Par Harry Orekan
Les finances publiques ont été éprouvés ces quatre dernières années en raison des crises successives de la Covid-19, de la guerre russo-ukrainienne et des inondations de plus en plus récurrentes et dévastatrices. Des crises qui ont presque mis à terre les finances publiques à travers le monde. En Afrique, particulièrement au Bénin, la situation s’est aggravée avec la multiplication des coups d’Etats militaires qui ont obligés le gouvernement de la rupture a procédé en 2023, à la fermeture de ses frontières avec quelques pays voisins, à l’instar du Niger. Nonobstant, on note une « performance » des opérations financières de l’Etat béninois.
« En dépit des effets continus de la Covid-19 et de la crise russo-ukrainienne, les opérations financières de l’État sur la période 2020-2022, ont affiché de bonnes performances aussi bien sur le plan de la mobilisation des ressources que dans l’exécution des dépenses ; avec comme portée, une maîtrise mieux que prévue du déficit budgétaire en 2022 », nous a d’emblée renseigné l’édition 2024 du document sur l’analyse des risques budgétaires en République du Bénin. En effet, entre 2020 et 2022, précise le document, les recettes totales des régies financières ont connues une hausse de 31,2% contre une progression de 25,0% pour les dépenses sur la même période. En conséquence, le déficit budgétaire y compris les dons, s’est établi en pourcentage du Pib à 5,5% en 2022 contre une prévision de 5,7%. Par ailleurs, en 2023, les opérations financières de l’État, telles que décrites dans la Loi de Finances, gestion 2023, ont été marqués par une hausse de 198,8 milliards francs Cfa des recettes du budget de l’État, et une augmentation de 68,3 milliards francs Cfa des charges, en comparaison à la Loi de Finances Rectificative (LFR), gestion 2022. Ce qui en résulterait, un déficit de 506,4 milliards francs Cfa contre 636,8 milliards francs Cfa prévus dans la LFR, gestion 2022.
En outre, il importe de préciser que depuis l’avènement du régime de la rupture en 2016 et conduit par le président Patrice Talon, le Bénin s’est inscrit dans une dynamique de transformation structurelle de son économie et de diversification de ses partenaires commerciaux. Le pays a fait l’option de renforcer ses capacités de transformation des matières premières agricoles produits localement pour réduire sa dépendance vis à vis de l’extérieur. De même l’accord sur la Zone de Libre Échange Continentale Africaine a permis au Bénin de se tourner vers le marché africain. Par ailleurs, la baisse progressive du poids du dollar dans les échanges commerciaux internationaux a permis de réduire le niveau de vulnérabilité de pays comme le Bénin face aux fluctuations de cette devise. Sur le plan interne, le gouvernement a fixé les prix d’achat aux producteurs de certains produits agricoles avant le début de chaque campagne agricole pour permettre aux producteurs de disposer des informations nécessaires à la prise de décision de produire. Mieux, la création de la zone économique spéciale de Glo Djigbé (Gdiz) a consolidé la politique de diversification de l’économie tout en atténuant le risque de baisse des recettes d’exportations. Ainsi, pour encourager les producteurs à la base en réduisant les charges de production, le gouvernement a également, mis en place une politique de subvention indirecte qui a rendu les intrants accessibles à des coûts abordables.
Les crises mondiales et leurs impacts sur les finances publiques
La Covid-19 et la guerre en Ukraine ont été de véritables sources de perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales. Des fermetures des frontières, passant par les restrictions de vols aux confinements, cette période de fragilité économique, a eu sur les finances publiques du Bénin un impact significatif, entraînant une diminution des activités à l’échelle internationale, régionale et nationale, ainsi qu’une réduction de la mobilité des personnes et des biens, qui, en créant des pressions à la fois du côté des recettes et des dépenses, a conduit à une incertitude économique plus large. En effet, la conséquence directe de la pandémie de la Covid-19 a été une baisse de la mobilité des personnes due aux fermetures des frontières, les mises en confinement, la suspension d’activités impliquant de grands rassemblements, etc. Selon l’édition 2024 du document sur l’analyse des risques budgétaires en République du Bénin, cet état de chose a induit à une baisse drastique des flux touristiques, la forte inactivité observée au niveau des services d’hôtellerie, de restauration, de transport, des agences de voyage, l’arrêt/ralentissement dans l’exécution des grands chantiers qui étaient en cours d’exécution, etc. Par ailleurs, les mesures de confinement prises pour ralentir la propagation du virus de la Covid-19, précise le même document, a conduit à une baisse de l’offre et de la demande mondiale des biens et services. Ce qui a eu pour conséquence, le ralentissement, voir l’arrêt de la production dans plusieurs unités industrielles. En plus d’avoir entraîné une contraction des activités dans plusieurs branches d’activités dont notamment le transport, l’hôtellerie et la restauration (baisse de 70% du taux d’occupation des hôtels), l’événementiel, la crise de la Covid-19, de par la renonciation de l’État béninois à certains impôts et taxes (Taxe sur les Véhicules à Moteur notamment), a également conduit à une baisse des recettes budgétaires. Par ailleurs, le point de mise en œuvre des mesures de réponse et de riposte face à la Covid-19 a fait état d’une hausse des dépenses de plus de 300 milliards au 31 décembre 2021. Ces dépenses sont relatives aux mesures sanitaires, sociales et de relance de l’économie.
Quant à la guerre russo-ukrainienne, elle a engendré des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement en hydrocarbures et denrées alimentaires avec des conséquences immédiates sur les prix. En effet, treize (13) jours seulement après le début du conflit entre l’Ukraine et la Russie, le prix du baril de pétrole a bondi de 29%, passant de 92,8 dollars à 119,3 dollars (Administration de l’information sur l’énergie des États-Unis, 2022 - Ndlr). Outre la flambée des prix induite par la guerre, les sanctions inédites contre la Russie ont engendré de leurs cotés de fortes inquiétudes sur les marchés financiers mondiaux. Ce qui a entraîné une méfiance des pays par rapport au dollar. On a donc, à cet effet noté une légère perte de confiance et d’intérêt pour le dollar comme monnaie de réserve et de référence dans le commerce international.
Fortuné Dotin