
Les présidents John Dramani Mahama du Ghana et Alassane Ouattara de la Côte d'Ivoire
Par Assou AFANGLO
Le Ghana et la Côte d’Ivoire ont réaffirmé leur volonté de parler d’une seule voix sur les grandes questions de la filière cacao. Réunis le 16 juin 2026 à Abidjan, les présidents John Dramani Mahama et Alassane Ouattara ont affiché leur ambition de renforcer la coopération entre les deux premiers producteurs mondiaux de cacao.
La rencontre s’inscrit dans un contexte marqué par la volatilité des prix, les défis climatiques, la baisse de la productivité dans certaines zones de production et les exigences croissantes des marchés internationaux en matière de traçabilité et de durabilité. Pour les deux dirigeants, l’enjeu est clair : mieux défendre les intérêts des producteurs africains et accroître la valeur captée par les pays producteurs au sein de la chaîne mondiale du cacao.
Une meilleure coordination du marché
L’une des principales décisions du sommet concerne l’harmonisation des politiques de commercialisation du cacao. Les deux pays ont convenu que la campagne cacaoyère 2026-2027 débutera le 1er septembre 2026 et prendra fin le 31 août 2027. Cette synchronisation vise à améliorer la coordination de l’offre mondiale et à renforcer le pouvoir de négociation des deux pays face aux industriels et aux négociants internationaux. Ensemble, le Ghana et la Côte d’Ivoire assurent plus de 60 % de la production mondiale de cacao. Une position dominante qui leur confère un poids stratégique sur le marché, à condition de maintenir une coopération étroite.
La défense du revenu des producteurs au cœur des discussions
Les deux chefs d’État ont également réaffirmé leur attachement à l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, lancée pour améliorer durablement les revenus des producteurs. L’objectif reste de garantir une rémunération plus juste aux planteurs tout en renforçant leur place dans la chaîne de valeur. Les autorités des deux pays considèrent que les producteurs doivent bénéficier davantage des revenus générés par l’industrie mondiale du chocolat.
« Nous sommes partenaires, et non adversaires ou concurrents, dans le secteur du cacao. Cette collaboration doit être renforcée et nous permettre de satisfaire nos producteurs », a déclaré le président ghanéen John Dramani Mahama.
Vers un élargissement de l’initiative à d’autres pays africains
Les deux pays envisagent désormais d’étendre leur coopération à d’autres producteurs africains. L’objectif est de construire un front commun capable de peser davantage dans les négociations internationales. Selon plusieurs observateurs du secteur, le Nigeria apparaît comme un partenaire naturel compte tenu de son rang parmi les principaux producteurs africains de cacao. Une telle alliance permettrait d’harmoniser davantage les politiques sectorielles, de coordonner les stratégies de commercialisation et de défendre plus efficacement les intérêts des pays producteurs.
L’enjeu de la transformation locale
Au-delà de la question des prix, le sommet a également remis sur la table la problématique de la transformation locale du cacao. Malgré leur poids dans la production mondiale, les pays africains captent encore une part limitée de la valeur ajoutée générée par l’industrie du chocolat. Pour Abidjan et Accra, le développement des capacités locales de transformation constitue désormais un levier essentiel pour créer davantage d’emplois, générer des recettes supplémentaires et réduire la dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs.
Cette stratégie pourrait progressivement transformer la place des producteurs africains dans l’économie mondiale du cacao, en les positionnant davantage comme acteurs industriels que comme simples fournisseurs de matières premières.












