Par Brunelle TCHOBO
Après trois ans et demi de mise en œuvre, le projet Beninnovation, financé à hauteur de 6,5 millions d’euros par le gouvernement allemand, boucle un cycle d’actions majeures au service de la transformation digitale du Bénin. L’atelier bilan organisé à Cotonou a permis de revenir sur ses acquis, d’évaluer ses impacts et d’explorer des pistes de pérennisation.
« Cet atelier est l’occasion de montrer l’impact positif et concret de ce que nous avons pu réaliser avec nos partenaires. Beninnovation fermera ses portes fin mars prochain. Mais la coopération allemande continuera à travailler dans la digitalisation, à travers d’autres programmes », a déclaré André Roenne, directeur résident de la GIZ au Bénin, à l’ouverture de la rencontre. Il rassure que d’autres initiatives de la GIZ continueront à soutenir le Bénin, notamment dans la finance publique, la protection des ressources naturelles, la formation professionnelle et le développement du secteur privé numérique.
En 2022, au démarrage du projet, le Bénin affichait une vision politique ambitieuse pour devenir une plateforme numérique de référence en Afrique de l’Ouest. La mise en place du ministère du Numérique et de la Digitalisation, l’élaboration du Code du numérique et l’installation progressive d’une e-gouvernance ont constitué les premières pierres de cette transformation. À cette époque, l’écosystème numérique était encore fragmenté. Certaines entreprises locales disposaient d’expérience dans la digitalisation, mais l’exploitation des compétences locales restait limitée. L’objectif de Beninnovation a donc été de structurer cet écosystème et de favoriser la coopération public-privé.
Impacts de Beninnovation
Le projet a eu des effets notables sur les Directions des Systèmes d’Information et autres structures publiques. Les DSI disposent désormais d’un guide méthodologique de dématérialisation, clarifiant les rôles et responsabilités dans la chaîne de dématérialisation. Les agents du secteur du numérique ont suivi des formations sur la gestion de projets digitaux, le travail de business analyst et la modélisation des services en versions AS IS / TO BE. En matière de planification et de priorisation des projets, les DSI disposent désormais d’un backlog de projets prêts à être dématérialisés, transmis à l’ASIN pour intégration dans le pipeline national.
Les responsables publics connaissent mieux les building blocks de la gouvernance numérique, tels que la plateforme d’interopérabilité X-Roads et la plateforme nationale de paiement électronique, renforçant la coordination avec les institutions techniques. Le modèle de maturité des DSI permet d’évaluer les compétences et de définir des plans d’amélioration, optimisant la planification stratégique et la gestion des ressources humaines. Les centres de services publics recueillent désormais de façon structurée les retours des utilisateurs, améliorant la qualité des e-services. « Grâce aux 14 formations organisées, les 250 participants parlent désormais un langage commun. Ils se comprennent mieux sur la dématérialisation et travaillent en synergie », souligne Falk Négrazus, responsable du CTD Bénin.
Pour le secteur privé, Beninnovation a apporté une visibilité stratégique sur les projets de l’État et un accès renforcé aux outils et infrastructures numériques. Les entreprises locales disposent d’une vue claire du pipeline de projets de dématérialisation, facilitant leur positionnement sur le marché. Les équipes privées ont été formées aux building blocks nationaux, incluant l’infrastructure à clés publiques, le portail national des services et le référentiel UI/UX favorisant l’inclusion numérique. La participation à des communautés de pratiques a permis de co-construire des solutions locales, renforçant les réseaux collaboratifs entre acteurs publics et privés.
La contribution des femmes a été mise en lumière, grâce à des initiatives de mentorat et de sensibilisation menées avec Women in Tech. « La formation en design thinking et en recherche utilisateur a été une très belle expérience. Elle nous a permis d’harmoniser notre cadre de travail et de parler un même langage autour de la dématérialisation », témoigne Vicky Accrombressi, UI/UX Designer à Intside Sarl, bénéficiaire du projet. Les entreprises locales ont également pu participer à des espaces de co-création, testant et proposant des solutions numériques “Made in Bénin”, renforçant l’innovation locale et la co-responsabilité dans la transformation digitale.
L’après-midi de l’atelier a été consacré à la réflexion sur le genre dans le numérique. Le faible taux de participation des femmes a été analysé et des pistes d’action discutées pour renforcer leur présence dans les initiatives de transformation digitale. Le projet Beninnovation a permis de former les femmes et les jeunes professionnelles aux métiers du numérique, de promouvoir l’inclusion numérique des personnes handicapées et d’autres groupes marginalisés. Ces efforts visent à assurer que la transformation digitale béninoise soit véritablement inclusive, tant dans le secteur public que privé.
Un partenariat public-privé exemplaire
Pour le ministère du Numérique et de la Digitalisation, Beninnovation symbolise la réussite d’un partenariat fructueux avec la coopération allemande. « L’un des mérites essentiels du projet Beninnovation réside dans sa capacité à créer des partenariats durables entre l’administration publique et le secteur privé. Le numérique est et restera un levier de transformation structurelle pour notre pays. Ensemble, continuons à œuvrer pour un Bénin digital, inclusif et prospère », a déclaré Marius Atayi-Guèdègbé, représentant du ministère. Le ministère entend capitaliser sur les acquis du projet, étendre les approches à d’autres domaines de l’action publique et renforcer la synergie entre secteurs public, privé et académique.
Si Beninnovation prend fin en mars 2026, son héritage est tangible. Structuration et professionnalisation de la dématérialisation dans l’administration publique, création d’un langage commun entre public et privé, renforcement des compétences et outils numériques, promotion de l’innovation et de l’inclusion, avec un focus sur les femmes et les jeunes. « Nous allons continuer d’identifier avec vous des opportunités de collaboration pour le bénéfice de la population béninoise », conclut André Roenne.
Le projet a ainsi posé les fondations d’un écosystème numérique collaboratif, inclusif et durable, où les acteurs publics et privés partagent une vision commune de la transformation digitale. Au-delà des chiffres et des formations, Beninnovation illustre que la digitalisation n’est pas seulement technique. Elle repose sur la formation humaine, l’inclusion et la collaboration. Le Bénin, grâce à ce projet, dispose désormais d’outils, de compétences et de partenariats durables pour poursuivre sa trajectoire vers un État numérique moderne, ouvert et inclusif.

