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Filière anacarde : La grande promesse béninoise encore en quête de maturité

Dans le paysage agricole béninois, la noix de cajou s’est imposée au fil des années comme bien plus qu’une simple culture de rente. Elle incarne aujourd’hui une ambition économique nationale, portée par des performances notables, mais toujours freinée par un déficit persistant de structuration, de transformation et de gouvernance. L'analyse que nous proposons ici, dresse un état des lieux lucide d’une filière à fort potentiel, mais encore inaboutie.

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Filière anacarde : La grande promesse béninoise encore en quête de maturité

Dans le paysage agricole béninois, la noix de cajou s’est imposée au fil des années comme bien plus qu’une simple culture de rente. Elle incarne aujourd’hui une ambition économique nationale, portée par des performances notables, mais toujours freinée par un déficit persistant de structuration, de transformation et de gouvernance. L'analyse que nous proposons ici, dresse un état des lieux lucide d’une filière à fort potentiel, mais encore inaboutie.

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Par Claudia Kenou

Dans le paysage agricole béninois, la noix de cajou s’est imposée au fil des années comme bien plus qu’une simple culture de rente. Elle incarne aujourd’hui une ambition économique nationale, portée par des performances notables, mais toujours freinée par un déficit persistant de structuration, de transformation et de gouvernance. L'analyse  que nous proposons ici, dresse un état des lieux lucide d’une filière à fort potentiel, mais encore inaboutie.

Promise à de brillantes perspectives, l’anacarde béninoise reste suspendue à une double exigence. Convertir son essor agricole en valeur ajoutée industrielle et ancrer durablement cette dynamique dans un modèle de croissance inclusive et compétitive. Alors que le pays affiche une production en hausse de 40% entre 2017 et 2022 (de 135.000 à plus de 187.000 tonnes), l’anacarde s’affirme désormais comme le troisième pilier de l’économie, derrière le coton et les services portuaires (le Port autonome de Cotonou), avec une contribution estimée à 25% des revenus de l’agriculture d’exportation et près de 3% du produit national brut. Un poids stratégique consolidé par le rapport «Contribution de la filière anacarde à l’économie béninoise», publié en juin 2025 par la Direction de la recherche et des études stratégiques (DRES) du ministère de l’Économie et des Finances.

Pourtant, sous cette vitalité apparente, une vérité plus contrastée se dessine. Le paradoxe est patent: bien que le pays dispose d’une capacité installée de transformation dépassant les 60.000 tonnes, à peine 10% de la production est traitée localement. Cette faiblesse du tissu industriel prive le Bénin d’une part substantielle de la valeur ajoutée générée par la filière, pourtant prometteuse en termes de rentabilité. Selon les données de l’Observatoire du Commerce, de l’Industrie et des Services, chaque tranche de 100 francs Cfa investis dans la transformation locale d’amandes génère un bénéfice de 90 francs contre 65 francs pour l’exportation brute et 34 francs pour la transformation en jus. La hiérarchie est limpide, l’enjeu stratégique évident.

Face à cette sous-valorisation persistante, l’État a décidé de changer de cap. Par le décret n°2022-214 du 30 mars 2022, l’exportation de noix brutes a été interdite depuis avril 2024. L'objectif étant de forcer le basculement vers une transformation domestique, stimuler l’investissement industriel et déclencher, à travers la filière anacarde, un véritable choc d’industrialisation agricole. Les premiers effets se font sentir. En 2023, près de 57.000 tonnes de noix ont été traitées dans la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé, plateforme industrielle de nouvelle génération qui cristallise les ambitions du Bénin en matière de transformation agroalimentaire. Parallèlement, les filières connexes prennent corps: 250 tonnes de jus de pommes cajou et 1.200 tonnes d’amandes transformées ont été produites en 2023, selon la direction de la statistique agricole.

Mais cette dynamique reste fragile. La filière, bien qu’occupant plus de 200.000 personnes, repose sur une main-d’œuvre en grande partie précaire.  70% des emplois sont temporaires et moins de 9% bénéficient d’une couverture sociale. Le profil des travailleurs illustre également un déficit préoccupant en capital humain: 60% ne maîtrisent pas les équipements automatisés, 49% peinent avec les opérations chiffrées et 41% ignorent les bases logistiques. Ce constat, établi par l'Organisation Internationale du Travail (OIT), met en lumière la faiblesse de l’écosystème technique qui entoure la transformation locale, maillon indispensable à l’émergence d’une chaîne de valeur robuste. Les performances économiques globales s’en ressentent. Sur la période 2017-2022, la filière anacarde n’a contribué qu’à hauteur de 0,85% à la valeur ajoutée du secteur secondaire et 1,06% à celle du tertiaire contre 2,45% pour le secteur primaire. Autre signal d’alerte, les recettes d’exportation, qui culminaient à 80 milliards de francs Cfa en 2018, ont chuté à seulement 20 milliards en 2022. Cette érosion souligne une vulnérabilité accrue aux aléas extérieurs et une dépendance inquiétante vis-à-vis des marchés internationaux.

Pour réorienter cette trajectoire, le rapport de la DRES identifie six axes majeurs d’intervention. Il s’agit notamment d’accroître la productivité agricole par l’introduction de semences améliorées et l’intensification du conseil technique, de renforcer les infrastructures industrielles, d’assainir le cadre réglementaire et de structurer davantage les coopératives. Le document préconise également une diversification des débouchés via la labellisation, la certification biologique et l’accès à des marchés spécialisés, tout en encourageant l’entrepreneuriat féminin, les initiatives portées par la jeunesse et les pratiques agroécologiques. En filigrane, se dessine une ambition plus large: faire de la filière anacarde un modèle d’industrialisation inclusive, résiliente et durable.

Encore faut-il que cette ambition soit adossée à une volonté politique constante, à des financements patients et à un accompagnement technique de qualité. Car si le potentiel de la filière est indéniable, sa concrétisation repose sur un alignement rigoureux entre stratégie nationale, incitations ciblées et mobilisation des acteurs privés. À ce prix seulement, l’anacarde béninoise cessera d’être une promesse partiellement tenue pour devenir un levier de souveraineté économique pleinement assumé.

Fortuné Dotin

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