Par Claudia Kenou
Le Bénin verrouille ses fondamentaux dans la filière coton. Mercredi 21 mai 2025, à l’issue du Conseil des ministres, l’exécutif a procédé à l’homologation des prix de cession des intrants agricoles subventionnés et des prix d’achat du coton-graine aux producteurs, fixant ainsi le cadre opérationnel de la campagne cotonnière 2025–2026. Une décision stratégique dans un secteur qui pèse lourd dans la balance commerciale du pays et structure des centaines de milliers d’exploitations rurales.
Sur le segment en amont, les prix des engrais subventionnés demeurent inchangés; une stabilité qui se veut rassurante en contexte de pression inflationniste. 17.000 francs Cfa le sac de 50 kg de Npk coton et vivriers, 15.000 francs Cfa pour l’urée et 14.000 francs Cfa pour la formule Ssp. Le gouvernement verrouille également les tarifs des intrants phytosanitaires, outils cruciaux dans la lutte contre les ravageurs. Les flacons d’insecticides contre les jassides (Jacobia 350 Ec), les binaires alternatifs aux pyréthrinoïdes, acaricides et aphicides, sont tous établis à 3.400 francs Cfa l’unité, pour un traitement couvrant un demi-hectare. Les herbicides suivent la même logique de cadrage: 3.500 francs Cfa le litre pour les totaux; 7.400 francs Cfa pour les sélectifs de prélevée; 7.000 francs Cfa pour le Deal 11 OD et 7.500 francs Cfa pour le Deal Plus 110 OD.
Par ailleurs, l’exécutif opte pour une grille tarifaire d’achat du coton-graine qui articule incitation à la production, viabilité industrielle et discipline budgétaire. Le coton conventionnel est repris à 300 francs Cfa le kilogramme pour le premier choix et 250 francs Cfa pour le second. Quant au coton biologique (segment en expansion au potentiel stratégique), il se négocie à 360 francs Cfa pour le premier choix et 310 francs Cfa pour le second. À ces prix planchers s’ajoutent deux prélèvements sectoriels: 13 francs Cfa par kilogramme pour les fonctions critiques de la filière et 5 francs Cfa au titre de la réserve stratégique.
Au-delà de l’équilibre économique, l’enjeu est aussi géopolitique. En maintenant ces niveaux de soutien public, l’État réaffirme son engagement à consolider la performance d’une chaîne de valeur agricole devenue emblématique de sa transformation structurelle. Il en appelle cependant à la responsabilité collective. En effet, un formel est adressé aux producteurs et distributeurs interdisant strictement la sortie du territoire des intrants subventionnés. Les ministres concernés sont instruits d’intensifier les contrôles sur le terrain pour prévenir toute forme de détournement.
En scellant cette architecture de prix, le gouvernement béninois fait le choix de la clarté, de l’anticipation et de la stabilité, autant de signaux salués par les professionnels du secteur. La campagne 2025-2026 est désormais balisée; reste à en transformer le potentiel agronomique et économique en résultat tangible, sur le terrain comme dans les comptes extérieurs du pays.
Fortuné Dotin