer du statut de simple zone de transit à celui de véritable hub logistique en Afrique de l’Ouest. En misant sur des infrastructures modernes, une meilleure intégration régionale et des partenariats internationaux, notamment avec l’initiative Team Europe, le pays entend renforcer son rôle dans la chaîne de valeur logistique régionale.
Plus qu’une série d’annonces, cette offensive à Abidjan traduit une stratégie cohérente et tournée vers l’avenir, où chaque projet contribue à bâtir une intelligence logistique au service de la compétitivité nationale et régionale.