Par Brunelle TCHOBO
D’un montant total de 65 millions d’euros, cette obligation verte, structurée en euros et en francs Cfa (EUR/XOF), constitue une avancée majeure pour les marchés de capitaux ivoiriens. Le projet est développé par Poro Power et devrait devenir, à terme, la plus grande centrale solaire du pays.
Un modèle de financement innovant porté par des acteurs africains
Dans cette opération, AFC a agi en tant que principal souscripteur et coarrangeur, contribuant à structurer une obligation verte bidevise innovante. Cette approche vise à créer un modèle reproductible pour mobiliser davantage de capitaux africains dans le financement d’infrastructures jugées bancables.
L’initiative marque une rupture avec les schémas traditionnels de financement des infrastructures en Côte d’Ivoire, historiquement dépendants de capitaux internationaux. Cette fois, l’obligation a été dirigée, structurée et entièrement financée par des institutions africaines.
Pour Samaila Zubairu, président et directeur général d’AFC, cette opération illustre la montée en puissance des capacités financières du continent. Elle permet, selon lui, non seulement de combler le déficit d’infrastructures, mais aussi de poser les bases de modèles de financement locaux, durables et reproductibles à l’échelle africaine.
Un projet à fort impact énergétique et environnemental
La future centrale solaire de Korhogo devrait produire suffisamment d’électricité pour alimenter plus de 100.000 ménages. Elle contribuera également à éviter plus de 72.000 tonnes d’émissions de CO₂ par an, s’inscrivant dans les objectifs climatiques du pays.
Ce projet s’aligne avec la stratégie énergétique de la Côte d’Ivoire, qui ambitionne de porter la part des énergies renouvelables à 45% de son mix énergétique d’ici 2030.
Pour Jean-Marc Aie, président du conseil et directeur général de Poro Power 1 S.A, cette émission obligataire constitue une étape historique pour le secteur énergétique de l’UEMOA. Il souligne le rôle déterminant des autorités ivoiriennes, notamment sous l’impulsion du ministre de l’Énergie Mamadou Sangafowa Coulibaly, dans l’ouverture du secteur aux promoteurs privés locaux.
Une dynamique d’investissement déjà bien engagée
Cette opération s’inscrit dans la continuité des investissements d’AFC en Côte d’Ivoire, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports. L’institution a notamment participé au financement du pont Henri Konan Bédié à Abidjan, infrastructure clé ayant contribué à réduire la congestion urbaine, ainsi qu’au projet hydroélectrique de Singrobo-Ahouaty (44 MW), premier producteur privé indépendant d’électricité hydroélectrique du pays.
En 2024, AFC a également accompagné le gouvernement ivoirien dans l’attribution de six contrats de développement routier pour un montant total de 691,6 millions d’euros.
À travers cette nouvelle opération, la Côte d’Ivoire confirme son ambition de structurer un écosystème de financement local capable de soutenir des projets d’infrastructures à grande échelle, tout en accélérant sa transition énergétique.












