Par Janvier Gbedo
D’après Alioune Ciss, directeur général de Webb Fontaine, cette technologie, capable de s’auto-configurer et de réduire l’écart entre le droit et l’informatique, redéfinit la souveraineté économique ainsi que l’efficacité des frontières mondiales.
Historiquement limitée à l’automatisation de tâches répétitives et à la dématérialisation des documents, l’administration douanière franchit aujourd’hui un tournant majeur. Pour Alioune Ciss, l’avenir ne réside plus dans des logiciels rigides, mais dans l’intelligence artificielle agentique. Contrairement aux systèmes traditionnels qui suivent des instructions préétablies, les systèmes agentiques sont capables de raisonner, de s’adapter et d’agir de manière autonome sous supervision.
Ce changement de paradigme promet de transformer les frontières en interfaces intelligentes et fluides. Un des aspects clés de l’analyse d’Alioune Ciss est l’élimination de ce qu’il appelle le fossé de traduction. Jusqu’à présent, toute modification réglementaire, qu’il s’agisse d’un nouvel accord de libre-échange ou d’un ajustement tarifaire, nécessitait un cycle de développement complexe.
Les experts juridiques devaient communiquer leurs besoins à des ingénieurs pour convertir la loi en code. Comme le souligne l’auteur, ce processus est lent, coûteux et crée un décalage dangereux entre l’intention réglementaire et la réalité opérationnelle. L’IA agentique vient combler cette lacune. Désormais, un analyste peut formuler une nouvelle directive en langage naturel. Le système interprète cette instruction et, après validation, l’applique presque instantanément.
Pour Alioune Ciss, cette avancée redonne du pouvoir aux spécialistes des politiques commerciales, qui sont les mieux placés pour comprendre les enjeux du commerce international. La véritable rupture identifiée par le dirigeant de Webb Fontaine est architecturale. En adoptant une approche « no-code » pilotée par l’IA, les douanes se libèrent de la dépendance envers les fournisseurs technologiques. Cette autonomie technique est avant tout une question de souveraineté nationale. Alioune Ciss souligne avec insistance qu’un système de gestion douanière est un actif stratégique pour la nation.
En reprenant le contrôle sur la logique de leur métier, les États ne sont plus de simples utilisateurs de systèmes propriétaires. L’auteur explique qu’en utilisant des systèmes conçus dès le départ pour l’IA, les gouvernements conservent un contrôle total, garantissant ainsi une résilience à long terme et un niveau de confiance sans précédent.
Gestion intelligente des risques
En matière de sécurité, l’IA agentique révolutionne le ciblage des fraudes. Les algorithmes traditionnels, limités par des filtres binaires, passent souvent à côté de schémas complexes. Les agents d’IA, quant à eux, analysent simultanément des données structurées et non structurées (factures, manifestes).
Cette analyse permet une gestion des risques d’une précision chirurgicale. « Nous ne cherchons plus le risque à l’aveugle, nous utilisons une intelligence collective pour l’identifier », déclare Alioune Ciss. Le résultat est une voie verte accélérée pour les opérateurs conformes et une protection renforcée des recettes de l’État.
En d’autres termes, l’auteur plaide pour une rupture technologique totale, illustrée par la philosophie Webb Fontaine Zero. Il ne s’agit pas d’ajouter de l’IA à de vieux systèmes hérités, car ceux-ci ne peuvent pas simplement être améliorés avec un chatbot. Il faut, selon lui, une architecture conçue dès le départ pour l’IA. Dans cette vision, la douane de demain n’est plus une administration bureaucratique lente, mais un véritable organisme vivant capable d’apprendre en continu.
Pour Alioune Ciss, l’écart entre les administrations pionnières et les autres va se creuser irrémédiablement : l’IA agentique est désormais la condition sine qua non de l’autonomie opérationnelle dans un monde en constante accélération.