Par Brunelle TCHOBO
Cette décision marque un revirement stratégique après une période de fortes tensions commerciales entre Washington et plusieurs pays du continent. En avril 2025, l’administration Trump avait imposé des droits de douane à une trentaine d’États africains, mettant fin aux exemptions tarifaires dont ils bénéficiaient depuis près de vingt ans.
Textile, agriculture et minéraux avaient été directement touchés, entraînant une perte de compétitivité pour les exportations africaines vers les États-Unis. Cette mesure s’inscrivait dans une logique de pression visant à forcer une renégociation du cadre commercial.
Dix mois plus tard, le dispositif préférentiel est rétabli, mais dans un contexte transformé. L’AGOA, prolongé jusqu’au 31 décembre 2026, s’applique rétroactivement à partir du 30 septembre 2025, date à laquelle l’accord avait expiré sans renouvellement en raison d’une paralysie budgétaire à Washington. Cette rétroactivité permet à certains produits expédiés durant la période d’incertitude de bénéficier d’exonérations ou de réductions tarifaires.
Pour les exportateurs africains, cette décision redonne un avantage compétitif tangible. L’accord réactivé concerne 38 pays africains éligibles au dispositif préférentiel. Il s’agit de l’Angola, du Bénin, du Botswana, du Burkina Faso, du Burundi, du Cameroun, du Cap-Vert, du Tchad, des Comores, du Congo, de Djibouti, de l’Éthiopie, du Gabon, du Ghana, de la Guinée, de la Guinée-Bissau, de la Côte d’Ivoire, du Kenya, du Lesotho, du Liberia, de Madagascar, du Malawi, du Mali, de la Mauritanie, de l’Île Maurice, du Mozambique, de la Namibie, du Niger, du Nigeria, du Rwanda, de Sao Tomé-et-Principe, du Sénégal, des Seychelles, de la Sierra Leone, de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie, du Togo, de l’Ouganda et de la Zambie.
Ces États appartiennent à plusieurs ensembles économiques régionaux du continent, notamment la CEDEAO, la CEMAC, la SADC, la SACU, la COMESA, l’EAC ou encore l’espace BNLS, ce qui souligne l’ampleur géographique et stratégique du programme. Toutefois, l’accès préférentiel reste conditionné au respect de critères politiques et de gouvernance : pluralisme politique, respect des droits humains et lutte contre la corruption demeurent des exigences centrales.
La nouveauté réside surtout dans l’orientation future du programme. Jamieson Greer, représentant au commerce de la Maison-Blanche, a indiqué que l’administration entend « moderniser » l’AGOA avant son échéance. Washington juge le mécanisme actuel insuffisamment favorable aux entreprises américaines. La réforme envisagée prévoit une ouverture accrue des marchés africains aux produits, agriculteurs et éleveurs américains, instaurant une logique de réciprocité plus affirmée.
Le débat est vif au sein du paysage politique américain. Certains élus défendent un AGOA de long terme, outil de développement et de stabilité des relations commerciales. D’autres, à l’image du sénateur John Kennedy, privilégient une version courte et plus strictement conditionnée, perçue comme un levier géopolitique, notamment face à l’influence chinoise en Afrique.
Cette prolongation d’un an constitue ainsi une phase transitoire décisive. Le renouvellement de l’AGOA a été intégré au texte législatif promulgué pour mettre fin à plus de trois jours de paralysie partielle du gouvernement fédéral, soulignant son poids stratégique dans les négociations internes américaines.
D’ici fin 2026, les discussions entre Washington, le congrès et les partenaires africains définiront la nature du futur cadre commercial. Pour les pays bénéficiaires, l’enjeu sera de préserver l’accès préférentiel au marché américain tout en s’adaptant aux demandes croissantes de réciprocité. L’équilibre des futures relations commerciales transatlantiques se joue désormais dans cette fenêtre de douze mois.