Par Claudia Kenou
Publié le 24 juin 2025, le 10ᵉ Rapport sur le développement durable consacre une avancée majeure du Bénin dans la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD). Le pays se hisse en tête du classement mondial en matière de progression, devant le Togo (+13,3) et la Côte d’Ivoire (+13,0), confirmant son statut de leader en Afrique en matière d’implémentation accélérée des ODD.
Cette reconnaissance repose sur l’Indice et les Tableaux de bord actualisés de l’ODD ainsi que sur l’introduction d’un nouvel outil de mesure, l’ODDi, qui évalue les performances globales depuis 2015 sur la base de 17 indicateurs clés. En effet, cette dynamique béninoise s’appuie sur des progrès notables dans des secteurs essentiels tels que la santé, l’éducation, l’accès à l’eau potable, l’assainissement, l’énergie, les infrastructures et l’innovation. Elle reflète des choix politiques structurants et une gestion publique orientée vers les résultats. Toutefois, le rapport nuance ce tableau par un constat plus global: aucun des 17 ODD ne sera atteint au niveau mondial d’ici 2030. Le rythme insuffisant des réformes, les contraintes budgétaires persistantes et l’instabilité de l’environnement économique mondial fragilisent les trajectoires nationales, en particulier dans les pays en développement. Le rapport souligne alors que la pertinence d’une échéance universelle laisse place à une nouvelle exigence: celle de mesurer la cohérence, la profondeur et la continuité des progrès accomplis.
Dans ce contexte, la performance du Bénin ne doit pas être vue comme une fin en soi mais comme un appel à renforcer les fondations. L’exemple de l’ODD 6, dédié à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, illustre à la fois les avancées et les défis. En milieu rural, le taux de desserte en eau potable est passé de 76,7% en 2017 à 83,5% en 2022. En milieu urbain, l’amélioration est encore plus marquée, avec une progression de 30,5% pour atteindre 71,8% sur la même période. Ces résultats, obtenus grâce à des mécanismes de financement innovants tels que l’Eurobond ODD, traduisent un engagement réel de l’État à répondre aux besoins fondamentaux de la population. Mais ils révèlent également les limites d’un modèle encore dépendant de financements extérieurs, avec des besoins croissants pour maintenir et étendre les infrastructures.
Pour consolider ces acquis, plusieurs leviers sont identifiés dans le rapport. D’abord, une modernisation des procédures de passation des marchés publics s’avère indispensable afin d’améliorer la transparence et d’accélérer l’exécution des projets d’infrastructure. Ensuite, une réallocation stratégique des ressources budgétaires, en particulier dans les axes 5, 6 et 7 du Programme d’Action du Gouvernement, est recommandée pour donner un coup d’accélérateur aux secteurs de l’eau et de l’assainissement. Enfin, la mise en place de partenariats public-privé structurants, combinée à des programmes de raccordement à coût réduit, permettra d’élargir l’accès aux services hydrauliques de manière inclusive.
Au moment où les débats sur la réforme de l’Architecture financière mondiale se préparent en vue de la Conférence Ff4D à Séville, la trajectoire du Bénin apparaît comme un signal fort. Elle démontre que des réformes cohérentes, une gouvernance orientée vers l’impact et une mobilisation intelligente des ressources peuvent accélérer les progrès en matière de développement durable. Encore faut-il maintenir le cap, multiplier les alliances stratégiques et inscrire cette dynamique dans la durée.
Fortuné Dotin