Par Carlos DEGBE
La filière cacao, pilier économique national, traverse une phase où les indicateurs officiels et les réalités locales semblent s’opposer. Après une conférence de presse de la plateforme SYNAPCI-ANAPROCI dénonçant des blocages dans la commercialisation, le Conseil du Café-Cacao (CCC) a mis en avant des chiffres jugés positifs pour la campagne 2025-2026.
Cependant, des témoignages issus de plusieurs régions productrices font état de retards de paiement et d’un accès limité à la liquidité.
Flux portuaires fluides, paiements ralentis
Selon le CCC, 70% de la récolte sont déjà acheminés vers les ports et 2.800 milliards de francs Cfa ont été versés aux producteurs depuis l’ouverture de la campagne.
Pourtant, à Sipilou, Guého, Bouaflé ou Dabouyo, des producteurs décrivent une autre réalité : absence d’acheteurs ou passages irréguliers, promesses de paiement non suivies d’effet, stocks immobilisés depuis plusieurs semaines, et difficultés financières pour les ménages.
Certains témoignages évoquent deux mois d’attente après livraison et des situations où les dépenses scolaires ou sanitaires ne peuvent plus être couvertes.
Trésorerie, confiance et continuité des opérations
La coexistence de volumes exportés et de paiements retardés pose un double enjeu. Enjeu économique : la trésorerie des producteurs, dépendante du cacao, se fragilise lorsque les délais s’allongent. Cette tension réduit leur capacité à financer la saison suivante et accroît la dépendance aux cultures vivrières.
Enjeu Opérationnel : la crainte d’arnaques ou de non-paiement ralentit les livraisons et peut perturber le rythme de la campagne. La méfiance entre producteurs et acheteurs limite la fluidité du marché, malgré des flux portuaires présentés comme satisfaisants.
Entre paralysie locale et amélioration des mécanismes
Les risques identifiés concernent l’accumulation de stocks, la contraction des revenus ruraux et un affaiblissement de la confiance dans les circuits d’achat. À cela s’ajoute la possibilité de perturbations sociales dans les zones dépendantes du cacao.
En parallèle, les mesures annoncées, sanctions contre les acheteurs défaillants, renforcement du rôle de l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA), peuvent améliorer la transparence et la coordination, à condition d’être appliquées de manière visible au niveau local.
Nécessité d’un rééquilibrage entre performance logistique et paiements
Les prochains mois seront déterminants pour résorber l’écart entre chiffres officiels et disponibilité effective des paiements. Une amélioration de la liquidité au niveau des acheteurs, une accélération des règlements et une communication synchronisée entre acteurs pourraient réduire les tensions.
Pour les décideurs, l’enjeu est de garantir que les performances portuaires se traduisent en revenus tangibles pour les producteurs, condition essentielle à la stabilité économique et sociale d’une filière dont dépend une large partie du monde rural.