Ce projet semblait condamné à rester une promesse. Conçu en 2009, relancé en 2022 sous l'effet du choc énergétique ukrainien, gelé après le coup d'État de juillet 2023 à Niamey, le Gazoduc Transsaharien, Trans-Saharan Gas Pipeline, TSGP, a survécu à des années d'incertitudes diplomatiques et de reports successifs. Le 3 juin 2026 à Alger, il a franchi un seuil décisif. Réunis à Alger dans le cadre de la 5e réunion ministérielle du Comité de pilotage, le Niger, l'Algérie et le Nigeria ont validé le rapport final de l'étude de faisabilité actualisée du projet réalisée par le cabinet international Penspen et réaffirmé leur volonté d'accélérer les démarches devant conduire à sa mise en œuvre.
Dans la foulée, l'Algérie a officiellement annoncé le lancement de la construction de sa section du gazoduc, avec Mohamed Arkab, ministre d'État aux Hydrocarbures, Ekperikpe Ekpo, ministre nigérian du Gaz, et Hamadou Tini, ministre nigérien du Pétrole, tous trois présents au Centre international des conférences Abdelatif Rahal.
Un projet à 13 milliards de dollars qui traverse un continent
Ce pipeline de plus de 4 000 km reliant le Nigeria à la côte algérienne via le Niger est conçu pour transporter jusqu'à 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an vers l'Europe, pour un investissement estimé à 13 milliards de dollars. Il s'inscrit dans une géographie énergétique mondiale bouleversée : le Nigeria dispose des plus vastes réserves de gaz naturel du continent, estimées à 215,10 trillions de pieds cubes au 1er janvier 2026. Des réserves colossales qui restent largement inexploitées faute d'infrastructure d'exportation.
Le projet vise à acheminer le gaz depuis le delta du Niger vers les terminaux algériens sur la Méditerranée, pour exportation vers l'Europe via le gazoduc Transmed vers l'Italie ou sous forme de GNL. L'Algérie, qui a exporté 49 milliards de m³ de gaz en 2024, verrait son rôle de hub énergétique entre l'Afrique et l'Europe consolidé.
Le dégel Niger-Algérie, déclencheur de la relance
Ce qui a finalement débloqué ce dossier n'est pas un accord technique, c'est un rapprochement diplomatique. Le dégel des relations entre le Niger et l'Algérie, officialisé lors de la visite du général Abdourahamane Tiani à Alger les 15 et 16 février 2026, a relancé le méga-projet. Lors de la conférence de presse conjointe, le président algérien Tebboune a annoncé que Sonatrach prendrait en charge la construction du tronçon nigérien, avec un démarrage des travaux prévu juste après le Ramadan. Le 17 mars 2026, Sonatrach avait dépêché une équipe à Niamey, composée de représentants du groupe et du ministère algérien des Hydrocarbures, confirmant le passage de la parole à l'action. Un expert du secteur a estimé que l'avancement global du projet est déjà significatif, les principaux travaux restant à réaliser étant concentrés sur le territoire nigérien.
Pour le Niger : droits de transit, emplois, souveraineté
Pour Niamey, le TSGP représente bien plus qu'un tuyau. Ce méga-projet représente une manne économique pour le Niger : droits de transit substantiels, création d'emplois, transferts de technologies via Sonatrach et valorisation de ses propres ressources gazières. Dans un contexte où le Niger, membre de l'AES, cherche à diversifier ses partenariats et à affirmer sa souveraineté économique, participer à une infrastructure énergétique continentale de cette envergure constitue un atout géopolitique majeur. Le gazoduc s'inscrit également dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique, NEPAD, et permettra de sécuriser une partie des approvisionnements en gaz destinés à l'Europe, notamment dans un contexte de tensions sur les marchés mondiaux de l'énergie.
2027 : l'échéance à tenir
Le protocole d'accord signé le 11 février 2025 à Alger engage l'Algérie, le Niger et le Nigeria à poursuivre la coordination et les actions conjointes pour la réalisation du projet, avec un objectif de mise en service fixé à 2027. Ce calendrier est ambitieux pour une infrastructure de cette dimension. Mais pour la première fois depuis la genèse du projet, trois États souverains aux trajectoires politiques divergentes, une junte sahélienne, une démocratie pétrolière et une puissance gazière méditerranéenne, s'assoient ensemble autour de plans de travaux concrets. L'histoire du TSGP s'écrit désormais en béton et en acier, pas seulement en déclarations d'intention.












