Par Brunelle TCHOBO
Réunissant artistes, curatrices internationales et acteurs du monde de l’art, la rencontre a permis de questionner les dynamiques de création contemporaine en Afrique, entre réappropriation des héritages et circulation des œuvres.
Organisée autour du thème « Héritage en mouvement : réinventer les récits et les formes en Afrique contemporaine », cette table ronde a connu les interventions de Gabi Ngcobo, directrice du Kunstinstituut Melly à Rotterdam, de Rita Ouédraogo, curatrice indépendante basée à Amsterdam, de Léa Awunou Roufaï, directrice générale de Léa Résidence, de Diane Awunou Houssou, directrice de la galerie Encadrement Design de Cotonou, et de l’artiste Thierry Oussou. Ils ont partagé leurs analyses devant des amoureux de l’art.
Réinventer les récits, entre création et réappropriation
Au cœur des échanges, la nécessité de repenser les récits artistiques africains dans un contexte globalisé. Pour Léa Awunou Roufaï, il s’agit moins d’une rupture que d’un processus de réappropriation. « Nous avons un devoir de présenter les créations, les récits et les messages portés par les artistes, ainsi que leur regard sur le monde contemporain et l’Afrique d’aujourd’hui », a-t-elle souligné.
Elle a attiré l'attention sur la montée en visibilité des artistes africains sur les scènes internationales, notamment dans les maisons de vente et d’exposition. Une dynamique qui, selon elle, doit s’accompagner d’un ancrage national fort. « Il est essentiel de retracer les trajectoires qui permettent à ces artistes d’émerger, tout en favorisant une appropriation locale et une véritable circulation internationale », a-t-elle ajouté.
Dans cette perspective, le projet Equilibrium Wind s’inscrit comme une illustration concrète de cette démarche, en mobilisant des références historiques, économiques et sociales propres au Bénin.
Diffusion des œuvres, un défi partagé
Les discussions ont également mis en lumière les défis liés à la diffusion et à la circulation des œuvres d’art. Malgré une dynamique croissante, plusieurs obstacles subsistent, notamment en matière de visibilité et d’accès aux marchés.
Pour Léa Awunou Roufaï, la responsabilité est collective. « Chacun a sa part pour permettre cette circulation », a-t-elle affirmé. Elle a invité les acteurs de ce secteur à renforcer les initiatives capables d’attirer l’attention des acteurs internationaux.
Au-delà de la visibilité extérieure, elle a insisté sur la nécessité d’un engagement local. « Il faut aussi que les Béninois s’intéressent à ces artistes, qu’ils puissent susciter des vocations et devenir eux-mêmes acquéreurs d’œuvres », a-t-elle plaidé. Elle estime qu'il est important de créer une résonance à la fois nationale et internationale.
Un intérêt croissant pour la création contemporaine africaine
La participation des curatrices Gabi Ngcobo et Rita Ouédraogo a illustré l’intérêt grandissant pour les artistes africains sur la scène mondiale. Selon les panélistes, ces derniers portent aujourd’hui des discours universels, au-delà des catégorisations géographiques.
Les échanges ont permis de dégager des perspectives de collaboration et de mise en réseau, renforçant l’idée d’un écosystème artistique en pleine structuration. « Des pistes de réflexion et de collaboration vont émerger », s’est réjouie Léa Awunou Roufaï.
Diane Awunou Houssou a également souligné que la création contemporaine africaine s’inscrit dans une dynamique de réappropriation des héritages, où les artistes revisitent leurs références culturelles pour en proposer des lectures nouvelles.
Le coton, entre art, mémoire et économie
Au centre du projet Equilibrium Wind, Thierry Oussou propose une réflexion originale autour du coton béninois, érigé en matériau artistique. Bien plus qu’une simple matière première, l'« or blanc » devient un vecteur de mémoire et d’identité.
« L’élément essentiel, ce n’est pas le coton en soi, mais l’économie béninoise reliée à son histoire », a expliqué l’artiste. Il a évoqué des références allant de la période coloniale au marxisme-léninisme. À travers cette approche conceptuelle, il entend mettre en lumière les dynamiques sociales et économiques qui structurent le pays.
Du 21 mars au 18 avril 2026, à la Galerie Encadrement Design de Cotonou, l’exposition propose une immersion sensorielle mêlant installations, peintures, vidéos et bande sonore. Le public est invité à interagir directement avec le coton, dans une démarche visant à rapprocher l’art des réalités quotidiennes.
Au-delà de sa dimension esthétique, le projet rend hommage aux acteurs de la filière coton, pilier de l’économie nationale, tout en interrogeant les liens entre création artistique et développement.