Par Fortuné DOTIN
Au-delà de l’événement, il décrit un secteur en mutation, où les industries culturelles s’affirment progressivement comme des leviers économiques à part entière. Entre structuration du marché, enjeux d’organisation et ambitions régionales, cet entretien met en lumière une plateforme qui dépasse le registre culturel pour s’inscrire dans une logique de développement et de positionnement du Bénin dans les industries créatives.
CADRECO | La deuxième édition du Sima au Bénin a suscité un réel engouement. Quels chiffres et indicateurs pouvez-vous partager pour illustrer son impact sur la musique francophone et l’économie locale ?
Mamby Diomandé : La deuxième édition du SIMA a confirmé une chose essentielle : il existe aujourd’hui un véritable marché de la musique francophone en Afrique, avec des acteurs de plus en plus structurés et connectés. Nous avons réuni plus de 7.000 participants des artistes, des producteurs, des labels, des institutions, des médias et des partenaires venus de plusieurs pays du continent et de l’international.
Au-delà des chiffres, l’impact se mesure surtout dans la diversité et la qualité des profils présents. Ce type de configuration permet des échanges beaucoup plus concrets. Sur le plan local, l’événement a également généré une activité réelle pour plusieurs secteurs, notamment l’hôtellerie, le transport et les services. Cela montre que les industries culturelles ne sont pas uniquement un sujet artistique, mais aussi un levier économique.
Quels retours concrets avez-vous reçus des professionnels, investisseurs et partenaires internationaux sur l’organisation et les opportunités générées par cette édition ?
Mamby Diomandé : Les retours ont été globalement très positifs, mais surtout très pragmatiques. Les professionnels ne cherchent plus uniquement de la visibilité, ils attendent des espaces où ils peuvent comprendre le marché, structurer leurs projets et identifier des opportunités concrètes. Plusieurs partenaires internationaux ont souligné le potentiel de la musique francophone africaine, tout en insistant sur la nécessité de mieux structurer les chaînes de valeur pour attirer davantage d’investissements. Ce qui ressort également, c’est que le SIMA est perçu comme un espace utile, où l’on peut à la fois échanger, apprendre et rencontrer les bons interlocuteurs. C’est cette dimension opérationnelle qui fait sa valeur.
Quels défis logistiques, organisationnels ou financiers avez-vous rencontrés, et quelles solutions innovantes avez-vous mises en place pour y répondre ?
Mamby Diomandé : Le SIMA est un salon qui se déroule sur plusieurs jours, avec des formats variés : panels, masterclass, rencontres professionnelles, résidences artistiques. Cela implique une coordination importante, d’autant plus que nous accueillons des intervenants et des partenaires venus de plusieurs pays. Sur ce type d’événement, l’enjeu principal est l’organisation globale. En tant que commissaire général, je ne peux pas être présent partout à la fois. Il est donc essentiel de s’appuyer sur une équipe solide et de faire confiance aux partenaires qui animent les différents formats, notamment les masterclass et les sessions professionnelles.
Nous avons fait le choix de donner une réelle autonomie aux intervenants, tout en maintenant une cohérence d’ensemble. C’est cette capacité à coordonner, sans centraliser excessivement, qui permet au salon de fonctionner de manière fluide. Ces défis font partie du processus. Ils montrent aussi que l’écosystème gagne en maturité et que ce type de rendez-vous devient de plus en plus structuré.
Votre choix s’est une fois encore porté sur le Bénin pour la troisième édition qui s’annonce. Qu’est-ce qui a motivé ce choix et quels atouts du pays ont pesé dans votre décision ?
Mamby Diomandé : Le choix du Bénin s’inscrit dans une logique de continuité, mais aussi d’observation. Nous avons constaté un réel dynamisme des industries culturelles béninoises, avec des initiatives locales, des artistes engagés et une volonté institutionnelle d’accompagner le secteur. Le pays présente plusieurs atouts : une scène culturelle active, une ouverture aux partenariats et une volonté de positionner la culture comme un levier de développement, notamment à travers le tourisme et les événements.
Au-delà des infrastructures, ce qui a compté, c’est cette convergence entre acteurs publics et privés. C’est ce type d’environnement qui permet à un projet comme le SIMA de s’inscrire dans la durée.
Fort de cette continuité au Bénin, quelles nouveautés majeures allez-vous introduire pour renforcer l’attractivité et la valeur ajoutée du salon ?
Mamby Diomandé : Pour la prochaine édition, nous souhaitons renforcer la dimension économique et opérationnelle du SIMA. Cela passe par des formats plus structurés autour du financement, de la production et de la circulation des œuvres. L’objectif est de permettre aux professionnels de passer de la discussion à la mise en œuvre de projets concrets. Nous allons également accorder une place plus importante à la création, notamment à travers les résidences artistiques, qui permettent de produire du contenu, de favoriser les collaborations et de connecter des artistes issus de différents pays. Enfin, nous poursuivons le développement de partenariats internationaux, afin d’ouvrir davantage l’écosystème francophone à d’autres marchés.
Comment le Sima contribue-t-il à positionner le Bénin comme un hub régional pour les événements culturels et le tourisme d’affaires ?
Mamby Diomandé : Le SIMA participe à cette dynamique en attirant des professionnels, des artistes et des partenaires venus de différents pays, ce qui contribue à renforcer la visibilité du Bénin à l’échelle régionale. Un événement de ce type génère des retombées concrètes pour les acteurs locaux, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie, du transport et des services. Il contribue également à structurer une offre de tourisme culturel et d’affaires. Nous travaillons avec les institutions et les acteurs locaux pour renforcer ces synergies, avec l’objectif d’inscrire le SIMA dans une logique durable et de faire du Bénin un point de rendez-vous régulier pour les industries culturelles.
Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux artistes, professionnels du secteur et investisseurs internationaux ?
Mamby Diomandé : L’industrie musicale africaine est en train de franchir une étape importante. Le potentiel est là, mais il doit être structuré pour devenir une réalité économique durable. Le SIMA s’inscrit dans cette dynamique. C’est un espace où les acteurs peuvent se rencontrer, comprendre les enjeux du marché et construire des projets. Le message est simple : c’est maintenant que cette industrie se construit. Et elle se construira avec ceux qui choisiront de s’y engager, de collaborer et d’investir sur le long terme.










