Par Carlos DEGBE
Une mesure transitoire destinée à atténuer l’impact d’une réforme fiscale qui supprime plusieurs exonérations et redéfinit les coûts de production pour les filières agricoles.
Face au recentrage de la politique fiscale de l’État, l’annexe fiscale à la loi de Finances 2026 a supprimé plusieurs exonérations applicables aux intrants utilisés dans l’alimentation animale et la fabrication d’engrais.
Cette évolution intervient alors que la productivité agricole ivoirienne dépend largement des intrants importés. Pour limiter l’impact immédiat de la transition, une ordonnance adoptée début janvier 2026 introduit un taux réduit de 9% au lieu du taux de droit commun de 18%.
Nouveau régime de TVA applicable depuis janvier 2026
Depuis le 17 janvier 2026, les fibres de jute et de sisal, les aliments pour bétail et volaille, leurs intrants, ainsi que les produits destinés à la fabrication des engrais et leurs emballages, sont soumis à une TVA de 9%.
Le communiqué de la DGI précise que les opérations effectuées entre le 5 et le 16 janvier ne feront pas l’objet de recherche en paiement de TVA, mais que toute taxe éventuellement facturée doit être reversée au Trésor public.
Dans la filière engrais, cette évolution marque la fin d’une exonération généralisée. Les entreprises de mélange comme Solevo et ETG utilisent des intrants entièrement importés, dans un pays qui ne produit pas d’engrais minéraux. En 2024, la Côte d’Ivoire a importé 573.123 tonnes d’engrais, dont 32% d’urée, 24% de KCL, 14% de NPK, 13% de TSP, 5% de DAP et 2% de sulfate d’ammonium.
Coût des intrants, compétitivité et objectifs de productivité
L’application de la TVA renchérit potentiellement le coût des intrants pour les industriels et, par ricochet, celui des engrais pour les agriculteurs.
Or la consommation moyenne ivoirienne d’engrais (43,8 kg/ha en 2023) demeure inférieure aux objectifs internationaux, notamment les 50 kg/ha fixés par la Déclaration d’Abuja.
Les autorités doivent donc arbitrer entre mobilisation fiscale et soutien à l’intensification agricole, dans un contexte où la Côte d’Ivoire s’est engagée à tripler la distribution d’engrais certifiés d’ici 2034.
Pression sur les coûts, mais fiscalité aménagée
Le risque principal concerne l’augmentation des coûts de production agricole, pouvant freiner l’usage d’engrais et affecter les rendements des petits exploitants.
Cependant, l’instauration d’un taux réduit de 9% limite partiellement cette pression et offre une transition plus progressive pour les industriels et importateurs. Elle clarifie également le cadre fiscal, après plusieurs années d’exonération totale.
Ajuster la fiscalité sans freiner la productivité agricole
La réussite de cette réforme dépendra de la capacité des autorités à maintenir un équilibre entre recettes publiques, compétitivité des intrants et accessibilité pour les producteurs.
Si la TVA réduite permet d’éviter un choc brutal, la vigilance restera nécessaire afin de préserver la dynamique d’intensification agricole, indispensable à la sécurité alimentaire et à la compétitivité des filières ivoiriennes.