Par Fortuné DOTIN
Dans l’univers industriel de cette entreprise née en 2022, les effets concrets des investissements publics et la montée en puissance du «Made in Benin» se font immédiatement ressentir. Derrière les murs massifs du site, le vrombissement des machines rythme la visite. Sous la conduite d’Emmanuel Agboton, directeur général et de son associé Patrick Diallo, les journalistes découvrent six unités de production dont une chaîne produisant 3.000 m² de carreaux toutes les huit heures, une unité de ponçage capable d’en traiter 800 m² sur la même durée, des unités de carreaux en granito de formats variés, de pavés en béton et de plaques et carreaux de plâtre. Tous ces matériaux sont issus des ressources minières locales et respectent des standards de durabilité et de qualité comparables à ceux des importations.
«Sans l’appui décisif de la CDC Bénin, ce que vous voyez aujourd’hui n’aurait pas été possible», reconnaît Emmanuel Agboton. Pour le chef d’entreprise, le projet est avant tout social; création d’emplois pour les jeunes, valorisation des matières premières béninoises et production à coûts accessibles. «Nous fabriquons localement des carreaux de qualité à des prix modérés, destinés aux chantiers du pays et à l’amélioration du cadre de vie des ménages».
Soutenue également par la BIIC, la SBPM a construit un modèle de distribution centré sur les grossistes afin d’assurer la disponibilité de ses produits tout en maintenant une marge limitée. L’entreprise optimise sa consommation énergétique grâce à une planification rigoureuse et un double relais électrique et met en œuvre un programme de formation gratuite pour carreleurs et plaquistes, incluant un soutien financier pour les déplacements. Plusieurs jeunes employés sont issus du programme public d’insertion professionnelle Azôli et PSIE, illustrant la complémentarité entre initiative privée et politique sociale.
Pour Patrick Diallo, directeur adjoint, l’accompagnement de la CDCB ne se limite pas au financement. «Il est aussi technique, logistique et relationnel. Cette approche globale a été déterminante pour le succès du projet», explique-t-il, avant de rappeler que la SBPM entend devenir une école de référence pour les métiers du bâtiment et former des artisans locaux capables de rivaliser avec les ouvriers étrangers.
Présente sur le site, Maryse Lokossou, directrice générale de la CDC Bénin, a insisté sur le sens de cette démarche: «Nous voulons montrer que derrière les chiffres, il y a des réalisations, des emplois et des vies transformées». Elle a salué un projet emblématique de la politique nationale d’industrialisation, soutenue par le Chef de l’État, tout en soulignant son choix de ne pas automatiser entièrement les chaînes de production. «Ce parti pris permet de créer davantage d’emplois et de former une main-d’œuvre qualifiée, notamment des jeunes issus des programmes Azôli et PSIE».
Le site, où l’on croise plusieurs jeunes femmes en tenue d’atelier, illustre cette évolution sociale. L’usine se veut un espace d’apprentissage, de production et d’émancipation, à la croisée de la politique industrielle et de l’inclusion économique. «L’industrialisation du Bénin n’est pas un discours. C’est une réalité tangible», affirme Maryse Lokossou. Pour elle, ces initiatives traduisent la mission d’intérêt général de la CDCB de catalyser les investissements, sécuriser les fonds publics et soutenir l’économie réelle.
En refermant les portes de l’usine, une évidence s’impose. La SBPM n’est pas seulement un projet industriel, c’est une vitrine d’un modèle économique en mutation, celui d’un Bénin qui produit, transforme et mise sur son capital humain. En plaçant transparence et terrain au cœur de sa communication, la CDC Bénin démontre que la finance publique peut devenir un levier concret et durable au service du développement, de l’emploi et de la confiance.