Par Romaric TOKPE
L'objectif est de bâtir un secteur privé uni et structuré. Organisée par la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (CCI Bénin), en collaboration avec les autres chambres consulaires et les organisations patronales, la rencontre s’inscrit comme une célébration de la vitalité des acteurs économiques, appelés à transformer les défis du secteur privé en opportunités de croissance.
En effet, dans un contexte mondial marqué par les mutations des marchés et les incertitudes géopolitiques, le directeur général du Conseil national du patronat du Bénin (CNP-Bénin), Bernard Kossi Hounnouvi, a salué la trajectoire économique du Bénin sous l’impulsion du président de la République, Patrice Talon. Selon lui, les réformes structurelles engagées, l’amélioration continue du climat des affaires et le développement des zones industrielles constituent aujourd’hui les piliers d’une économie moderne et compétitive.
Toutefois, a-t-il nuancé, ces avancées ne sauraient produire des résultats durables sans l’émergence d’un secteur privé fort, résilient et pleinement engagé. « Le secteur privé n’est pas un spectateur de la croissance, il en est la force motrice », a-t-il affirmé, plaidant pour une collaboration plus étroite et structurée entre l’État et le patronat.
Prenant la parole à son tour, la ministre de l’Industrie et du Commerce, Assouma Alimatou, a réaffirmé l’engagement du gouvernement à accompagner le secteur privé dans la mise en œuvre de la vision nationale de développement. Elle a rappelé que la vision Bénin Révélé 2060, lancée le 3 février 2026, ambitionne de faire du Made in Benin un label de qualité reconnu à l’échelle mondiale.
Pour y parvenir, le gouvernement s’engage, selon la ministre, à lever les goulots d’étranglement, à faciliter l’accès aux financements et à protéger les industries naissantes. En retour, elle a exhorté les acteurs privés à faire preuve d’audace, à investir dans le capital humain et à s’inscrire dans une logique de création de valeur locale. « Il s’agit de bâtir une économie qui ne se contente plus d’exporter des matières premières, mais qui transforme et crée de la richesse sur place », a-t-elle souligné.
Moment fort de la rencontre, la communication du professeur Albert Honlonkou, directeur de l’École nationale d’économie appliquée et de management (ENEAM), qui a apporté un regard analytique sur les défis structurels du secteur privé. Se positionnant comme observateur, il a invité les organisations patronales à adopter une approche fondée sur les données probantes dans leur dialogue avec l’État.
Selon lui, la croissance économique projetée à 6,4% en 2025 et 6,8% en 2026 ne peut être durable sans une contribution structurée du secteur privé. Il a plaidé pour un changement de posture, appelant les acteurs économiques à passer du statut de « demandeur » à celui de « co-décideur ». Pour cela, les organisations professionnelles doivent produire des analyses chiffrées, proposer des solutions prêtes à être mises en œuvre et s’impliquer activement dans la co-ingénierie des politiques publiques.
L’agro-industrie, le numérique, l’énergie ou encore les mécanismes de financement innovants, notamment à travers des instruments comme le sukuk, ont été évoqués comme des leviers majeurs de transformation économique, à condition que le secteur privé parle d’une seule voix et s’organise autour d’une vision commune.
Les échanges se sont poursuivis avec un panel de haut niveau consacré à la problématique d’un secteur privé uni et structuré, présenté comme une urgence nationale. Les panélistes ont interrogé la capacité du Bénin à réaliser son ambition de « monde de splendeur » sans un secteur privé fort, cohérent et solidaire.
Cette rentrée économique 2026 aura ainsi servi de cadre de réflexion collective et de mobilisation des intelligences au service de la décision publique. Les participants ont convenu que l’unité et la structuration du secteur privé constituent désormais une condition indispensable pour accélérer la transformation économique du Bénin et renforcer son positionnement régional et international.