Par Boris Mawuena
Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par la baisse de l’aide publique au développement, alors que les besoins de financement des pays africains à faible revenu ne cessent de croître face aux défis économiques, climatiques et sociaux.
Guichet concessionnel du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), le FAD joue depuis 1972 un rôle central dans le financement du développement en Afrique. Il soutient actuellement 37 pays à travers des dons, des prêts à conditions préférentielles et des garanties, en appui à leurs politiques publiques et programmes d’investissement.
Depuis plus de cinquante ans, le Fonds a mobilisé plus de 45 milliards de dollars au profit des infrastructures, des services sociaux et du renforcement institutionnel. Ses interventions visent une croissance inclusive et durable, tout en veillant à la soutenabilité de la dette. Au fil du temps, ses priorités se sont élargies pour intégrer la résilience climatique, la gestion de la fragilité des États et la participation accrue du secteur privé.
Les résultats sur le terrain sont significatifs. Selon la BAD, les financements du FAD ont permis, depuis 2015, à 18 millions de personnes d’accéder à l’électricité, à 90 millions d’améliorer leur sécurité alimentaire, à 87 millions de bénéficier d’infrastructures de transport modernisées et à 48 millions d’avoir accès à l’eau potable et à l’assainissement. Plus de 3.000 projets ont ainsi été financés à travers le continent.
Un rendez-vous stratégique
La réunion d’annonce des contributions au FAD-17, coorganisée par le Royaume-Uni et le Ghana, s’est tenue dans un contexte international contraignant, marqué par de fortes pressions budgétaires sur l’aide au développement. Pourtant, les besoins de financement de l’Afrique restent élevés, accentués par les chocs climatiques, économiques et sécuritaires.
Les consultations menées au cours de l’année ont permis de définir les priorités du cycle 2026-2028, axées notamment sur la création d’emplois, l’accès à l’énergie, le commerce et l’intégration régionale, ainsi que la viabilité de la dette et le renforcement des institutions publiques.
Instrument multilatéral à gouvernance partagée, le Fonds africain de développement se distingue par son pilotage aligné sur les priorités du continent. Il est détenu conjointement par des pays africains et non africains. Le nombre record de pays africains ayant contribué au FAD-17 témoigne d’une appropriation accrue du processus de développement.
Des financements concessionnels renforcés
Le modèle financier du Fonds repose sur des reconstitutions triennales de ressources, combinant contributions des partenaires, remboursements internes et appui du guichet non concessionnel de la BAD. Cette architecture permet de financer des projets structurants et de mobiliser des capitaux privés, y compris dans des environnements à risque.
Dans un contexte de raréfaction des financements internationaux, le FAD-17 introduit des innovations majeures, dont la possibilité de recourir aux marchés de capitaux. Cette option vise à renforcer durablement la capacité financière du Fonds, tout en préservant son caractère concessionnel au bénéfice des pays les plus vulnérables.
Cette 17ᵉ reconstitution s’inscrit enfin dans une nouvelle phase stratégique pour le Groupe de la Bad, sous la direction de son nouveau président, Sidi Ould Tah, en fonction depuis septembre. Son programme, structuré autour des « Quatre points cardinaux », ambitionne de mobiliser davantage de capitaux, de réformer l’architecture financière africaine, de valoriser le potentiel démographique du continent et d’accélérer le développement d’infrastructures résilientes face au changement climatique.