Par Carlos DEGBE
Malgré une production record, les acteurs appellent à une politique d’exportation adaptée pour soutenir les revenus des producteurs et accélérer la transformation locale.
La noix de cajou est devenue l’un des piliers de la diversification agricole ivoirienne. Dans un marché international marqué par la baisse du dollar et l’instauration de nouveaux tarifs américains, les Journées nationales des exportateurs de cajou (JNEC-CI), organisées les 20 et 21 janvier 2026 à Abidjan, interviennent à un moment crucial.
Elles visent à réfléchir à une politique d’exportation capable de garantir de meilleurs revenus aux producteurs tout en soutenant la montée en puissance de la transformation nationale.
Production record et montée en capacité
Selon Mamadou Berté, directeur général du Conseil du coton, de l’anacarde et du karité, la Côte d’Ivoire a commercialisé 1.549.222 tonnes de noix brutes en 2025, contre 944.673 tonnes en 2024 et 1.225.235 tonnes en 2023.
La transformation locale atteint désormais 659.579 tonnes, soit près de 43% de la production, consolidant la position du pays comme troisième transformateur mondial et deuxième exportateur de noix de cajou.
Par ailleurs, la Côte d’Ivoire reste premier exportateur mondial de noix brutes, avec plus de 860.000 tonnes expédiées, principalement vers le Vietnam et l’Inde.
Les JNEC-CI réunissent plus de 3.000 participants, avec un programme axé sur quatre panels : qualité, transformation, financement et enjeux institutionnels, complétés par des rencontres B2B et des sessions dédiées aux femmes de la filière.
Revenus, compétitivité et gouvernance
L’enjeu central concerne la rémunération des producteurs, dans un contexte où l’exportation de noix brutes reste un levier financier majeur. La montée en puissance des unités locales de transformation doit permettre de créer davantage de valeur ajoutée nationale, de renforcer l’emploi et d’améliorer la résilience face aux fluctuations mondiales.
La structuration des producteurs, la modernisation des unités industrielles et la transparence de la régulation sont également au cœur des attentes exprimées par les organisations professionnelles.
Arbitrer entre exportation et transformation
Le principal risque pour la filière anacarde ivoirienne réside dans une dépendance prolongée à l’exportation brute, dont la rentabilité est vulnérable aux prix internationaux et aux politiques commerciales étrangères.
À l’inverse, les opportunités sont nombreuses :
- accroissement de la capacité de transformation ;
- montée en compétence des acteurs locaux ;
- partenariats renforcés avec des pays transformateurs comme le Vietnam ;
- création d’emplois nationaux ;
- meilleure captation de la valeur dans la chaîne de production.
Vers un modèle plus intégré et durable
Les échanges des JNEC-CI devraient permettre de clarifier les priorités d’exportation et les mécanismes de soutien aux producteurs, en apportant une meilleure visibilité sur la régulation et les incitations attendues.
Une stratégie rééquilibrée entre exportation brute et transformation locale pourrait renforcer la compétitivité nationale, accroître la valeur ajoutée et attirer des investissements responsables dans les unités industrielles.
Enfin, si cette dynamique se consolide, la filière anacarde pourrait s’imposer comme un moteur structurel de croissance, contribuant davantage à la création d’emplois, à la résilience du secteur agricole et à la diversification des revenus pour l’économie ivoirienne.