Par Claudia Kenou
L’Afrique, malgré son immense potentiel, reste en marge de la mondialisation. C’est le constat du rapport 2024 de la CNUCED, qui appelle à un «nouveau pacte de développement» pour permettre au continent de réussir sa transformation économique.
Aujourd’hui, l’Afrique ne pèse que 3% du commerce international et attire peu d’investissements directs étrangers. Pourtant, la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECAf) pourrait changer la donne: sa mise en œuvre complète ferait bondir le commerce intra-africain de plus de 50% d’ici 2035. Mais cette ambition reste freinée par le manque d’infrastructures, la dépendance aux matières premières et l’insuffisance des chaînes de valeur régionales.
Le paradoxe africain
Le continent est riche en ressources naturelles et en énergies renouvelables, mais près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Dans le même temps, l’Afrique subit de plein fouet les effets du changement climatique: sécheresses, inondations, insécurité alimentaire. Ce paradoxe illustre le risque de rester piégé dans un modèle économique centré sur l’exportation brute des matières premières. La CNUCED met en garde contre la lourdeur de la dette publique, qui prive de nombreux pays de moyens pour financer la santé, l’éducation ou les investissements productifs. La hausse des coûts d’emprunt et la baisse de l’aide internationale aggravent cette situation.
Un appel à changer de modèle
Face à ces défis, l’institution plaide pour une restructuration de la dette et de nouveaux mécanismes financiers, le développement de partenariats technologiques et publics-privés, la mobilisation des financements climatiques et des marchés du carbone et un investissement massif dans les infrastructures résilientes. Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, appelle à «repenser le système financier international» afin de donner à l’Afrique la capacité d’investir et de s’intégrer pleinement dans l’économie mondiale.
Les leviers de la diversification
Pour réussir, les pays africains devront transformer ces recommandations en actions concrètes: mise en valeur de la ZLECAf, développement du numérique, de l’agro-industrie, de la pharmaceutique, des industries vertes et créatives. Autant de secteurs capables de bâtir des chaînes de valeur régionales, de renforcer la résilience économique et de créer des millions d’emplois pour une jeunesse en pleine croissance.