Mais la progression des créances en souffrance et le niveau élevé du taux de dégradation du portefeuille rappellent les défis structurels qui persistent.
Dans l’espace communautaire ouest-africain, la microfinance apparaît de plus en plus comme un filet financier pour des millions de ménages et de petites unités de production. La dernière note de conjoncture de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) dresse le tableau d’un secteur en croissance, mais exposé à des fragilités continues.
À fin septembre 2025, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) compte 527 institutions de microfinance (IMF), desservant 20.086.236 clients à travers 4.858 points de services.
En glissement annuel, le nombre de bénéficiaires progresse de 5,3%, tandis que le réseau s’étend légèrement (+0,8%), signe d’une présence territoriale consolidée. L’encours des dépôts collectés atteint 2.731,6 milliards de francs Cfa, en hausse de 2,5% par rapport au trimestre précédent et de 11,1% sur un an. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Burkina Faso et le Mali figurent parmi les piliers de cette progression.
La structure de l’épargne révèle une répartition relativement équilibrée. Selon le rapport, 47,3% des dépôts proviennent des hommes, 23,8% des femmes et 28,9% des groupements. Les dépôts à vue dominent largement (57%). Le montant moyen par client s’établit à 135.994 francs Cfa, en progression sur le trimestre (+1,5%) et sur un an (+5,4%). Des chiffres qui semblent plaider en faveur des IMF comme outils d’épargne de proximité.
Malgré ces avancées, la microfinance ne représente encore que 5,3% de l’épargne mobilisée par les établissements de crédit classiques de l’Union. Autrement dit, le potentiel de développement reste encore important.
Des crédits en hausse, mais majoritairement à court terme
Sur le segment du financement, l’encours global atteint 2.780 milliards de francs Cfa, en progression de 3,7% sur le trimestre et de 4,6% en glissement annuel. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso et le Bénin participent activement à cette dynamique.
Les crédits restent orientés vers le court terme (46,3%), principalement pour soutenir le commerce et les activités génératrices de revenus.
Les prêts à moyen terme représentent 34,0%, tandis que les financements à long terme atteignent 19,7%. Les hommes bénéficient de 48,1% des crédits, les femmes de 31,5% et les groupements de 20,4%. Le montant moyen par emprunteur ressort à 138.405 francs Cfa. Avec 7,4% de l’encours total des établissements de crédit de l’Union, la microfinance renforce progressivement son poids dans l’architecture financière régionale.
La qualité de portefeuille sous pression
Derrière ces indicateurs favorables, la question du risque de crédit reste prédominante. Les créances en souffrance atteignent 284,6 milliards de francs Cfa à fin septembre 2025, contre 277,9 milliards 03 mois plus tôt. Si la hausse des impayés (+2,4%) demeure inférieure à celle de l’encours global des crédits, le taux brut de dégradation du portefeuille s’établit à 10,2%. Ce niveau, en légère amélioration par rapport au trimestre précédent (10,4%), reste supérieur à la norme maximale de 3,0%.
L’autre signal du rapport est que 10 IMF sont actuellement placées sous administration provisoire, contre neuf, un an plus tôt. Le Bénin en compte quatre, le Niger deux, tandis que le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Togo en enregistrent chacun une. Une situation qui remet au goût du jour, des défis persistants en matière de gouvernance, de gestion prudentielle et de contrôle interne.