Par Romaric TOKPE
Les échanges ont porté sur les avancées du cadre juridique national ainsi que sur les limites observées dans leur application concrète.
Ouvrant les travaux, Karine Bachongy, directrice pays du Groupe Banque mondiale au Bénin, a replacé la question dans une perspective de développement. « La participation des femmes à l’économie béninoise constitue un levier stratégique. C’est un investissement à fort rendement pour la croissance et la résilience du pays », a déclaré Karine Bachongy. Elle a également mis en avant le projet WEDAF, présenté comme un instrument d’accélération destiné à renforcer l’entrepreneuriat féminin et l’accès au financement.
Un socle juridique en consolidation progressive
La communication technique assurée par Lolita Forget, du programme Women, Business and the Law, et Awaou Bako, du ministère de l’Économie et des Finances, a permis de situer le Bénin dans l’environnement international. Avec un score de 68 sur 100, le pays se positionne au-dessus de la moyenne régionale en matière de cadre légal.
Cette performance repose sur plusieurs réformes structurantes adoptées au fil des années. Le Code du travail en 1998, le Code des personnes et de la famille en 2004 ainsi que la réglementation des services de garde d’enfants en 2023 traduisent une dynamique d’alignement progressif sur les standards internationaux. Toutefois, une limite majeure persiste. « L’existence de lois favorables ne garantit pas leur application effective », a souligné Lolita Forget.
L’effectivité des réformes au cœur des enjeux
L’édition 2026 du rapport introduit un indicateur centré sur l’effectivité des dispositifs juridiques. Le Bénin fait ainsi face à un défi transversal qui concerne la traduction concrète des normes adoptées. Les insuffisances observées concernent la sécurité des femmes dans l’espace économique, l’accessibilité des services de garde et la capacité des dispositifs d’accompagnement. « Les réformes doivent être soutenues par des politiques publiques cohérentes et des investissements ciblés », a indiqué l’équipe technique du programme.
Sur le plan des politiques et institutions d’appui, le score du Bénin s’établit à 41 sur 100, révélant des marges de progression importantes. Awaou Bako a insisté sur plusieurs priorités. Il s’agit notamment d’améliorer la mobilité économique des femmes, de sécuriser les droits liés au mariage et aux actifs, ainsi que de renforcer les mécanismes de pension.
Elle a également mis en lumière un enjeu de gouvernance. « L’appropriation du rapport par les acteurs nationaux reste insuffisante. La sensibilisation est déterminante pour améliorer les performances », a affirmé Awaou Bako. Dans cette perspective, des initiatives sont annoncées, notamment des études sur les systèmes communautaires de garde d’enfants et la production d’un rapport annuel sur la qualité des services.
Des contraintes persistantes
Le panel sectoriel modéré par Adja Mansora Dahourou a permis de croiser les données analytiques avec les expériences de terrain. Les interventions de plusieurs entrepreneures ont mis en évidence des contraintes récurrentes liées à l’accès au financement, aux barrières socioculturelles et aux difficultés d’accès aux marchés. Réagissant à ces préoccupations, Karine Bachongy a rappelé l’approche de l’institution. « L’efficacité des dispositifs repose sur leur capacité à intégrer les réalités des entrepreneures. L’écoute du terrain demeure essentielle », a-t-elle précisé.
Au terme des échanges, le constat d’ensemble met en évidence un cadre juridique en progression, soutenu par une volonté politique affirmée.
Le principal enjeu réside désormais dans la transformation des acquis normatifs en résultats économiques mesurables. La consolidation institutionnelle, le déploiement effectif des politiques publiques et l’adaptation aux réalités du terrain apparaissent comme des leviers déterminants pour renforcer durablement l’inclusion économique des femmes au Bénin.