Par Boris Mawuena
D’un montant nominal de 52 milliards de francs Cfa, l’opération a suscité un fort engouement des investisseurs, les souscriptions ayant dépassé 60 milliards de francs Cfa. Cette initiative constitue une avancée notable dans le financement des petites et moyennes entreprises au sein de l’espace UEMOA.
À 10h45, la traditionnelle sonnerie de cloche a retenti pour officialiser l’entrée en bourse des titres du fonds à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). La cérémonie, organisée à Cotonou, a réuni plusieurs acteurs majeurs du secteur financier : responsables d’institutions régionales et internationales, représentants du gouvernement béninois, dirigeants d’établissements bancaires ainsi que des investisseurs.
L’événement consacre l’admission officielle des titres à la cote du marché financier régional. Mise en place dans le cadre du Programme Keur Samba porté par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), cette opération constitue la première titrisation réalisée par une banque au Bénin. Elle s’inscrit dans une dynamique visant à mobiliser davantage les marchés de capitaux afin de soutenir le financement de l’économie.
Pour Edoh Kossi Amènounvè, directeur général de la BRVM, la titrisation dépasse la simple technique financière. Selon lui, elle représente un véritable instrument de transformation économique illustrant la complémentarité entre le système bancaire et le marché financier.
Ce mécanisme permet notamment aux banques de convertir une partie de leurs actifs en liquidités et de dégager ainsi de nouvelles capacités de financement au profit des entreprises. Une nécessité, souligne-t-il, dans un contexte où l’accès au financement demeure un défi pour les PME, malgré les performances économiques enregistrées par certains pays de la région, dont le Bénin, qui affiche une croissance moyenne d’environ 7% ces dernières années.
Une émission largement sursouscrite
Portée par NSIA Banque Bénin, l’émission de titres, ouverte à la souscription du 20 juin au 10 juillet 2025 pour un montant de 52 milliards de francs Cfa, a suscité un intérêt important sur le marché financier régional. Les demandes ont atteint plus de 60 milliards de francs Cfa, soit un taux de sursouscription estimé à environ 15%.
Pour Anicet Patrick Okoma, directeur général de NSIA Banque Bénin, ce succès témoigne de la capacité des institutions financières de la région à mettre en œuvre des instruments modernes au service du financement de l’économie. Selon lui, cette opération traduit également la volonté de la banque de développer des solutions financières innovantes afin d’accompagner durablement la croissance économique béninoise.
De son côté, Karine Bachongy, représentante résidente du groupe de la Banque mondiale au Bénin, souligne l’importance de réorienter davantage les financements vers les Micro, petites et moyennes entreprises (MPME), reconnues pour leur rôle essentiel dans la création d’emplois. Elle rappelle que le déficit de financement pour ces entreprises est estimé à plus de 3.000 milliards de francs Cfa au Bénin, au Sénégal et au Togo.
Pour Jean-Philippe Aithnard, directeur général de BOAD-Titrisation, la cotation des titres du compartiment NSIA Banque Bénin confirme la dynamique de diversification des instruments financiers dans l’UEMOA. Cette opération devrait permettre à la banque de renforcer ses capacités d’octroi de crédits, notamment au profit des PME, moteurs importants de la création de richesse et d’emplois.
Sylvia Monthe, représentante de British International Investment (BII), estime pour sa part que la mobilisation exceptionnelle des investisseurs constitue un signal fort pour les marchés africains. Selon elle, cette réussite démontre qu’une innovation financière bien structurée peut devenir un levier puissant pour le développement des économies du continent.
L’appui de partenaires internationaux
L’opération a bénéficié de l’appui de plusieurs institutions internationales de financement du développement. La Société financière internationale (IFC), membre du g roupe de la Banque mondiale, a notamment investi près de 14 milliards de francs Cfa dans la tranche senior de l’émission.
Selon Karine Bachongy, cette participation a permis de mobiliser environ 38 milliards de francs Cfa supplémentaires auprès d’autres investisseurs, notamment British International Investment (BII), la BOAD ainsi que plusieurs investisseurs locaux et régionaux. Elle estime que cette opération innovante contribue à positionner le Bénin comme un acteur crédible et ambitieux des marchés de capitaux régionaux.
Dans la répartition des ressources mobilisées, près de 30 milliards de francs Cfa seront destinés à des entreprises détenues ou dirigées par des femmes. Par ailleurs, au moins 10% des ressources seront consacrées au financement de projets liés à la finance climatique.
Pour John Marshall, ambassadeur du Royaume-Uni près la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin, cette opération illustre le rôle croissant des partenariats internationaux dans le développement des marchés financiers africains. Selon lui, son pays se positionne désormais davantage comme un investisseur engagé, misant sur le secteur privé considéré comme un moteur essentiel de croissance, d’innovation et de création d’emplois.
La cérémonie de première cotation a également été marquée par la remise de plaques commémoratives par la BRVM aux principales institutions ayant contribué à la réussite de l’opération de titrisation.
La titrisation, un mécanisme en expansion dans l’UEMOA
Pour le directeur général de la BRVM, la titrisation constitue aujourd’hui un levier stratégique pour le développement du marché financier régional. Elle permet notamment de mobiliser l’épargne, d’optimiser la gestion du bilan des banques et d’accroître les capacités de financement du secteur privé.
Edoh Kossi Amènounvè estime que ce mécanisme doit progressivement devenir un pilier du financement des économies africaines. Il rappelle que le marché mondial de la titrisation représente environ 1.400 milliards de dollars d’émissions annuelles, pour un encours global évalué à près de 20.000 milliards de dollars.
Depuis 2020, la BRVM a admis à sa cote douze fonds communs de titrisation pour un montant global d’environ 522 milliards de francs Cfa, témoignant de la montée en puissance de cet instrument financier dans l’espace UEMOA.
Commentant la feuille de marché, Miguel Simon Tossavi, directeur de l’antenne nationale de la BRVM, a également rappelé les performances du marché financier régional. Au 10 mars 2026, la capitalisation boursière globale atteignait près de 15.981 milliards de francs Cfa, tandis que le marché obligataire affichait un encours de 11.877 milliards de francs Cfa.










