
À fin 2024, dix créanciers détenaient 74% de la dette extérieure du Sénégal.
La structure de la dette extérieure du Sénégal révèle une forte concentration des financements entre les mains d’un nombre limité d’acteurs. Selon les données du Bulletin statistique de la dette publique 2019-2024, les dix principaux créanciers du pays détenaient, à fin 2024, près de 12.436 milliards de francs Cfa, soit 74% de l’encours total de la dette extérieure de l’administration centrale, estimé à 16.894 milliards de francs Cfa.
Les marchés financiers et les bailleurs multilatéraux en première ligne
En tête de ce classement figurent les détenteurs d’Eurobonds, avec un encours de 3.133 milliards de francs Cfa, représentant 19% de la dette extérieure. Cette première place illustre le poids croissant des marchés financiers internationaux dans le financement de l’État sénégalais. Toutefois, contrairement aux autres créanciers, il ne s’agit pas d’une institution unique, mais d’un ensemble d’investisseurs ayant souscrit aux obligations souveraines émises par le Sénégal.
La Banque mondiale occupe le deuxième rang avec 2.803 milliards de francs Cfa, soit 17% de la dette extérieure. Cette position confirme le rôle central des institutions multilatérales dans le financement des infrastructures, des programmes sociaux et des réformes économiques du pays. La Chine, à travers Exim Bank of China, complète le podium avec 1.380 milliards de francs Cfa (8%). Depuis plusieurs années, les financements chinois ont contribué à la réalisation de grands projets d’infrastructures, notamment dans les secteurs des transports et de l’énergie.
Le reste du classement met en évidence la diversité des partenaires financiers du Sénégal. Le Fonds monétaire international (FMI) détient 905 milliards de francs Cfa, suivi de la Banque islamique de développement (896 milliards) et de l’Agence française de développement (808 milliards). Ensemble, ces trois institutions représentent chacune environ 5% de la dette extérieure. Le secteur bancaire privé international est également présent avec Société Générale CIB (779 milliards de francs Cfa) et Standard Chartered Bank (579 milliards), témoignant du recours du Sénégal à des financements structurés sur les marchés internationaux.
Les institutions africaines de développement jouent, elles aussi, un rôle important. La Banque africaine de développement (BAD) détient 730 milliards de francs Cfa, tandis que le Fonds africain de développement (FAD) complète le Top 10 avec 423 milliards, soit 3% de la dette extérieure.
Une diversification réelle, mais des risques à surveiller
Cette photographie des créanciers met en lumière une stratégie de financement relativement diversifiée, combinant marchés obligataires, banques de développement, partenaires bilatéraux et institutions financières internationales. Elle souligne également les défis auxquels le Sénégal est confronté dans un contexte de maîtrise de la dette publique. La prédominance des Eurobonds, généralement plus coûteux et sensibles aux conditions des marchés internationaux, renforce l’intérêt des autorités pour un rééquilibrage progressif du portefeuille de dette vers des financements concessionnels et des emprunts en monnaie locale, afin de limiter les risques liés aux taux d’intérêt et aux fluctuations de change.











