Par Romaric TOKPE
À l’occasion de la Journée mondiale dédiée à cette thématique, la Société de gestion des déchets et de la salubrité a réuni, le 29 avril 2026 à Cotonou, les principaux acteurs de son écosystème autour d’un impératif. Faire de la prévention des risques un levier durable de performance.
Dans un secteur où les conditions d’intervention restent particulièrement exposées, cette initiative traduit une volonté de repositionner la sécurité au travail au cœur de la gouvernance opérationnelle.
Une approche managériale de la sécurité
Dès l’ouverture des travaux, le message est clair. La sécurité ne relève plus d’une simple obligation réglementaire mais d’un choix stratégique. « La sécurité ne doit pas être perçue comme une contrainte mais comme une exigence quotidienne », a affirmé Léa Tchédji, cheffe de la cellule Qualité Hygiène Sécurité et Environnement.
Cette approche s’inscrit dans une logique de transformation des pratiques internes. Il s’agit désormais d’intégrer la culture de prévention dans les comportements professionnels, avec une responsabilisation accrue des agents et des encadrants.
Même lecture du côté des opérations. « Les risques sont permanents dans nos activités. Il devient urgent de renforcer les mécanismes de prévention », a souligné un représentant de la direction. Une réalité qui met en évidence les limites des dispositifs actuels face à la complexité du terrain.
Le capital humain au cœur des priorités
Avec plusieurs milliers d’agents et un réseau étendu de partenaires, la SGDS SA évolue dans un environnement à forte intensité humaine. Pour le directeur des ressources humaines, Joël Toi, l’enjeu dépasse le cadre technique. « La protection du capital humain reste une priorité stratégique », a-t-il insisté.
Cette déclaration traduit une évolution notable dans la perception des ressources humaines. L’agent n’est plus seulement un exécutant mais un acteur clé de la chaîne de valeur, dont la sécurité conditionne la performance globale de l’entreprise.
Accidents de travail, un enjeu encore sous-estimé
L’intervention de la docteure Kadiyatou Mama Guida, directrice exécutive de l’ONG RAEDD, a permis d’élargir la réflexion aux mécanismes de prise en charge des accidents et maladies professionnelles. À travers une analyse documentée, elle a rappelé l’ampleur du phénomène. « Chaque année, des millions d’accidents de travail sont enregistrés dans le monde », a-t-elle indiqué, insistant sur la nécessité d’une déclaration rapide pour garantir les droits des victimes.
Au-delà des chiffres, son intervention met en lumière une problématique récurrente. La méconnaissance des procédures et des catégories d’accidents, notamment entre accident de travail, accident de trajet et maladie professionnelle, limite la gravité des dispositifs de réparation.
Des risques multiples, une réponse encore fragmentée
Les échanges ont permis de dresser une cartographie des risques auxquels sont exposés les agents du secteur de la salubrité. Les risques physiques restent les plus visibles, avec des blessures fréquentes et des troubles musculo-squelettiques. Les risques biologiques liés aux déchets constituent également une menace permanente. À cela s’ajoutent des risques chimiques souvent sous-évalués ainsi que des risques psychosociaux, encore insuffisamment intégrés dans les politiques internes.
Face à cette diversité, la réponse institutionnelle apparaît encore fragmentée. Plusieurs intervenants ont pointé le déficit d’infrastructures adaptées et la nécessité d’une meilleure implication des partenaires privés.
Vers un changement d’échelle opérationnel
Au-delà du diagnostic, les discussions ont convergé vers une même exigence. Passer d’une logique de sensibilisation à une logique d’action. « Il ne suffit plus de sensibiliser. Il faut transformer les pratiques sur le terrain », a résumé un participant. La formation continue, le respect strict des normes et le suivi rigoureux des incidents apparaissent comme les principaux leviers identifiés. À cela s’ajoute la nécessité d’une coordination renforcée entre les différents acteurs de la chaîne.
Une ambition de leadership sectoriel
En réaffirmant son engagement à renforcer les dispositifs de prévention, la SGDS SA affiche une ambition claire. Devenir une référence nationale en matière de sécurité et de santé au travail dans le secteur de la gestion des déchets. Dans un contexte où les exigences en matière de responsabilité sociale des entreprises se renforcent, cette orientation pourrait constituer un avantage compétitif majeur.
Au-delà de la commémoration, la rencontre du 29 avril 2026 s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large. Celle d’une transformation progressive des standards professionnels, où la sécurité n’est plus une variable d’ajustement mais un pilier de la performance durable.











