Par Délé Abiossè
Quelles sont les qualités et attitudes nécessaires pour réussir en entrepreneuriat ? C’est la question qui taraude l’esprit de bon nombre de jeunes qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat.
La réponse à cette question a été livrée de manière pêle-mêle par Lionel Zinsou et Bertin Nahum vendredi 24 avril 2026 à l’École polytechnique d’Abomey-Calavi (EPAC), lors d’une conférence organisée sur le thème « Talents Made in Bénin : une force économique nationale ».
Pour le Franco-Béninois Bertin Nahum, sacré quatrième entrepreneur high-tech le plus révolutionnaire du monde par la revue canadienne Discovery en 2012, l’acte d’entreprendre ne commence pas avec l’immatriculation d’une entreprise, mais bien en amont, dans le regard posé sur la société.
« J’estime que l’entrepreneur, c’est avant tout un observateur de la société », affirme-t-il. Il précise que la différence se joue dans « la capacité à observer (…) identifier un besoin, une problématique, et puis réfléchir à comment y répondre ».
Le déclic de l’action
Mais observer ne suffit pas. Encore faut-il franchir le pas. Sur ce point, l’entrepreneur franco-béninois convoque son propre parcours, marqué par une décision radicale : quitter le salariat pour expérimenter ses idées.
« Ce qui a guidé ma décision (…) ce n'était pas tant la volonté de devenir mon propre patron », confie-t-il. À l’origine de ce choix, un mélange de scepticisme rencontré dans son environnement professionnel et une volonté personnelle de vérifier la pertinence de ses intuitions.
Alors ingénieur, il explique avoir développé des solutions autour de la robotique médicale, avant de se heurter à l’incrédulité de sa hiérarchie. « Faute d'avoir réussi à les (les responsables hiérarchiques, Ndlr) convaincre du bien-fondé de ce à quoi je pensais, je me suis dit : la seule façon de savoir si finalement ce que tu dis est vrai ou pas, c'est de le faire. Et donc, c'est à partir de là que j'ai décidé de démissionner et de me lancer », raconte-t-il.
Résister à l’adversité et penser autrement
Face aux réalités souvent incertaines de l’entrepreneuriat, le président de la fondation Sèmè-City, Lionel Zinsou, met en avant des qualités d’endurance et de rupture intellectuelle. « Il faut être capable de dominer l’adversité parce que ce n’est pas du tout un fleuve tranquille, l’innovation », déclare-t-il.
L’économiste et ancien Premier ministre du Bénin insiste sur la nécessité de cultiver une force intérieure permettant de traverser les obstacles. « Une résistance et une confiance en soi (…) qui permettent d’aller au fond des obstacles », souligne-t-il.
Au-delà de la résilience, il appelle les jeunes à sortir des schémas classiques. « Il faut avoir l’habitude de ne pas être conformiste, de penser ce que les autres n’ont pas pensé », affirme-t-il insistant sur la nécessité d’être « paradoxal, anticonformiste et confiant dans l’utopie ».
Au-delà des diplômes
Si les parcours académiques constituent un socle, ils ne suffisent pas à garantir la réussite entrepreneuriale. Bertin Nahum rappelle qu’avoir un bagage académique « est la base de tout et à partir de laquelle on va pouvoir créer de la valeur, créer de la richesse ».
Mais, précise-t-il, « un bon entrepreneur n’est pas nécessairement celui qui est le premier de sa classe ». L’entrepreneur de 56 ans qui allie robotique et imagerie pour traiter le cancer met ainsi en avant l’importance des compétences comportementales, les « soft skills » qui permettent d’adapter, de convaincre et de persévérer.
Au fil des explications, un fil conducteur se dégage : entreprendre relève autant d’un état d’esprit que d’un savoir-faire.










