Par Carlos DEGBE
Le gouvernement ivoirien engage une nouvelle phase de son agenda social avec le lancement du Programme d'investissement en protection sociale (PIPS) dans les secteurs agricole et informel. Cette initiative intervient dans un contexte de vulnérabilités persistantes : chocs climatiques, instabilité des revenus, faible couverture sociale et exposition accrue aux risques économiques.
L’enjeu est majeur : selon le Premier ministre Robert Beugré Mambé, près des deux tiers des Ivoiriens dépendent directement de l’agriculture, tandis que le secteur informel constitue un moteur crucial du dynamisme entrepreneurial. L’extension de la protection sociale devient ainsi un levier prioritaire pour renforcer la résilience nationale.
Un programme de 187,4 milliards de Cfa pour 5 millions de bénéficiaires
Présenté le 2 décembre 2025, le PIPS mobilise 187,4 milliards de francs Cfa et vise 5 millions de bénéficiaires répartis dans les neuf agropoles du pays. Selon les autorités, le dispositif prévoit :
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l’intégration des acteurs agricoles et informels aux systèmes CMU et RSTI;
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l’implication de 7.000 coopératives agricoles et artisanales comme vecteurs de formalisation;
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la création de 35.000 emplois directs et 38.000 indirects;
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une orientation de 70% du budget vers la production, la transformation et la commercialisation.
Trois mesures déjà adoptées en 2025 illustrent l’engagement politique : prise en charge des cotisations CMU des producteurs de café-cacao, accès gratuit aux soins pour les acteurs informels sur huit mois, et prélèvement automatique des cotisations via les collectivités.
Inclusion sociale, stabilité économique et modernisation rurale
Le programme vise à sécuriser les revenus d’acteurs essentiels mais faiblement protégés. En leur offrant une couverture sociale, l’État cherche à réduire la pauvreté, stabiliser les ménages et renforcer la cohésion sociale.
Sur le plan économique, l’amélioration de la protection sociale soutient la productivité agricole, favorise l’autonomisation des femmes et renforce la capacité des zones rurales à absorber les chocs climatiques ou économiques.
Pour le secteur informel, l’intégration progressive aux dispositifs sociaux constitue un pas important vers sa formalisation.
Forte capacité d’exécution et transformation durable
Le principal risque réside dans la complexité opérationnelle : structuration des coopératives, mobilisation locale et efficacité des mécanismes CMU–RSTI. Une faible adhésion pourrait limiter l’impact du programme.
L’opportunité, en revanche, est considérable : meilleure couverture sociale, hausse des recettes publiques, dynamisation des activités rurales et renforcement de la résilience face à l’insécurité alimentaire.
Une extension progressive du modèle social ivoirien
Si le PIPS parvient à mobiliser les acteurs locaux et à structurer durablement les coopératives, la Côte d’Ivoire pourrait franchir une étape décisive vers un système de protection sociale inclusif. Cette dynamique renforcerait la stabilité économique des zones rurales et consoliderait la transformation structurelle du pays.