
Au milieu, Eric Attikey, promoteur de la marque « Souvenirs du Bénin »
Par Fortuné DOTIN
Lancée le 3 juillet à l'Agence de Développement des Arts et de la Culture, la marque « Souvenirs du Bénin » ambitionne de convertir le patrimoine national en produits dérivés. Une initiative privée qui s'arrime à une politique publique d'ampleur.
Un objet-souvenir peut-il devenir un outil de politique économique ? C'est le pari que formule l'entrepreneur béninois Eric Attikey avec « Souvenirs du Bénin », dont le lancement officiel s'est tenu vendredi dernier dans la capitale économique. Sur le papier, l'ambition tient en une phrase celle de transformer chaque objet vendu en ambassadeur du patrimoine national, en misant sur des créations conçues à partir de recherches historiques et culturelles, plutôt que sur de simples articles d'artisanat générique.
Un secteur que l'État veut faire décoller
Cette initiative privée n'arrive pas dans un vide institutionnel. Le gouvernement béninois s'est fixé un objectif ambitieux : porter la contribution du tourisme au PIB de 6% actuellement à 13,4% d'ici 2030, avec pour cible d'attirer plus de deux millions de visiteurs annuels, contre environ 120.000 touristes internationaux en 2023. Pour y parvenir, les autorités ont engagé un investissement évalué à 2 milliards d'euros sur la décennie qui s'achève en 2026, consacré notamment aux infrastructures hôtelières et à la mise en valeur des sites patrimoniaux.
Abomey, ancienne capitale du royaume du Danxomè, concentre une partie de cet effort. La ville doit accueillir le Musée des Rois et des Amazones, dont l'ouverture avait été annoncée pour 2025, aux côtés du Musée international de la Mémoire et de l'Esclavage à Ouidah. Ces équipements muséaux constituent précisément le socle sur lequel « Souvenirs du Bénin » entend puiser sa matière première narrative.
L'artisanat comme relais de croissance
Le nouveau maire d'Abomey a lui-même fait du tourisme mémoriel un axe central de son mandat, entamé en février dernier, avec l'ambition affichée de faire de sa commune la première destination culturelle et patrimoniale du pays. Sa présence au lancement de la marque signale une convergence entre initiative entrepreneuriale et priorités municipales.
Reste que le pari comporte sa part d'incertitude. Le tourisme de loisir ne représente qu'une fraction limitée des arrivées au Bénin, la majorité des visiteurs venant pour des séjours d'affaires courts, moins propices à l'achat d'objets-souvenirs. La réussite de « Souvenirs du Bénin » dépendra donc largement du rythme auquel les grands projets touristiques annoncés (musées, hôtellerie, transport aérien)se concrétiseront effectivement.
Pour Eric Attikey, l'enjeu dépasse le commerce. Il s'agit aussi d'empêcher que des symboles nationaux ne soient captés par des marques étrangères, faute d'initiatives locales structurées. Un argument qui trouve un écho particulier alors que plusieurs pays voisins comme le Ghana, le Sénégal, la Côte d'Ivoire investissent également le créneau du tourisme culturel et mémoriel, dans une région où la concurrence pour attirer les visiteurs s'intensifie.








-medium.jpg)


