Par Assou AFANGLO
Pendant deux jours, décideurs politiques, experts, financiers et acteurs du développement planchent sur un défi majeur pour l’avenir de l’Union : financer un habitat durable, inclusif et capable de renforcer la souveraineté énergétique de la région.
Face à une urbanisation galopante et à une croissance démographique parmi les plus fortes du monde, les pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) sont confrontés à une équation complexe : comment loger dignement des millions de citoyens tout en répondant aux exigences de la transition énergétique et de la résilience climatique ?
Pour le président de la BOAD, Serge Ekue, l'habitat ne peut plus être considéré comme une simple question de logement. « Il est au cœur de notre projet de société, de notre développement économique et de notre ambition collective de souveraineté », a-t-il déclaré à l'ouverture des BBD.
Selon lui, le logement et l'énergie constituent désormais les deux piliers d'une même ambition stratégique. Dans une région qui comptera plus de 300 millions d'habitants à l'horizon 2050, dont plus de la moitié vivra en milieu urbain, la nécessité de repenser les modèles de construction et de financement devient urgente.
Transformer les défis urbains en opportunités économiques
Les échanges de Lomé interviennent dans un contexte où les besoins en logements décents explosent, tandis que les ressources publiques demeurent limitées. Pour la BOAD, l'enjeu est de transformer cette pression démographique en moteur de croissance économique.
L'institution met en avant plusieurs réalisations déjà engagées dans l'Union, notamment le projet de ville nouvelle de Ouèdo au Bénin et les programmes de logements sociaux en Côte d'Ivoire. Des initiatives qui illustrent la volonté de la banque de faire du logement un levier de création d'emplois, de structuration des filières locales et d'amélioration des conditions de vie des populations.
À cette occasion, la BOAD a également présenté les grandes orientations de son nouveau plan stratégique « Djoliba... La Suite » 2026-2030, qui entend renforcer son rôle de catalyseur d'investissements à fort impact social et économique.
Le Togo plaide pour une approche intégrée
Présidant l'ouverture des travaux au nom du gouvernement togolais, le ministre de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Réforme foncière, Kodjo Adédzé, a insisté sur la nécessité d'adopter une vision globale de l'habitat.
Pour lui, le logement est bien plus qu'une infrastructure sociale. Il constitue un moteur de développement qui stimule l'emploi, soutient les collectivités territoriales, améliore la santé publique et réduit les vulnérabilités sociales.
Le ministre a également souligné l'importance de bâtir une véritable chaîne régionale de financement de l'habitat, impliquant institutions financières, fonds de garantie, investisseurs privés et partenaires au développement.
Sur le volet énergétique, il a plaidé pour une conception nouvelle du logement, capable non seulement de consommer moins d'énergie, mais aussi de participer à la souveraineté énergétique régionale grâce à des standards de construction durables et à l'intégration de solutions innovantes.
Trois verrous à sauter
Au cœur des discussions figurent trois défis majeurs identifiés par la BOAD : l'accès au financement, l'harmonisation des normes de construction durable et l'inclusion sociale.
Les participants sont notamment appelés à réfléchir à des mécanismes innovants de financement immobilier, à la création d'un futur « Label Bâtiment Vert UEMOA » et à des solutions permettant aux jeunes et aux femmes d'accéder plus facilement à un logement décent.
Au-delà des débats, les organisateurs souhaitent faire des BOAD Development Days un véritable laboratoire de solutions concrètes. L'ambition affichée est de transformer les réflexions en investissements capables d'améliorer durablement les conditions de vie des populations ouest-africaines.
Pendant deux jours, Lomé devient ainsi le carrefour des réflexions sur l'avenir urbain de l'UEMOA, avec une conviction partagée : l'habitat durable représente désormais un enjeu stratégique de développement, de cohésion sociale et de souveraineté économique pour toute la région.












