Par Brunelle TCHOBO
La cérémonie d'ouverture s'est déroulée sous la houlette du directeur général de l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN), Marc-André Loko. Pour lui, l’intelligence artificielle n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité incontournable. « L’IA n’est plus une promesse : elle est déjà un outil du quotidien », a-t-il affirmé. Il a souligné l'impact de l'IA dans des domaines variés, de la justice à la santé, en passant par l’administration publique.
Au-delà du constat, le responsable de l’ASIN a insisté sur la profondeur du changement en cours. « Ce changement n’est pas une vague que l’on regarde passer. C’est un courant profond qui traverse les institutions », a-t-il déclaré. Dans ce contexte, il appelle les DSI à jouer pleinement leur rôle dans l’accompagnement de cette mutation.
Pour le Bénin, a-t-il poursuivi, la transformation numérique dépasse la simple dimension technologique. Elle constitue « un enjeu de souveraineté, d’efficacité de l’action publique et d’inclusion sociale ». L’intelligence artificielle, si elle est bien maîtrisée, pourrait rendre les services publics « plus simples, plus rapides et surtout plus humains ».
Dans cette dynamique, le DSI apparaît comme un acteur central. « Vous êtes le garant de la qualité des services numériques, le premier rempart de la sécurité et désormais l’architecte de l’intégration de l’IA dans l’action publique », a insisté Marc-André Loko. « Ceux qui hésiteront seront dépassés », prévient-il.
Données, cybersécurité et gouvernance
Les échanges ont permis de mettre en lumière plusieurs défis majeurs liés à l’adoption de l’IA. Intervenant lors d’une keynote sur l’intégration de l’IA dans l’écosystème Microsoft 365, Merry Toï-Milonon a identifié trois niveaux d’enjeux.
Le premier concerne la protection des données à caractère personnel. « L’usage de l’intelligence artificielle ne se fait pas sans les données à caractère personnel », a-t-il rappelé. Il a invité les DSI à mettre en place des mesures techniques et organisationnelles pour en garantir la sécurité.
Le deuxième défi porte sur la cybersécurité. Face à de nouvelles formes d’attaques favorisées par l’essor de l’IA, les DSI doivent renforcer leurs compétences afin d’assurer la disponibilité, l’intégrité et la confidentialité des données.
Enfin, un enjeu organisationnel s’impose. Selon lui, les structures publiques doivent adopter des chartes encadrant l’usage de l’intelligence artificielle par les agents, tout en se conformant aux politiques de sécurité existantes.
Ces préoccupations ont également été au cœur du panel sur « IA et transformation des métiers : enjeux de sécurité », qui a connu l'intervention de plusieurs experts dont Paterne Soumaho, DSI de la présidence.
Le DSI, régulateur des usages face à l’enthousiasme des utilisateurs
Face à l’adoption rapide des outils d’intelligence artificielle, le rôle du DSI évolue vers une fonction de régulation. Pour Paterne Soumaho, « cette technologie s’impose dans toutes les organisations », rendant illusoire toute tentative de restriction stricte.
« Quel que soit ce qu’un DSI veut, les utilisateurs vont s’embarquer dans cet outil-là avec peu ou pas de sécurité », a-t-il observé. Dès lors, la mission des DSI consiste à accompagner les usages tout en garantissant la protection des données sensibles. « Notre rôle est de nous assurer que les données confidentielles soient maîtrisées », a-t-il insisté.
Une stratégie nationale en préparation et des pistes concrètes
La conférence s’inscrit également dans une dynamique plus large de structuration du numérique au Bénin. Marc-André Loko a annoncé que l’ASIN accompagne le ministère du Numérique et de la Digitalisation dans l’élaboration d’une future Stratégie numérique nationale.
Ce document devrait placer au cœur de l’action publique les citoyens, les entreprises, les compétences numériques, l’interopérabilité, la cybersécurité, ainsi que l’intelligence artificielle et les données. Il vise à offrir aux DSI un cadre d’action cohérent et aligné.
Plusieurs sessions techniques ont marqué cette rencontre des DSI la journée, notamment des keynotes sur les « scénarios d’attaques et le rôle des DSI/RSSI dans la sécurisation du cyberespace béninois », le « hackathon IA – foncier intelligent » et « la construction d’une DSI intelligente : le rôle stratégique du Cloud et du Data Center ». Un panel a également porté sur la gouvernance de l’architecture des solutions d’État.
Cette conférence constitue un cadre important de réflexion sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’administration béninoise. « En 2026, nous devons avancer, expérimenter, sécuriser, former, mutualiser », a déclaré Marc-André Loko.











